Range Tes Disques : Ludwig Von 88

On a demandé à Bruno, Karim et Charlu de classer leurs disques, de celui qu'ils aiment le moins à celui qu'ils considèrent comme le meilleur.

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22 Novembre 2016, 8:27am

Range Tes Disques  est une rubrique dans laquelle nous demandons à un groupe ou un artiste de classer ses disques par ordre de préférence. Après Korn, Slipknot, Lagwagon, Hot Chip, Manic Street Preachers, Primus, Burning Heads, le label Fat Wreck Chords, New Order, Ride, Jean Michel Jarre, Blur, Mogwai, Ugly Kid Joe, Anthrax, Onyx, Christophe, Terror, Katerine, Redman, Les Thugs, Moby, Les $heriff, L7, Descendents, Teenage Fanclub, Dinosaur Jr, Kery James et Brujeria, c'est au tour de Bruno, Karim et Charlu de Ludwig Von 88 de classer leurs disques, de celui qu'il trouvent le moins bon, à celui qu'il considèrent comme le meilleur.

Photos - Patrick Imbert & Hans Lucas


11.
HIROSHIMA (1995)

Karim  : Bon, c'est sûr, celui-ci est un peu triste. Ce n'est pas le moins bon album, mais il est tellement à part comparé au reste  !

Charlu : C'est notre seul album noir.

Karim  : C'est le thème, hein. C'était la commémoration des cinquante ans du largage des bombes atomiques. C'était pas joyeux, forcément.

Noisey : Pourtant, je croyais que le punk pouvait déconner sur tous les sujets, sans aucun tabou...
Charlu  : Là, ça aurait été dur.

Karim  : Ce disque était un peu un exposé, qui plus est. Avec un livre complet, comprenant les explications sur le projet Manhattan, les hibakusha... Ce disque des Ludwig, c'est la mauvaise pioche pour déconner.


10. LA REVOLUTION N'EST PAS UN DINER DE GALA (2000)

Bruno  : Chronologiquement, c'est notre dernier album. Il est sorti en 2000 mais on l'avait enregistré en 99.

Karim  : Ce qui correspond à la fin de l'activité pour les Ludwig. On faisait déjà plein d'autres choses en parallèle  : des sound systems, du hip hop, d'autres groupes... On ne s'ennuyait pas vraiment. Mais on avait décidé d'arrêter parce que ça faisait plus de quinze ans que l'on tournait.


9. 17 PLOMBS POUR PETER LES TUBES (1994)

Karim  : Bon, celui-là, ce n'est que des reprises, hein  ! Le but était de faire des reprises les plus éloignées possibles de l'original. On a donc fait « Stairway To Heaven »  en death metal et des gens nous ont dit qu'on avait manqué de respect envers Led Zep.

De toute façon, vous n'avez demandé leur avis à aucun des groupes   ?
Bruno : Si, on avait demandé à Nuclear Device  !

D'après les retours, quelle est la version qui a le plus plu à vos fans ?
Karim : Je crois que c'est la version de « Boys Boys Boys » de Sabrina en punk. 


8. LSD FOR ETHIOPIE  (1990)
 

Karim : Ah, ça c'était une bonne provo, quand même.

Avec les droits générés, vous avez pu envoyer beaucoup de LSD en Ethiopie  ?
Karim : Je pense qu'ils se rappellent encore de nous, en effet.


7. SPRINT (1988)

Bruno : Je l'aime bien, Sprint, hein.

Karim : On l'avait sorti pour les Jeux Olympiques de Séoul, en 1988.

Vous venez de le rééditer, mais sans faire figurer le logo olympique…
Karim  : Le logo olympique est protégé, ils sont hyper chiants avec ça. Quand on l'a fait en 88, ils n'étaient pas aussi tâtillons. Maintenant ce serait trop casse-couilles. On a décidé de ne pas le mettre. On s'est dit que ça serait quand même con de devoir foutre tous les tirages en l'air à cause des anneaux olympiques sur la pochette... 

Puisqu'on en est à causer du chiffre 88, j'en profite pour vous poser la question qui fâche : qu'en est-il de cette rumeur qui dit que le 88 de Ludwig Von 88 aurait été choisi pour tourner en dérision le 88 toujours cité par les groupes fafs, le 8 faisant référence à la huitième lettre de l'alphabet, H, le double H signifiant « Heil Hitler » ? 

Charlu : Déjà, les fafs ne rentraient pas aux concerts.

Karim : De toute façon ce n'est carrément pas ça. En 83, quand on a trouvé le nom, ce délire était inconnu.

