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Dissections, graisse d’aisselle et selfies macabres : la vie d’un étudiant en médecine

Des futurs médecins m'ont parlé de leur rapport aux cadavres – et ôté toute envie de donner mon corps à la science.

par Ovidiu Tiță
31 Août 2015, 5:00am

Récemment, je me suis mis à beaucoup réfléchir à la mort et à toutes les horreurs susceptibles de la précéder. J'ai conscience du fait que ce ne soit pas la pensée la plus amusante qui soit – il existe des milliers d'activités autrement plus réjouissantes que de se demander ce qui adviendra de votre corps une fois que votre cœur aura cessé de battre. Mais si nous avons tous conscience de notre propre mortalité, nous sommes encore nombreux à avoir du mal à aborder ce sujet.

De leur côté, les étudiants en médecine n'ont pas vraiment ce problème. Certains d'entre eux cohabitent avec la mort au quotidien et parviennent même à en rire. J'en ai rencontré quelques-uns pour leur demander ce que ça faisait de passer autant de temps avec des cadavres. Après avoir entendu leurs témoignages – dont vous trouverez une partie ci-dessous –, je peux vous affirmer avec certitude que je ne donnerai jamais mon corps à la science.

« La plupart des cadavres avec lesquels nous travaillons ont déjà été disséqués. Mais je trouve ça vraiment fascinant de pouvoir manipuler les organes et autres parties du corps, parce que c'est forcément très différent des images que l'on peut voir dans les manuels illustrés d'anatomie.

Je pense très souvent à la mort. Avant, j'imaginais souvent à celle de mes proches et au terrible vide qu'ils laisseraient derrière eux, mais maintenant, je pense surtout à ma propre mort. Malheureusement, on va tous y passer, de manière plus ou moins brutale. L'hiver dernier, j'ai vu l'un de mes camarades de classe se faire renverser par un camion. Ça m'a fait réaliser que les étudiants en médecine peuvent être très superficiels et ne pas trop prêter attention aux gens qui les entourent. En cours, on nous apprend à rire de la mort et à être suffisamment détaché pour pouvoir manger près d'un cadavre. Et je crois qu'au final, on devient aussi froids que les corps qu'on étudie. »
- Adelina, étudiante en troisième année

« Parfois, on finit par s'attacher à un cadavre en particulier. Quand je vois un cadavre plusieurs fois au cours de mon semestre, je commence à nourrir l'espoir de tomber sur le même type de corps lors de mes examens pratiques. J'ai vu des cadavres de personnes dont les yeux étaient encore grands ouverts, même s'ils ne ressemblaient plus vraiment à des yeux – on aurait plutôt dit des raisins secs. La vie ne tient vraiment qu'à un fil. Après la mort, il n'y a vraiment plus rien. »
– Alina, étudiante en quatrième année

« Un jour, mon professeur d'anatomie m'a expliqué qu'ils préservaient les cadavres en les faisant tremper dans une piscine de formol, quelque part dans le sous-sol de l'université. J'ai toujours rêvé d'y aller, mais on ne m'a jamais donné l'autorisation.

Pendant un cours, on nous a amené un cadavre dont le pénis était coupé. C'était super douloureux à regarder, surtout pour les garçons. Mais de tout mon cursus, je n'ai jamais rien vu de pire que de la graisse d'aisselle. Ça ressemblait tellement à du riz que j'ai été incapable d'en bouffer pendant un an. »
- Alin, étudiant en troisième année

« L'odeur du formol me donne toujours un peu faim. J'ai fini par apprendre à l'apprécier et à lui trouver une certaine saveur. Pour empêcher les corps de pourrir, on doit les parsemer de sel – qui, une fois mélangé au formol, donne aux cadavres une légère odeur de nourriture.

Bien entendu, j'ai peur de mourir – mais personne n'y échappera, que ça nous plaise ou non. Au moins, j'ai la chance de pouvoir apprendre énormément de choses. C'est ce qui me donne envie de me lever le matin. »
- Andrei, étudiant en quatrième année

« J'aime beaucoup les cadavres, parce que contrairement aux personnes vivantes, ils ne parlent jamais. Parfois, quand je bosse sur le corps d'un défunt, j'ai du mal à me dire qu'il a un jour été vivant.

« Un prof nous a dit qu'un jour, le pénis d'un cadavre avait disparu. Ma théorie, c'est que quelqu'un l'a coupé pour l'emmener chez lui. Les élèves se font énormément de blagues nécrophiles – surtout les types qui veulent se la jouer mâle dominant. »
- Ciprian, étudiant en première année

Un jour, un pote m'a mis au défi de faire sourire un cadavre – du coup, j'ai tiré sur les commissures de ses lèvres pour faire illusion. Mon collègue a ensuite pris la main du mec pour donner l'impression qu'il était en train de se masturber. C'était très drôle, d'autant plus que notre professeur était aussi mort de rire que nous. »
- Cristian, étudiant en troisième année

« Je me rappelle d'une fois où deux assistants galéraient à extraire le cerveau d'un cadavre. Ils m'ont demandé de leur filer un coup de main. Après avoir passé une demi-heure à découper le crâne avec une disqueuse et à le marteler avec un burin, on a enfin réussi à l'ouvrir. Et croyez-moi, ce n'est pas très agréable d'entendre le crâne d'un homme se briser entre vos mains.

Dans notre société, la mort est perçue comme une tragédie. Pourtant, c'est une des choses les plus naturelles au monde. Ceci étant dit, c'est toujours affreux de voir quelqu'un mourir d'une crise cardiaque, ou dire à un patient qu'il a un cancer du pancréas. »
- George, étudiant en quatrième année

« Les gens prennent des selfies partout et tout le temps, et les écoles de médecine n'y échappent pas. Pour nous, prendre un selfie avec un cadavre est une chose plutôt normale – c'est comme si un laveur de fenêtres se prenait en photo en exerçant son travail. Mais bien entendu, il existe une différence et tout un tas de questions éthiques se posent. Actuellement, la loi roumaine nous interdit de prendre de tels selfies.

Les blagues de laboratoire prennent souvent des tournures assez macabres. Et la morgue n'est pas vraiment un endroit où règne le politiquement correct. Personnellement, je n'ai jamais rencontré d'étudiant dérangé à l'idée de déconner avec des gens morts. J'ai déjà joué au jeu du « Chaud ou froid » avec mes camarades en cachant un stylo dans un cadavre. Aussi, avant les fêtes de fin d'année, un de mes amis a déguisé un des corps en Père Noël.
- Bogdan, étudiant en sixième année

« Une semaine après avoir disséqué une femme pour la première fois, j'ai eu l'impression de la voir assise près de moi alors que j'étais dans le train. Elle lui ressemblait vraiment. J'ai passé un certain temps à la fixer pour voir si c'était vraiment elle. Je n'avais pas peur ou quoi – ce genre de choses ne me fait pas trop flipper. Mais je dois avouer que ces études me bouleversent un peu, parfois. Elles m'ont contraint à penser à la mort très fréquemment – notamment au processus de décomposition d'un corps.
- Paula, étudiante en troisième année

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