Photo: Eric Cabanis / AFP

Choisir son syndicat étudiant : les vrais critères

Si Parcoursup a décidé à votre place de la fac où vous étudiez, vous êtes encore libres de choisir ce que vous y ferez vraiment.

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sept. 13 2018, 9:00am

Photo: Eric Cabanis / AFP

Ça y est, c’est la rentrée. Et dans son immense bonté, le tout-puissant Parcoursup a finalement décidé de vous attribuer un programme d’études supérieures. Et même s’il ne correspond en rien à vos rêves, vous avez tout de même l’impression d’être l’élu de la République. Vous vous apprêtez donc à suivre un chemin de vie qui n’était qu’un obscur huitième vœu.

Heureusement, à défaut de décider de votre avenir, vous êtes toujours libre de choisir votre syndicat étudiant. Car même si vous ferez partie des 1% de weirdos qui consacrent leur temps à militer plutôt qu’à fumer de la weed au fond de l’amphi, cela pourrait vous apporter quelques bienfaits. Comme connaître certains des 2 000 inconnus de votre amphi, vous saouler à moindres frais, coucher avec d’autres êtres humains, voire participer à l’avènement d’un monde meilleur. Soit de bons moyens d’occuper vos années fac.

Pour les teufeurs : La FAGE

La Fédération des associations générales étudiantes n’est pas vraiment un syndicat étudiant. C’est à la fois un super BDE et une organisation supposément apolitique regroupant une galaxie de groupuscules. Sa mission ? Améliorer la vie étudiante, comme l’assure François, un ancien du bureau national : « On fait un vrai travail de terrain. On monte des projets comme "L’hôpital des nounours", la mise à disposition des supports de cours et l’organisation des soirées ». Et c’est bien là le nerf de la guerre. Car ici, plus qu’ailleurs, « on fait carrément la teuf », reconnaît François. Qui a même théorisé l’utilité de l’open bar en milieu syndical : « On s’engage bénévolement. Ce serait quand même dommage que ce soit chiant ».

Point positif, la sélection à l’entrée n’est pas très sévère. L’apolitisme revendiqué de la FAGE lui permet de ratisser large : nul besoin d’être étouffé par les convictions pour y adhérer. Après tout, vous êtes tous – chacun à votre manière, bien sûr – favorable à l’amélioration de la vie étudiante, non ?

Évidemment, cette « CFDT étudiante » est raillée par les militants au cœur pur. Camille, ancienne membre du bureau de national de l’UNEF, confie : « Chez les autres syndicats, il y a consensus pour dire que la vraie vermine, c’est la FAGE et son apolitisme. Parce que l’apolitisme, c’est la droite qui ne dit pas son nom ». Et Camille de taper là où ça fait mal : « Je suis sûre qu’ils pensent que ce sont eux qui font le plus la teuf. Sauf que chez nous, il y a la camaraderie. Et des chants soviétiques à la place des chansons paillardes ». Deux salles, deux ambiances, donc.

Pour les fans de Laurent Wauquiez : l’UNI

Si vous êtes un gosse de riche – ou que votre implantation capillaire naturelle est un combo mèche bien propre/raie sur le côté – vous êtes au bon endroit.

Si ce n’est pas le cas, mais que vous rêvez de facs sans manifs, de frais d’inscriptions plus élevés et de l’union de la droite avec le FN, c’est aussi à l’Union nationale inter-universitaire qu’il vous faut adhérer.

Avantage non négligeable : les lendemains de fêtes, la gueule de bois passe mieux quand on s’est pinté au Romanée-Conti piqué dans la cave familiale.

Pour les gauchistes purs et durs : Solidaires étudiant-e-s

Si vous aimez le militantisme old school et chansons à texte, c’est iciqu’il faudra vous inscrire. À n’en pas douter, cela donnera à votre vie étudiante un doux fumet de grillades et de solidarité. Le tout, empaqueté dans un solide corpus idéologique de gauche radicale.

Pour les amateurs de bastons : Assas Patriote

Si vous avez toujours préféré casser des nez à coups de casque plutôt que peindre des banderoles, les syndicats étudiants à tendance identitaire vous feront probablement une place. Enfin, à condition d’être blanc, chrétien, hétéro et identitaire. Oui, les critères sont tout de même assez stricts.

Pour les nerds : L’Armée de Dumbledore

Gryffondors, Serpentards, Poufsouffles ou Serdaigles, tous sont acceptés dans l’armée de Dumbledore (AD), liste partiellement parodique de l’université de Rennes 2, aka l’une des facs les plus politisées de France. Et pour cause, l’historien Jean-Philippe Legois, spécialiste des mouvements étudiants, la définit comme « encore plus à gauche que Solidaires Etudiant-e-s ». Le chercheur ajoute : « Ce n’est pas juste une blague potache, il y a une véritable réflexion autonome et radicale, poussée si loin que ça peut aller jusqu’au refus de se fédérer au niveau national ».

Vous l’aurez compris, à l’AD, il n’y a ni orgies cosplay, ni vannes vaseuses sur les baguettes magiques. Ici, on ne rigole que pour pourrir la gueule de l’ordre établi. Quand on a 18 ans, c’est déjà un bon début.

Pour tout le monde : l’UNEF

Vieille de plus de cent ans, l’Union nationale des étudiants de France n’est plus un syndicat depuis longtemps, c’est un mini-monde. D’ailleurs, on y trouve de tout : de futurs leaders politiques (la quasi-totalité de l’organigramme du PS y a fait ses armes), des gauchistes radicaux, de futurs macronistes… Et pour cause, l’Union est traversée par toutes les tendances de la gauche. « À l’époque où j’étais à l’UNEF, j’ai fréquenté des gens qui sont aujourd’hui des députés de la majorité actuelle », raconte Killian*, ancien de l’équipe qui a relancé la cellule de l’Université Paris-IV dans les années 2000. Lui a rejoint un temps l’aile gauche du PS. « C’est dire si nos trajectoires sont différentes », ironise-t-il. « Pourtant, si tu n’es ne serait-ce que centriste, tu t’étrangles à chaque fois qu’un mec d’une autre tendance s’exprime », s’amuse Camille, une ancienne du bureau national de l’UNEF et des Jeunes radicaux de gauche.

L’UNEF c’est donc comme la vie – mais sans mecs de droite. Les emmerdes et les bonheurs restent les mêmes. « C’est vraiment une école de la vie. Tu te lèves à cinq heures du mat’ pour tracter, tu fais des interventions face à des amphis où tu te fais insulter par les corpos, tu expliques à des doyens de fac que leur budget n’est pas bon… C’est un accélérateur de compétences, peu importe ce que tu fais après », se souvient Camille.

Mais seuls une poignée d’élus – les représentants nationaux – sont soumis à ce sacerdoce. Les autres peuvent tranquillement profiter du local chauffé pour y fumer de la weed en hiver. Et après tout, n’est-ce pas le principal intérêt de verser une cotis’ à un syndicat étudiant ?

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