Bruno  : L'origine du nom est un bouquin qui s'intitule 1988  : The New Wave Explosion [une histoire du punk par l'ancienne manageuse des Clash, paru en 1983]. Et en plus si tu fais 8 + 8, ça donne 16, et la seizième lettre de l'alphabet c'est P, comme Punk. 

Karim : Et voilà : numérologie  !

6. HOULALA 2 LA MISSION (1987)

Karim : C'est quand même un album qu'on adore dans les Ludwig : les morceaux, les intros, le son... Plus déconnant encore que le premier. Le premier était plus sérieux, finalement, avec des morceaux comme «  J'ai tué mon père  » qui étaient très keupon/destroy finalement. Là, c'est la première fois qu'on se barrait autant, je crois.

Charlu : C'est pendant l'enregistrement de cet album qu'on a passé une soirée ensemble pour la première fois. Je me suis pointé au studio. J'étais ivre mort et j'avais vomi. [Rires]

Bruno : C'est comme ça qu'on l'a connu. On s'est dit : un beau jour, il jouera avec nous. Et voilà.

Une belle rencontre.
Bruno : On avait aussi croisé Mylène Farmer pendant cette séance de studio.

Karim : Et Julie Pietri. Et Bernie Bonvoisin. Il voulait savoir si on avait des trucs à fumer mais on lui a dit que ce n'était pas notre truc.

C'est sur cet album qu'on retrouve « Louison Bobet ». Est-ce que vous savez si le morceau a été utilisé par des émissions de sport  ?
Bruno : Le Tour de France, peut-être. S'ils ne l'ont pas fait, en tout cas, ils devraient le faire. Karim : Je sais que le morceau a déjà été cité dans l'Equipe, dans une liste de chansons sur le sport. 

Sur  le maxi « Guerriers Balubas » qui a suivi, vous avez publié « Le Chant des Carpes », qui est en fait un long silence à  la John Cage  … 
Bruno : Ah oui. Le meilleur morceau des Ludwig, quand même.

Karim : C'est notre silence à nous. Il est moins conceptuel que celui de John Cage, mais il est plus populaire. Voilà. Il est aussi plus animalier. 


5.
PROPHÈTES ET NAINS DE JARDIN (1996)

Karim : Un album concept avec des personnages…

On peut dire que cet album a des vertus assez éducatives pour les jeunes générations : il leur apprend qui étaient Ceaucescu, Haroun Tazieff, Arlette Laguiller…
Bruno : C'est vrai. C'était des personnages qui étaient présents en effet dans les années 90. On s'est amusés un peu avec eux.

Au milieu de toute cette déconne, le cours d'histoire nous emmène en 1942 pour un hommage au groupe de résistance au régime nazi La Rose Blanche.
Bruno : Ouh, je ne m'en souvenais plus du tout de ce morceau-là. Mais c'était ça les Ludwig, hein. C'était des morceaux sérieux et puis beaucoup de déconnade.

Karim : « Guerriers Balubas », « Les Sentiers de la Gloire », il y a régulièrement sur nos disques, perdus entre les délires et les provocations, ce type de morceaux. Et ce morceau, typiquement, est très difficile à jouer ensuite sur scène. C'était peut-être plus facile pour un mec du public de s'identifier à Louison Bobet qu'à un résistant à l'hitlérisme. 


4.
CE JOUR HEUREUX EST PLEIN D'ALLEGRESSE (1990)

CharluIl est bien celui-là, aussi, hein. 

Il est bien produit.
Karim : Ouais. C'est un peu le London Calling des Ludwig ! C'est l'album qui a suivi Houlala 2, et autant Houlala et Houlala 2 avaient une couleur un peu identique, autant là, on partait vers d'autres directions, dans le son.

Bruno : On commençait à avoir des samplers, à mettre des petits trucs dans les morceaux… C'était aussi pour le morceau «  New Orleans  » qu'on a fait notre premier vrai clip. Enfin, on avait déjà fait un clip pour «  Sous le soleil des tropiques  », mais le type avait fait n'importe quoi  !

Vous avez même fait un mix à la Boulez, qui marque quand même la participation du rock alternatif français à la musique sérielle et aléatoire...
Bruno : C'était un vieux fantasme de Karim !

Karim : J'aimais beaucoup Boulez. Il me faisait beaucoup rire. En tout cas on est un des seuls groupes de punk à avoir eu un Boulez Mix. Pas que de punk d'ailleurs. Christophe, par exemple, ne fera jamais un Boulez Mix. Pourtant, il devrait.

A partir de ce disque, votre rythme de production s'accélère, avec quasiment un album par an.
Bruno : Oui, parce qu'en fait on faisait des tournées une partie de l'année, et avec l'argent des tournées on faisait un album. Voilà.


3. TOUT POUR LE TRASH (1992)
 

Charlu : Celui-ci a été massacré par d'autres gens, mais c'était un très bon album.

