On a parlé à des jeunes snowbirds
Guillaume, le fleuriste-voyageur.
Commandité

On a parlé à des jeunes snowbirds

Mais qui sont ces jeunes qui arrivent à passer l'hiver au soleil?

Cet article fait partie de la série « Les vraies affaires » .

On connaît tous (ou presque) des snowbirds, ces fameuses personnes du troisième âge qui passent leurs hivers en Floride. Mais on connaît beaucoup moins les jeunes snowbirds, ces jeunes passionnés de voyage qui travaillent fort pendant l'année pour éviter à tout prix de passer l'hiver dans le froid québécois. Un grand nombre de profils émergent une fois qu'on s'intéresse au sujet de ceux qu'on appelle parfois travailleurs saisonniers, digital nomads ou encore grands voyageurs. Rencontre avec ces jeunes qui ont en commun d'être prêts à tout pour éviter de passer l'hiver ici.

Publicité

Guillaume, 29 ans, mi-fleuriste, mi-voyageur

VICE : À quoi ressemble ta vie?
On peut dire que je suis un snowbird moderne. Je pars l'hiver parce que je n'ai jamais vraiment aimé cette période de l'année : le froid, ce n'est pas pour moi. Je préfère largement me retrouver au bord de la plage ou faire de la randonnée en Amérique du Sud. Jusqu'à présent, je suis allé dans plus de 60 pays et j'ai mis les pieds sur tous les continents; je pense qu'il me manque juste l'Antarctique à visiter, mais je t'avoue que je ne suis pas pressé.

Tu n'as pas l'impression d'être un fantôme pour tes proches?
C'est vrai que quand tu pars tout le temps, t'es étiqueté comme celui qui n'est jamais là pour les anniversaires, les mariages et les autres événements importants de la vie. D'un autre côté, ça te permet d'avoir des amis aux quatre coins de la planète. La vie amoureuse, c'est une autre affaire; je n'arrive pas à développer une relation sur le long terme, mais c'est bien correct parce que si je le voulais vraiment, j'aurais fait en sorte que ça arrive, en changeant mon mode de vie.

C'est quoi ton secret pour faire tous ces voyages?
J'ai repris les rênes du commerce de fleurs familial dans un marché à la Prairie sur la Rive-Sud de Montréal. Je travaille du 1er mai au 1er novembre, ce qui me permet d'amasser un maximum d'argent. Durant cette période, je travaille près de 100 heures par semaine, c'est littéralement une année de travail condensée en six mois. Après, je pars six mois à l'aventure. L'argent que je fais me permet d'être autosuffisant durant tout l'hiver. Je mène cette vie-là depuis que j'ai 19 ans et, paradoxalement, j'ai tout de même une sorte de stabilité dans mon instabilité.

Publicité

Amanda, 25 ans, serveuse estivale

Qu'est-ce qui te plaît le plus dans le fait de voyager?
La découverte! À la fois ce que tu peux apprendre sur d'autres cultures, mais aussi sur toi-même. Je ne te cache pas qu'éviter le froid québécois est évidemment aussi une motivation. Il y a une partie de moi qui a l'impression d'être une jeune snowbird, mais bon, je quitte Montréal chaque hiver avant tout par passion du voyage. Cette année, je vais aller en Australie pour la troisième fois, j'ai vraiment un gros coup de cœur pour ce pays.

Ce n'est pas trop dur financièrement?
Ça dépend… C'est vrai que je ne roule pas sur l'or, mais je parviens toujours à partir en voyage! Je travaille en tant que serveuse le plus possible durant la période estivale pour avoir assez d'argent de côté pour pouvoir vivre là-bas et être confortable. À Montréal du printemps à l'automne, tu peux faire plein de cash dans la restauration. Suffisamment pour te faire un budget voyage intéressant pour l'hiver suivant.

Qu'est-ce qui a changé depuis que tu es une jeune snowbird ?
Paradoxalement, j'ai l'impression que cette vie à l'allure instable m'a rendu plus responsable que je l'étais auparavant. Le fait de travailler avec un objectif bien précis en tête te donne un certain sens des priorités. Dans la restauration, t'as plusieurs catégories de personnes, dont celles qui flambent leur paye en quelques jours ou celles qui la gardent bien au chaud pour réaliser un projet. Je fais partie de la seconde catégorie. Ma passion pour le voyage m'a appris à couper dans les dépenses inutiles et à gaspiller le moins possible.

Publicité

David, 35 ans, muraliste douze mois par année

Comment fais-tu pour t'évader tout l'hiver?
Dès que je ne peux plus peindre à l'extérieur, je me trouve des opportunités ailleurs dans le monde où je peux encore peindre des murs. Je suis allé dans près d'une vingtaine de pays, dont certains où je suis allé plusieurs fois, comme le Mexique où je suis allé 13 fois. Aujourd'hui, chacun de mes hivers est booké minutieusement à l'avance, je sais déjà à quels festivals je vais participer. Par exemple, l'hiver prochain je vais passer pas mal de temps en Ouganda et au Kenya avec des communautés artistiques.

