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Boyan Slat veut nettoyer les océans

Le plastique est responsable d’environ 70% de la pollution océanique, et ce gamin de 20 ans a la solution.
9.10.14

Boyan Slat devant un tas de plastique. Photo : Manuel Freudt / VICE Media

L’histoire de Boyan Slat n’est pas vraiment celle d’un enfant prodige de 20 ans qui, comme par magie, a trouvé une potentielle solution à un problème de longue date. Il est sûrement plus juste de décrire son histoire comme un mélange d’acharnement, de tentatives ratées et d’erreurs de débutant. Quand Slat passe en revue ses premiers prototypes, il est presque embarrassé par son propre amateurisme. « Mais c’est la science qui veut ça, m’a-t-il expliqué. C’est toujours un travail en cours. »

La campagne de financement participatif qui a permis au « Ocean Cleanup Project» de Slat de voir le jour, a été lancée avec de fortes enchères – mais c'était très important pour lui : « Avec deux millions de dollars, on peut transformer un concept théorique en quelque chose de concret. » Alors qu’il ne restait que deux jours de campagne, Slat a réussi à collecter les fonds nécessaires pour mener à bien son projet, ce qui l’a rapproché un peu plus de son rêve de voir des océans dépourvus de déchets plastiques.

Le plastique est une des conséquences durables de la société de consommation. Un sac en plastique met environ 20 ans à disparaître, tandis qu’une bouteille en plastique se décompose en 450 ans. Parce qu'il est bon marché et utilisable partout dans le monde, 225 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année, fabriquées grâce à une ressource qui n’est plus aussi inépuisable qu’auparavant : le pétrole.

Les déchets plastiques parsèment les océans  et forment parfois des îlots entiers. On estime qu’il y a 150 millions de tonnes de plastique dans les océans – dont 100 000 tonnes rien que dans le vortex de déchets du Pacifique nord. Cela signifie que le plastique est responsable d’environ 70 %de la pollution océanique. Si vous n’arrivez pas à mesurer l'ampleur du problème, regardez ces gens poser au milieu de leur production hebdomadaire d’ordures ménagères.

Alors qu'il faisait de la plongée en Grèce, Slat – qui avait alors 17 ans – a compris à quel point ce problème était devenu grave.  Depuis, cet adolescent néerlandais qui vient tout juste d'avoir 20 ans a consacré son énergie à développer une technique capable d’utiliser la force des courants marins pour rassembler le plastique.

Aujourd’hui, il dirige une équipe de 100 scientifiques, étudiants et partisans. Et avec le succès de son dernier financement participatif, la charge de travail de Slat n’est pas prête de diminuer. Il explique qu’il planifie ensuite de construire des prototypes haut de gamme de ses collecteurs flottants de 100 kilomètres de long, avant de mettre en place ses systèmes dans des eaux polluées dans les trois à cinq années à venir.

Visiting a plastic separation plant today with @Motherboard_DE - here's the plastic mass we'd collect every week pic.twitter.com/9YzjLL4WfD

— Boyan Slat (@BoyanSlat) July 15, 2014

« Nous ne prenons pas de jour de repos. C'est nécessaire si on veut nettoyer l’océan », m'a raconté Slat. Il lui arrive parfois de consulter une application qui mesure les dons qu'il a récoltés – au moment de notre entretien, la somme s'élevait à presque deux millions de dollars.

« Pour le moment, l’Allemagne est notre deuxième plus grand donateur. Sans Internet, ce projet n’aurait jamais vu le jour. »

Bien évidemment, l'Ocean Cleanup Project n’est pas le premier concept de récupération des ordures océaniques. Le projet One Earth- One Ocean, basé à Munich, vise à collecter ces déchets grâce à un bateau construit sur mesure, Seekuh. Il existe aussi des projets utilisant des réseaux comme The Clean Oceans Project, qui cherche à sensibiliser les gens à travers le monde. On peut aussi compter l'adorable projet Mr. Trash Wheel, une roue de moulin qui vogue quelque part près du port de Baltimore.

Mais le projet de Slat a quelque chose d'unique : il est fondé sur l'idée de laisser les forts courants océaniques faire le gros du travail, en faisant passer le plastique au milieu d’une structure en forme de V, où les ordures seront récupérées et pourront être ramenées sur la terre ferme en plus grand nombre. Cette barrière de 100 kilomètres sera la plus grande structure jamais construite sur l’océan, à en croire les propos de Slat.

Les coûts seront énormes, mais Slat continue toujours de clamer que son projet reviendrait à un prix 33 fois inférieur à celui de projets plus conventionnels.

Photo publiée avec l’aimable autorisation de l’Ocean Cleanup Project

Son idée ne fait pas l’unanimité. Aux yeux de Stiv Wilson, du projet 5Gyres, l'Ocean Cleanup Project est un échec et rien de plus qu’une illusion. En réponse à cette attaque, Slat a réalisé une longue étude de faisabilité, dans laquelle il démontre, entre autres, comment la vie aquatique ne sera pas affectée par le projet.

Dans un article récent du Suddeutsche Zeitung, des scientifiques allemands ont signalé que l’Ocean Cleanup Project ferait potentiellement plus de mal que de bien. Ils ont expliqué que la force des courants n’avait pas été estimée correctement et que le projet de Slat pourrait être affecté par un développement micro-biologique sur la barrière.

Photo publiée avec l’aimable autorisation de l’Ocean Cleanup Project

Slat est plutôt reconnaissant que la communauté scientifique ait passé en revue son idée. Il prévoit de continuer à travailler sur de futures études de faisabilité et sur de nouveaux prototypes.

« Ce que nous voulons réaliser n’a jamais été fait, m'a-t-il avoué. C'est normal que le projet soit critiqué. »

Slat essaye un prototype. Photo : Ocean Cleanup Project

Au final, récupérer le plastique des océans n’est qu’une partie de la solution qui permettra de dépolluer les océans. L'objectif ultime est de stopper, une bonne fois pour toutes, le flot d’ordures qui se déverse continuellement dans nos océans. Il faudra également fournir un travail herculéen pour recycler tout ce plastique une fois qu’il sera revenu sur la terre ferme.

Personne ne sait si l’Ocean Cleanup Project de Slat apportera une vraie solution – mais on ne peut que louer son intention.

Notre reportage portant sur Boyan Slat et son projet paraîtra ici même le 14 octobre.