Massacré  ?
Karim : Le truc c'est que le label Bondage a été racheté à un moment, par des gens qui n'étaient pas vraiment, euh, mélomanes. C'est une boîte de pub qui a racheté Bondage. Du coup, on a essayé de se casser comme on a pu. On a quand même mis deux ans à se libérer du joug. Mais c'est vrai que c'est un super album, avec de très bons morceaux dessus.

On y trouve même un hommage à Charlie Oleg  
Karim : On avait partagé une émission de radio sur Europe 1 avec lui. Quand on est arrivés sur le plateau, on avait changé les sons de son orgue. Quand il a commencé à jouer, c'était réglé sur «  orchestre symphonique  ». Un technicien a passé tous les pre-set. Tout ça en direct, hein, sur Europe 1  ! Mais Charlie Oleg avait bien réagi, hein. Il était fun ce mec-là. Il avait bien rebondi sur le truc. Très professionnel.

Le maxi In The Ghettosqui a suivi comporte des morceaux live. C'était une technique de remplissage, de rajouter des versions live ?
Karim : Ah non  ! Pas du tout ! Le remplissage n'a jamais été d'actualité pour nous. Au contraire, on avait plutôt trop de morceaux  ! Si on rajoutait des lives, c'est parce que le live, c'était une grande partie des Ludwig  !

Bruno : Et les live étaient assez différents, d'un soir sur l'autre, selon les élucubrations de Karim...


2. HOULALA 3 L'HEUREUX TOUR (1998) 

Karim : Je l'aime bien celui-là. C'est un peu l'anthologie, avant qu'on n'arrête.

Bruno : C'est un double-album live, justement, avec un paquet de morceaux dessus  ! Et j'aime bien le son qu'il a, cet album, alors que je n'ai pas toujours été ultra satisfait du son d'autres de nos disques. Il a bien la patate.

C'était à Pezenas.
Bruno : La ville de Boby Lapointe  !

Auquel vous faites une dédicace, d'ailleurs, au début de l'enregistrement.
Karim : Bien sûr  ! Une grande influence.


1. HOULALA (1986)

Bruno  : Ce sera toujours celui qui me plaît le plus, finalement. L'histoire de cet album, en plus, est assez drôle. On avait 48 heures pour tout enregistrer. Grâce à notre pote Reptile, qui est un ingénieur du son assez connu maintenant, et qui à l'époque était assistant au Studio de la Grande Armée, à Paris. On n'avait jamais fait de studio. On avait juste enregistré dans notre local de répète. On s'est donc enfermés 48 heures, du samedi au lundi matin. Je me souviens que j'avais mal aux yeux, en sortant, parce qu'on n'avait pas vu le soleil depuis deux jours. Et ça a donné «  Houlala  ». 

La limite de 48 heures, c'était parce que le budget de production était serré  ?
Karim : Ah c'était pire que ça : il n'y avait pas de budget  ! On était au black dans le studio. En loucedé. On squattait.

Bruno : Maintenant on peut le dire, parce que de l'eau a coulé sous les ponts. Le studio a changé de patron, c'est bon.

Le disque s'ouvre évidemment sur une présentation d'un concert d'une pièce de Ludwig von Beethoven...
Bruno : Avant de faire l'album, on faisait des cassettes. Depuis l'époque Olaf, qui était le premier guitariste des Ludwig et qui avait l'habitude de mettre des petits bouts de conneries entre les morceaux. On a continué dans la lancée. On a mis des intros un peu débiles, ou un peu graves, ou provo. Tout ce qu'on voulait. 

La dernière goutte est pour le slip, sur la chanson « Assez » , c 'est une référence à « Secoue Plus Fort » des Trotskids?
Karim : Non, c'est plus une phrase qui se disait à l'époque. On connaissait les Trotskids., bien sûr. On se connaissait tous plus ou moins. Mais là, c'est juste une histoire de slip et de goutte. 

Comment vous êtes vous retrouvés d'entrée de jeu sur un label comme Bondage, qui était quand même la référence du punk français de l'époque ?
Bruno : On était potes avec les Nuclear Device et avec les Bérus.

Charlu : Bien avant Bondage, même. Rock Radicals Records, VISA, tout ça c'était la même bande.

Bruno : C'était donc assez logique. Et comme l'album n'avait rien coûté... ça avait été facile ! Et quand cet album-là est arrivé, c'est vrai que ça a fait comme un choc. C'était du punk, mais la pochette était rose. Il y avait une boîte à rythme, tout ça. Pour moi, ça reste quand même l'album fondateur des Ludwig. 


Au lycée, Guillaume Gwardeath se faisait appeler Guillaume Von 89. Il est sur Twitter.