Le muralisme est une activité saisonnière au Québec à cause de l'hiver. Dès le début de ma carrière, j'ai su que si je voulais atteindre mon plein potentiel, je devais faire des murales douze mois par années au lieu de six au Québec.

Pour le budget, ça se passe comment?
Je profite de l'été pour amasser le plus d'argent possible au Québec. Je refuse de me reposer sur ce que je fais durant mes voyages, donc les quatre mois d'été sont la base de mon modèle d'affaires. C'est vraiment la peinture qui finance mes voyages et mes projets à l'étranger. Néanmoins, aujourd'hui, avec l'expérience que j'ai, il y a certains de ces projets hivernaux qui sont autosuffisants. Je ne me repose pas pour autant sur ça. L'été, j'ai un devoir presque obsessif d'amasser des ressources parce que ça me permet de puiser dedans en cas de coup dur pendant l'hiver.

Publicité

Est-ce que c'est ça, un snowbird moderne?
Je t'avoue que le terme snowbird me dérange un peu, je le trouve péjoratif, ça me fait penser à un tout-inclus. Je suis avant tout un artiste peintre, graffeur, muraliste à l'international depuis plus d'une quinzaine d'années dans les communautés où on m'invite à peindre. Je ne suis pas là l'hiver pour une raison bien précise : je veux profiter à fond de l'été au Québec pour participer au plus grand nombre d'événements artistiques possible.

Élodie, designer web en mouvement, 25 ans

Est-ce que tu arrives à donner un nom à ta vie de voyageuse?
Honnêtement je me sens davantage digital nomad que snowbird. J'ai un profil assez différent de celui que pourraient avoir les travailleurs saisonniers classiques. Je suis designer web, donc je peux travailler de n'importe où sur la planète. Je pars essentiellement l'hiver, mais il m'arrive parfois aussi de partir sur un coup de tête durant l'été ou l'automne. Je suis vraiment fan de la culture asiatique, donc j'essaie de visiter ce continent le plus possible.

Ce n'est pas trop complexe de travailler à distance?
Pas vraiment, j'ai seulement besoin d'une connexion internet et je peux discuter avec mes clients. J'ai la chance d'avoir développé un bon portefeuille de mandats qui me permet de mener une vie confortable. Après je ne te cache pas que je fais quand même attention à mes dépenses. Si la culture du voyage m'a appris quelque chose, c'est bien d'éviter à tout prix le gaspillage, quelle que soit sa nature.

Publicité

Est-ce tu vas être digital nomad toute ta vie?
Honnêtement ça ne me dérangerait pas. J'ai beaucoup appris sur moi notamment en termes de débrouillardise. En voyage, t'es livré à toi-même et ça développe ton instinct de survie. Ça fait deux ans que je suis digital nomad, et j'ai l'impression que je pourrais continuer longtemps.

Laura, prof de yoga mobile, 26 ans

Comment réussis-tu à mettre suffisamment d'argent de côté?
Depuis près de trois ans, de mai à octobre, je donne le plus de cours de yoga possible. Je travaille parfois aussi un peu dans le milieu de la restauration pour gonfler mon budget. Après, comme tout le monde, j'essaie d'économiser le plus possible au quotidien, que ça soit dans mes factures d'épicerie où lorsque je magasine de nouveaux vêtements. Je dépense de l'argent uniquement lorsque c'est nécessaire. Au début, ce n'était pas facile, mais aujourd'hui j'arrive à distinguer de quoi j'ai besoin et de quoi je peux me passer.

C'est ça, être snowbird, en 2017?
Je pense que oui, mais je me considère comme une snowbird de la nouvelle école. Il m'arrive d'aller en Floride parce que j'ai un peu de famille là-bas, mais je passe la grande majorité de mon temps en Amérique latine et parfois je m'aventure en Asie du Sud-Est. J'ai démarré cette vie parce que je n'étais pas satisfaite de la pression quotidienne qu'on peut vivre en ville. J'ai l'impression que le seul répit que j'ai, c'est lorsque je suis en voyage.

Qu'est-ce qui a changé dans ta vie depuis trois ans?
Parfois, j'ai l'impression de mener une double vie, entre celle que je mène à Montréal et celle que j'ai dans d'autres pays durant l'hiver. Concernant la vie amoureuse, je pense que je surprendrai personne en disant que ce n'est pas facile de construire quelque chose de sérieux. Par contre, un des côtés les plus épanouissants, c'est le rapport que j'ai à l'argent. Je ne le conçois plus comme une fin en soi, mais plutôt comme un moyen de vivre une vie plus en harmonie avec mes envies.

Cet article a été publié grâce au soutien de la Banque Nationale.