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LE NUMÉRO DES CAUSES PERDUES

Livres et DVD

C’est con, il est trop tard pour que vous commandiez ce DVD pour Noël, mais peut-être pas pour aller cramer le bon Fnac de 50 euros offert par votre tante pour vous choper ce truc historique.

par VICE Staff
24 Janvier 2013, 12:17pm
 

OGROFF (MAD MUTILATOR)
Norbert Moutier
Artus Films

C’est con, il est trop tard pour que vous commandiez ce DVD pour Noël, mais peut-être pas pour aller cramer le bon Fnac de 50 euros offert par votre tante pour vous choper ce truc historique. On veut interviewer Norbert Moutier depuis longtemps, mais le cinéaste – qui tient une magnifique petite librairie vidéo vers le square Montholon, dans le 9e, dans la même cave où il tournait des scènes il y a trente ans – a peur qu’on se moque de son passif de réalisateur de série Z. Hé Norbert Moutier, sachez qu’on n’en a pas du tout envie. Il se trouve que vous avez signé sous le sobriquet de « NG Mount » quelques-unes des rares séries Z décentes produites en France. Et Ogroff, si l’on retire toute préconception pouvant parasiter l’esprit des spectateurs qui s’apprêtent à regarder ce qu’ils croient être une série Z (en s’apprêtant à ricaner à chaque maladresse), est un putain de film incroyable. Je ne veux pas faire mon Jean-François Rauger, mais sa bande originale – qu’Artus Films aurait dû éditer, au passage –, sa narration cyclique, son grain et osons le dire, ses défauts, l’amènent bien plus loin que la simple série Z de merde, soit 99 % des séries Z. Est-ce qu’on se trouve devant une forme d’expression cinéphilique et cinématographique respectable ? Je le dis sans ironie ni branlette parce que c’est une évidence : oui. Mais on n’en a rien à foutre parce que c’est encore mieux que ça.

JEAN-FRANÇOIS GROS JET


 

 

MAD, MA VIE
Jean-Pierre Putters
Rouge Profond

OK, le titre de ce bouquin est un jeu de mots pourri probablement trouvé par le roi du calembour qui tient les pages de Mad Movies – le meilleur prozine de ciné fantastique et horreur du monde avec Fangoria – depuis quarante ans. C’est pas pour autant qu’il faut fuir ce livre à la couverture elle aussi peu glorieuse. Parce que c’est une belle bible dans laquelle Jean-Pierre Putters revient sur l’histoire de Mad Movies, le magazine qu’il a fondé et dont il tient encore vaguement les rênes. Je me souviens qu’à l’époque où je bossais dans une boutique de comics, Putters venait livrer lui-même les exemplaires de Mad Movies à la librairie. C’était il y a dix ans. Aujourd’hui, ce serait peut-être Fausto Fasulo qui s’en chargerait, mais j’en doute, car derrière son air hautain d’éphèbe straight-edge un peu myope dissimulant une fêlure qui me rendrait instantanément amoureux de lui si j’étais une meuf, je pense qu’un si beau mec ne s’abaisserait pas à faire livreur de magazines. Putters, lui, s’en branlait, il avait sacrifié son ego sur l’autel de l’horreur et de la presse déconne. Comme, je suis hétéro et que jamais il ne me viendrait à l’esprit de vivre avec un confrère, voire de passer une nuit avec lui à l’exception de quelques meufs du mag, je préfère lire le bouquin de Putters en attendant qu’après Actuelou Métal Hurlant et Mad Movies, L’Express se décide enfin à sortir le même genre d’autobiographie.

ALAIN SCHLOCK

 

 

BOXING GYM
Frederick Wiseman
Blaqout

Ça m’arrive de croiser Frederick Wiseman dans la rue et à chaque fois je suis tenté de l’alpaguer, mais comme je suis timide, j’ai peur de le soûler en lui sortant des inepties sur son cinéma. Parce que le secret de ce très grand réalisateur, c’est qu’en faisant des documentaires (pourtant pas spécialement expérimentaux), il fait du cinéma. Il crée de la fiction en filmant la réalité, souvent des institutions, et Boxing Gym n’échappe pas à la règle. Il est l’alpha de l’oméga que représenterait Peter Watkins, qui, lui, créait de la réalité en faisant de la fiction. Wiseman est un autre mec qu’on rêverait de vous présenter dans une interview de 50 pages mais qui refuse toute interaction, par crainte de se faire récupérer par ce qu’il appelle la monoforme – sa définition du mal, en gros. Ce mec, tout comme Watkins, y a toujours échappé. Et si Watkins ne réalise plus, Wiseman, lui, continue, et il se pourrait même vous le croisiez dans la rue. Après avoir vu ses films, vous vous sentirez con, comme moi, et vous n’aurez pas les couilles de l’approcher. Ce mec est une légende.

FRANCK PINATRA

 

 

UNKNOWN PLEASURE
Peter Hook
Le mot et le reste

Quand je pense à ce qu’est devenu Joy Division pour 90 % des gens, à savoir un groupe presque gothique,ultra torturé et glorifié dans un film absolument pompeux en noir et blanc, je me dis que ce bouquin est un don du ciel. Comment ne pas comprendre que ce groupe est juste constitué de quatre types moyens du nord de l’Angleterre qui jouent une musique souvent géniale ? Honnêtement, quand je repense à ce navet qu’est Control, ça me réjouit de savoir que Peter Hook adore le poulet-frites et de connaître plein d’autres anecdotes aussi inutiles que marrantes. Un peu comme si votre oncle ou un autre membre de votre famille avait joué dans deux groupes considérés comme hyper importants par à peu près tout le monde et vous racontait son histoire en se gaussant de détails absolument sans intérêt mais qui selon lui sont l’essence même du truc ; et qui le sont vraiment, en dernière analyse. De toute façon, il n’y a rien de pire que ces bouquins qui tentent d’intellectualiser la pop, de relier plein de trucs qui n’ont strictement rien à voir ensemble, et de fait, ce témoignage de Peter Hook ressemble davantage, et c’est tant mieux, à une discussion entre deux pintes qu’à un essai sur l’influence de la littérature russe sur le postpunk anglais. Le contraire m’aurait carrément déprimé, alors que là, je me suis bien marré, signe incontestable qu’il s’agit d’un chouette livre.

ALI TÉRATION

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