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LE NUMÉRO À FENDRE LE CŒUR

Livres et dvd

Miami, dans les années 1980, c’est 1. La plaque tournante du commerce d’assurances obsèques. 2. La sale gueule de Don Johnson. 3. Trop de coke.


COCAINE COWBOYS
De Billy Corben
Sortie le 25 février, Surreal Distribution Miami, dans les années 1980, c’est 1. La plaque tournante du commerce d’assurances obsèques. 2. La sale gueule de Don Johnson. 3. Trop de coke. Ce qui, en usant de notre sens de la déduction, pourrait nous conduire à affirmer que Miami dans les années 1980, c’est des hordes de seniors qui s’enfarinent joyeusement le nez en matant la télé. N’importe quoi ? Oui, sans doute, mais c’est pas forcément plus hallucinant que ce que présente ce documentaire. D’abord, le portrait d’un dealer qui débute son commerce en stockant chez son grand-père, qui s’associe au cartel de Medellin et à un McGyver qui potentialise au max l’import de la drogue. Ensuite, on suit un homme de main de la godmother locale, hyperactif et sanguinaire, et des doubles ou triples meurtres à la pelle squeezés par les journaux télé : le triple meurtre c’est surfait. Pour finir, on nous dépeint une ville dont le développement économique se fonde presque exclusivement sur l’argent sale. Ça n’empêche pas certains d’affirmer que Cocaine Cowboys retrace la descente aux enfers d’un vétéran du Vietnam devenu dealer. Bon, si maintenant « descente aux enfers » veut dire « petite entreprise florissante »… LOUISE BOURGEOISE PETIT MANUEL DE TORTURE À L’USAGE DES FEMMES-SOLDATS
De Coco Fusco
Traduit de l’anglais (États-Unis) par François Cusset
Éd. Les prairies ordinaires De la loche et du cul pour combattre le terrorisme ? La synthèse est un peu rapide, mais on ne tape pas loin. En 2004, les scènes de torture d’Abu Ghraib, photographiées par les soldats américains eux-mêmes, avaient choqué par leur brutalité. Mais aussi parce que des violences sexuelles étaient exercées par des femmes. L’artiste Coco Fusco, après avoir suivi une formation militaire à l’interrogatoire et à partir de témoignages de détenus de Guantanamo, de comptes rendus de témoins oculaires, propose ici, comme l’indique fort justement son titre, un petit manuel de torture à l’usage des femmes-soldats. Soit une série de planches dessinées inspirées des manuels de la CIA. Ou comment, du côté des terroristes présumés, passer des vierges promises aux vicieuses armées. Suit un essai sous forme de lettre à Virginia Woolf, qui estimait que nature féminine et logique de guerre étaient incompatibles. Dans un pays où de jeunes putes font leur beurre en cultivant le paradoxe de la lascivité sexuelle envoyée à la gueule de libidineux qui n’avaient rien demandé tout en jurant une virginité solidement protégée avant le mariage, pas étonnant qu’après le corps de la femme comme marchandise, on en arrive au corps de la femme comme outil de pouvoir et de torture. LOUISE BOURGEOISE LAST HOUSE ON DEAD END STREET
De Roger Watkins
Neo Publishing – Mad movies Quitte à être le témoin consentant de mises à mort, autant mater ce vrai-faux snuff movie, sorti en 1977 et réalisé par Roger Watkins sous influence narcotique. Corps découpés, perceuse électrique, fellation sur patte de bouc. Psychose gore, défonce underground. Fragments quotidiens d’un zapping décérébré. Dans l’arène télévisée, humiliation publique d’un RMIste qu’on fait jouer avec des boîtes contenant peut-être (bouffera ou bouffera pas des pâtes ?) un peu, beaucoup, ou pas du tout d’argent. What else? Une blondasse-bombasse au sourire carnassier tourne des lettres au rythme d’une roue promettant elle aussi la fortune. What else? Un fiston. Des parents obèses. Et trois prétendantes sélectionnées par mum and dad pour déloger la belle-fille. Tchernobyl hormonal. What else? Un zèbre pourrait philosopher sur la notion d’être au mauvais endroit au mauvais moment. À la place, il se fait bouffer par une lionne et ses petits. What’s new? Open-Close. Menu. Film. (Choix des langues en option). Refuge dans la fiction. SAPHO PATTENFER SKINS & PUNKS
Lost archives 1978-1985
Photos de Gavin Watson
Éd. Vice Book Rendons grâce à Margaret Thatcher. Non pas parce qu’elle a su décomplexer des milliers de salopes conservatrices jusqu’alors honteusement planquées. Mais parce que sans elle, Gavin Watson serait probablement devenu un comptable effacé, éméché après deux bières et culpabilisant en se masturbant. Sans elle, Skins, paru en 1994, ainsi que Skins & Punks n’auraient jamais vu le jour. Tout simplement parce que ces deux cultures, totalement méconnues des Français, n’auraient sans doute jamais existé. « Notre dénominateur commun politique, c’était notre haine pour Maggie Thatcher », confie le photographe dans l’interview en préface. Et profitons-en pour évacuer la question du racisme : « Plus que tout, nous détestions le putain de système. Nous détestions ces connards du gouvernement. Un crétin vaniteux nous disait qu’il fallait renvoyer tous les immigrants chez eux ? Qu’il aille se faire foutre.» Voilà pour Maggie et ses potes. Gavin, que Vice UK a fait sortir de sa retraite alcoolique il y a deux ans en l’obligeant à fouiller dans ses incroyables archives, fait preuve dans ses clichés d’une saisissante poésie et d’une tendresse désarmante. Photos de famille, de copines, d’amis, de rue, qui dressent une incroyable cartographie d’une époque et d’une génération. Au point que Shane Meadows, le réalisateur de This is England, s’en est inspiré pour son film.