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Encore des bus en feu au Brésil !

De jeunes anarchistes ont décidé de combattre l'augmentation du prix des tickets.

Au Brésil, le gouvernement décide régulièrement que le prix du ticket de bus doit augmenter. Comme partout dans le monde, les jeunes brésiliens ne sont pas très contents face à ce genre d'initiatives. Sauf qu'eux choisissent parfois d'exprimer leur colère en affrontant la police et en mettant le feu à des bus. Ce qui suit est un reportage sur ce qu'a causé la dernière hausse des prix des transports publics, ce lundi 9 janvier, à Teresina, la capitale de l'État du Piaui.

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Je me suis rendu aux manifestations qui ont eu lieu à Teresina lorsque la municipalité a décidé de faire passer le prix du ticket de bus de R$1.90 à R$2.10. Le maire a tenté de justifier cette hausse en expliquant que le même ticket serait utilisable dans plusieurs bus composant un seul et même trajet. Mais en gros, c'est des conneries. Même si vous payez le premier, il vous faut ensuite vous acquitter de la moitié du prix du bus suivant – à condition que vous soyez suffisamment chanceux pour attraper ce bus dans l'heure qui suit. Si ce n'est pas le cas, vous devrez à nouveau payer la totalité du ticket.

Quand je suis arrivé à Frei Serafim Avenue – rebaptisée « Fire Serafim » par les manifestants, parce que c'est là-bas que le bordel a commencé la dernière fois – l'atmosphère était déjà très tendue.

La police piétinait les manifestants, qui bloquaient la rue (encore de manière pacifique) à son intersection avec Pires de Castro Avenue. Rapidement, la situation s'est aggravée, jusqu'à devenir violente. Les revendicateurs étaient roués de coups et n'affichaient pas la moindre résistance. Ils demeuraient allongés sur le bitume, accrochés les uns aux autres. Ils n'ont pas répliqué. Ils sont restés là, puisant leur courage on ne sait où, à se prendre des bombes lacrymos dans la gueule, des larmes plein le visage ; ils sont finalement rentrés chez eux le corps couvert d'hématomes causés par les balles en caoutchouc.

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Alors que la plupart des manifestants se faisaient tabasser, un peu plus loin, les équipes des partis politiques de gauche tenaient des discours aux médias. Ils ont mis un moment à réaliser que leur idéologie était concrètement appliquée juste au bout de la rue. Ils ont fini par y aller pour donner un coup de main. Les punks anarchistes qui participaient à la manifestation et d'autres personnes outrées par le comportement des forces de l'ordre étaient déjà en train de jeter des pierres sur les officiels quand les hommes politiques sont arrivés sur place.

La police s'est vue contrainte de reculer quand plein de gens se sont mis à courir vers eux armés de pierres.  

Les manifestants, qu'ils soient anarchistes, indépendants ou non-partisans font pour la majorité partie du mouvement #contraOaumento (en français, ça donnerait : #ContreLaHaussedesTickets). Devant moi, ils hurlaient au Parti travailliste et au Parti Communiste d'aller se faire foutre. Les politiques n'étaient pas ravis, mais ils ont pris sur eux et ont quand même donné des interviews aux chaînes de télévision locales après avoir exécuté leur tour du quartier obligatoire, en camion.

Il y avait aussi un très grand nombre de policiers, une brigade anti-émeutes, le RONE (une unité spéciale), la police militaire et même quelques mecs des stups au sein des manifestants (ils étaient reconnaissables à cause de leur épouvantable déguisement – ils portaient tous le même t-shirt, tenaient un petit stylo d'espion et criaient sur les gens).

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Juste avant le crépuscule, tandis que les manifestants dansaient et que les punks faisaient des pogos, une fumée noire est apparue dans le ciel. Quelqu'un avait mis le feu à un bus, et c'est à ce moment-là que les choses ont mal tourné.

Photo by Gigi Leal

Les mecs et les meufs des partis politiques sont partis dès qu'ils ont aperçu les véhicules en feu, mais les manifestants ne les ont pas suivis – ils sont restés à Frei, même s'il était déjà plus de 18h00.

La brigade anti-émeute a reçu l'ordre de se déployer. J'ai entendu un punk anarchiste affublé d'un masque noir crier : « Personne n'a peur de ces porcs maintenant. » Plus tôt, j'avais vu le même mec tagger « 2.10 c'est du vol ! » sur un mur.

Il avait au moins raison sur une chose : personne n'avait peur. La résistance dont ont fait preuve les manifestants pendant le conflit a quelque peu désemparé la police militaire. De plus, l'histoire du bus en feu a fait frissonner tout le monde. À partir de ce moment-là, il allait falloir beaucoup de coups et de balles en caoutchouc pour virer ces jeunes de la rue. Matez leurs munitions.

Les gens ont sorti des panneaux expliquant pourquoi les prix des tickets de bus avaient subitement augmentés et les ont jeté au milieu de l'avenue. Tout prenait feu, le chaos était en train de s'abattre partout sur l'avenue.

C'est là qu'un groupe a apporté ce sapin ridicule, qu'ils avaient surnommé le « Grand Fantôme ». En gros, c'est (ou c'était) un immense drap blanc recouvrant une statue métallique. Quand ils l'ont plus tard fait tomber, la zone a subi une coupure de courant. L' « arbre » avait touché les lignes à haute tension. On a d'ailleurs une vidéo qui prouve que les brésiliens détestent quand leurs tickets de bus deviennent plus chers :

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La police, toujours super partante pour botter le cul des manifestants, a profité de la pénombre pour frapper les gens autant que possible. C'était une véritable guerre, avec des balles en caoutchouc qui volaient dans tous les sens et des grenades flash bang jetées partout – même devant un hôpital pour enfants dans lequel se cachaient quelques manifestants. Ces derniers étaient traqués comme des animaux, dans les moindres recoins. Cette fois-ci, les anarchistes n'ont eu d'autre solution que la fuite.

C'est dans le sang et la brutalité que le quatrième jour de protestation a finalement pris fin, au beau milieu de la Frei Serafim Avenue. Les manifestants annonçaient : « il en reste pour demain », ce qui s'est avéré être vrai. Quand on est allés aux nouvelles hier, ils étaient à nouveau dans les rues, bloquant le trafic et se préparant pour une nouvelle bataille au coucher du soleil.