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Vice Blog

UN PIQUE-NIQUE D'EXTRÊME-DROITE

3.11.10

Le 26 octobre, mes chers amis de l'EDL sont revenus à Londres, pour la première fois depuis six mois. Ils en ont même profité pour ramener leur nouveau meilleur copain, Nachum Sifren, membre éminent du Tea Party et rabbin d'extrême-droite, sobrement surnommé « The Surfing Rabbi ».

Après s'être fait expulser de la ville par la Muslim Defence League suite à de violentes manifestations à Bradford et Leicester, l'EDL s'est mis en tête d'élargir sa communauté de fans en faisant appel à ses chers cousins de la droite dite radicale.

Le point de départ de la manifestation était au coin de l'ambassade d'Israël, à Kensington High Street où le rabbin et quelques membres de l'EDL avaient prévu de faire un discours. C'est avec des yeux ahuris que les passants ont observé un juif orthodoxe - qui d'ailleurs, ressemblait vaguement à Oussama Ben Laden - traîner avec des skinheads qui hurlaient des insultes à l'intention des musulmans.

Bien entendu, il n'y a pas de vraie manifestation de l'EDL sans que leurs rivaux de l'UAF (Unite Against Fascism) viennent les traiter de nazis.

Comme d'habitude, j'ai été très bien reçu. Salut les gars !

Malgré la colère omniprésente, c'est la confusion qui s'est avérée prédominante dans la journée. Certains membres de l'EDL ont fièrement brandi le Drapeau Arc-en-ciel au-dessus de leurs têtes, tandis que d'autres portaient des panneaux célébrant le manque de droits pour les homosexuels à Gaza. Un membre de l'EDL qui portait le drapeau américain m'a demandé mille fois si j'aimais le drapeau de St Georges, et tous les gens basanés que nous avons croisés se sont faits chaleureusement traiter de « Pakis ».

Un des leaders de l'EDL, Kevin Carroll, a pris la parole juste avant le rabbin et s'est adressé à la cantonade sur une tribune improvisée. Le papier qu'il est en train de lire pour son discours contient des « preuves » de l'intolérance du Coran qu'il a récupérées sur Wikipédia. Plus proche d'un étudiant plagiaire qu'un religieux érudit, Kevin a choisi d'ignorer les passages offensants contre l'homosexualité, l'adultère et l'athéisme de la Bible, ce qui aurait semblé moins hypocrite s'il n'était pas lui-même un énorme raciste.

L'EDL a plusieurs péchés mignons : la bouffe chinoise, les saluts nazis, les rabbins et les tentatives ratées d'engendrer une guerre sainte.

Pendant le discours passionné de Kevin Carroll, un manifestant s'est précipité vers la sono de l'EDL et a versé une bouteille d'eau dessus, avant de s'enfuir en courant. Sans grande surprise, les membres de l'EDL étaient survoltés et ont désespérément tenté d'attaquer l'auteur du crime, mais la police les a retenus.

Après avoir pleurniché longuement pour leur sound-system vandalisé, quelqu'un a tout réparé et le rabbin est enfin intervenu. Il semblait également touché par la confusion ambiante : il a commencé par célébrer l'EDL et le Tea Party comme des champions de la liberté d'expression, avant de promettre de démanteler les médias de gauche s'il en avait le pouvoir un jour. Ainsi vont les paradoxes de l'utopie de l'EDL.

Une gosse raciste de neuf ans.

À la fin des discours, la police a gentiment sommé les membres de l'EDL de rentrer chez eux. Ces derniers ont croisé des journalistes sur le retour et les ont attaqués, pour se faire arrêter une nouvelle fois par les flics. Le rabbin Shifren, visiblement inspiré, s'est rendu au Speaker's corner à Hyde Park pour partager ses opinions confuses avec les gens, ainsi que les pervers théologiques et moraux qui s'y baladent tous les dimanches.

La moitié des manifestants se sont joints à lui, mais Shifren a dû se résoudre à faire son discours sur un morceau de pelouse après que la police lui ait refusé de se rendre près des clercs musulmans radicaux. Il s'est levé à nouveau pour prôner la démocratie, mais chaque personne qui essayait de remettre en question son avis se faisait lourdement insulter par les membres de l'EDL, avec une emphase particulière sur les mots « connard », « paki », « traître » ou encore « sale arabe ».

La foule ne comprenait manifestement pas l'intérêt de faire venir un rabbin spécialement de L.A.

Ennuyée par le discours, la foule a fini par se disperser. Quelques membres de l'EDL ont ensuite croisé des jeunes anglais blancs convertis à l'Islam. Cette notion leur semblait tellement improbable qu'ils ont fini par se battre, et trois d'entre eux ont été arrêtés.

Finalement, la police a fini par en avoir marre de l'EDL, et après cinq longues heures de bâillements, de discours paradoxaux et d'accès de violence, l'EDL et leur pote américain se sont rassemblés à Hyde Park comme un groupe d'enfants perdus - le brevet et les paniers de pique-niques en moins, mais avec un désir commun de retrouver leurs mères.

HENRY LANGSTON