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Vice Blog

Prism Index, Numéro deux

19 août 2011, 5:20pm

Jeff Bowers, fier représentant de l'Ohio, a lancé PRISM Index, un magazine/compilation qui couvre l'actualité de différents supports artistiques. Là où il habite, les gens créatifs sont souvent assommés à coups de canettes. Sa première publication sérigraphiée, reliée à la main, rassemble les travaux de notre pote dessinateur Nick Gazin, du réalisateur culte Trent Harris, du groupe Castanets, de Michael Hurley ou encore de Fantastic Magic – le premier groupe de Nathan Williams.

Maintenant c'est l'heure du numéro 2. J'ai rencontré Bowers alors qu'il était en train de le boucler. Le second tome rassemble entre autres des gens tels que Phosphorescent, Julian Lynch ou Gazin (encore), juste pour en citer quelques-uns.

John Malta

VICE : Pourquoi vous avez appelé ce recueil PRISM INDEX ?

Jeff Bowers: Le concept de « prisme » résume assez bien l'idée de compilation. C'est un acronyme pour Print, Images, Sounds and Movies – c’est à dire illustrations, images, sons et films, toutes les médias qui viennent se croiser ici. Au-delà de ça, il réunit aussi un large spectre d'artistes qui se rencontrent au sein d'un même support.

Vous êtes en train de terminer**PRISM #2, là. Il va ressembler à quoi ?**

Quand je travaillais sur PRISM #2,_j’étais presque toujours sur la route. J'ai voyagé durant deux ans et demi pour la promotion de _PRISM #_1. Certaines pièces ont un an, mais d'autres sont beaucoup plus vieilles, comme la chanson de Guitar Slim qui a été écrite il y a 60 ans. Tout ce qui se trouve dans _PRISM est inédit, ou très rare.

Jeff Bowers

Normalement les tournées servent à promouvoir les groupes de musique. C'est comment une tournée pour faire la promo d'un bouquin d'art ?

C'est génial, en fait. J'ai fait cette tournée avec Ray Reposa de Castanets. C'est un mec qui ronfle énormément.

Vous êtes originaire de l'Ohio. Pourquoi vous avez décidé de partir pour vous installer dans une grande ville ?

À New York, il suffit de se balader dans la rue pour trouver quelque chose d’intéressant. Vous n'allez jamais tomber sur une maison un peu « originale » dans la ville d'où je viens – Athens, Ohio – même si c'est aussi pour cette raison que ça la rend attachante. C'est si petit que quand quelqu'un fait quelque chose de cool ça une répercussion sur toute la ville.

Comment vous choisissez les artistes pour PRISM ?

Au hasard. Je tire leurs noms dans un chapeau. J'ai rencontré la plupart d'entre eux au cours de mes voyages ou quand je travaillais au Athens International Film Festival dans l'Ohio. Certains étaient déjà venus au fin fond de l'Ohio pour jouer devant 50 personnes du temps où j'étais là-bas.

Lola Dupre

C'est comme ça que vous avez rencontré Michael Hurley ?

C'est l'un de mes musiciens préférés, depuis des années. Je l'ai traqué. Il jouait d'un festival de folk en Ohio qui s'appelle le Nelsonville Music Festival, près de là où j'allais au lycée. À l'époque, j'ai fait en sorte de le rencontrer et je suis devenu pote avec lui.

Vous espionnez les gens ?

Non. Mais je suis un fan, un putain de vrai fan. Et la plupart de ces infos sont largement accessibles. J'ai seulement utilisé Myspace et Facebook. Il y a leurs adresses mail sur leurs sites, et c'est comme ça que j'ai contacté leurs agents et leurs labels.

Luke Ramsey

C'est comme ça que vous avez réussi à bosser avec les frères Kuchar ?

Eh bien, je savais que George Kuchar travaillait au San Francisco Art Institute, donc j'ai supposé qu'il devait avoir une adresse mail de l'université. J'ai cherché mais je n'ai rien trouvé. J'ai même écrit au festival du film de l'Ohio pour lequel j'avais travaillé. Là encore, ce fut sans succès. À cette époque un documentaire sur eux, It came from Kuchar, venait de sortir, alors j’ai écrit à la société de production. Mais encore une fois, ça a été un échec.

J'étais à San Francisco à cette époque et un pote m'a dit « T’as regardé dans l'annuaire ? ». Je ne l'avais pas fait. Et pourtant ils étaient là, « George et Mike ». J'ai pris le téléphone et je les ai appelés. En fait, ils habitaient à quelques rues de là où je logeais, et je leur ai rendu visite le lendemain.

Theo Ellsworth

Vous avez fait quoi ?

On est allé dans la chambre de Mike et on s'est assis sur son lit. Il a une de ces énormes illustrations avec Tarzan et des marins nus sur un bateau. Il m'a raconté que quand il est arrivé pour la première fois à New York, il n'arrivait pas à trouver de boulot et les seules personnes qui voulaient bien l'embaucher étaient des boîtes de prod porno gay qui le payaient pour figurer sur leurs posters. Je me souviens qu'il a aussi une fausse tête de T-Rex accrochée à son mur et plein de pochettes pour DVD sur lesquelles il a bossé. Puis on est resté là, à regarder des films hyper bizarres qui parlaient d'elfes dans le forêt.

C’est quoi le rapport entre les gays et le jus d’orange ?

J’avais inséré dans PRISM #1 le documentaire de Jay Rosenblatt dans lequel il a rassemblé des vieux enregistrements en 8mm d’Anita Bryant. Anita était très influante, et elle faisait la pub du jus d’orange importé de Floride. En même temps, une ordonnance autorisant les homosexuels à s’unir civilement est passée dans le Comté de Dade. Et elle s’est servie de son influence pour la faire abroger. Là, tous les gays…

Ont arrêté de boire du jus d'orange?

Non, ont décidé de manifester. Beaucoup de gays pensent qu’en faisant ça, elle les a indirectement sortis du placard. Le documentaire de Jay montre comment la voix d’une pub de jus d’orange a forcé les gays à assumer leur condition.

Donc à quel point PRISM est gay ? Genre, vraiment gay ? Ou plus, « une fois je me suis bourré la gueule pendant une fête de fin d'année et j’ai fini avec un mec » ?

Ce film n’est pas gay. Jay Rosenblatt n'est pas gay. Je ne suis pas gay. Mais je ne peux vraiment pas dire à quel point PRISM est gay. Je peux juste dire qu’il n’y a rien de misogyne ou d’homophobe dans PRISM.

OK. PRISM est quand même assez arty et un peu bizarre. J'imagine que vous vous êtes pas mal fait botter le cul en Ohio.

J'avais les cheveux longs pendant une partie de mes années à la fac, et je me souviens des mecs qui me sifflaient jusqu’à ce que je me retourne. Ils se sentaient hyper mal quand je me retournais et qu'ils réalisaient que j'étais un mec. Parfois les gens pensaient aussi que j'étais gay. Il prenait ça pour un fait et criaient « tantouze ! » en me voyant. Ils me demandaient même pas si c'était vrai. C’était assez relou, en fait.

C'est quoi le commentaire le plus négatif que vous ayez reçu pour PRISM?

Les gens ne me disent rien. C'est comme quand vous allez voir un film où le réalisateur répond aux questions du public après la projection ; les gens partent en disant que le film était super, mais ils ne disent jamais ce qu'ils pensent pour de bon. Je pense que les gens respectent notre boulot, mais ça ne veut pas dire que ce que l'on fait est « bien ». J’espère vraiment faire quelque chose de bien.

Heu, je pense sincèrement que c'est le cas.

Merci.

WILL COOPER