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Food by VICE

Ode au fast-food de mon cœur

Chez Cook Out comme ailleurs, on bouffe vite et pour pas cher. Mais la chaîne a quelques atouts qui la rendent vraiment unique au monde.

par Eric Ginsburg
21 Novembre 2018, 11:43am

Wikimedia Commons // Michael Rivera

Je n'avais même pas assisté à mon premier cours universitaire qu’on m’emmenait déjà en caisse chez Cook Out. Pour un Yankee de passage à Greensboro, en Caroline du Nord, c’était une sorte de baptême-par-le-milshake d'une des plus belles traditions sudistes.

Avec mon nouveau pote, on s’était garé le long du restau, après avoir dépassé les doubles files du drive-thru, et on s’était avancé jusqu’à une fenêtre. Là, un menu annonçait plus de 40 milk-shakes différents et un choix vertigineux de bouffe. En l'absence de sièges à l'intérieur de Cook Out, on est retourné dans la bagnole avec nos commandes, profitant de la brise d’une douce nuit d’août et imaginant à quoi allait ressembler l’université tout en bâfrant.

En 2019, la chaîne fondée à Greensboro fêtera son 30e anniversaire. Elle était jusqu’en 2010 et l’année de ma remise de diplôme, une expérience exclusivement locale. Depuis, Cook Out a franchi les frontières de plusieurs États, s’étendant dans le Sud-Est avec plus de 200 restaurants – la majeure partie est néanmoins située en Caroline du Nord.

Je suis resté à Greensboro pendant 12 ans. J’ai mangé chez Cook Out à de nombreuses reprises, réalisant rapidement que ce fast-food était le lieu idéal pour y amener les gens de passage. Les habitants de Caroline du Nord à qui j'ai parlé ont tous mis en avant plusieurs facteurs qui font de la chaîne la meilleure au monde. OK, on y bouffe rapidement et pour pas cher comme ailleurs, mais quelques éléments la rendent vraiment unique.

L'imbattable combo

La raison d'être [en français dans le texte] de Cook Out, c’est son combo surnommé « le meilleur de la ville ». Pour moins de 6 $, vous pouvez vous enfiler un double hamburger, un wrap au bacon, une quesadilla et une grande boisson. La quantité de nourriture que vous recevez pour si peu de thunes est indécente.

Vous pouvez en plus personnaliser vos choix. J'ai une amie qui commandait ce qu'elle appelait le « Poulet Massacreur ». Un sandwich au poulet épicé, un wrap au poulet avec sauce ranch, des nuggets de poulet et un milk-shake. Le meilleur remède contre la gueule de bois.

Parmi les plats, on trouve le Big Double Burger, des hot-dogs et aucune option végétarienne. Pour les sides, qui sont servis par paire, vous avez des trucs bien fat : nuggets de poulet, onion rings, corn dogs, wraps au bacon, frites cajun. De l'huile à perte de vue. Si vous voulez la jouer régionale de l'étape, demandez un « thé géant » – il est sucré – ou un verre de Cheerwine. Pepsi est peut-être né en Caroline, mais là-bas, ils ne jurent que par ça, un soda sirupeux qui aurait pu être le fruit d’un croisement entre un Cherry Coke et un Dr. Pepper.

Pour une somme relativement modique, vous pouvez aussi ajouter un milk-shake à la place de la boisson. Si c'est la première fois que vous foutez les pieds dans un Cook Out, c'est même ce que je vous recommande.

Les milk-shakes stylés

Katie Quine a appris à aimer Cook Out quand elle était lycéenne à Charlotte. Pendant ses études à l'UNC-Chapel Hill, elle s'est régulièrement rendu dans une des adresses de la chaîne située pas loin du campus de Duke, l'université rivale, à Durham. Un pèlerinage uniquement effectué dans le but de boire son milk-shake préféré goût cheesecake au chocolat – il y a littéralement une part de gâteau mélangé à la glace.

Quelques années plus tard, en parallèle à son taf – journaliste à la rédaction du prestigieux magazine Our State qui vante les mérites de la Caroline du Nord – Quine et son collègue Andy Busam ont même lancé cookoutmilkshakereviews.com. Un site qui évalue avec quelques traits d’esprit et une esthétique extrêmement abrasive l’ensemble des 40 milk-shakes au menu.

Le classement prend en compte la couleur, le goût, le bouquet, la texture, la saveur, la finition en bouche et la qualité intrinsèque – éléments empruntés à un concours de dégustation de vins dont Quine était jurée.

En bas, on trouve des milk-shakes comme le Hi-C Fruit Punch. « C’est l’équivalent, en goût et en couleur, du Pepto-Bismol [médicament contre les troubles gastriques] », peut-on lire. « Il n'a rien pour lui. Que Dieu ait pitié de son âme de milk-shake. » Quine lui a mis 5 points sur les 17 possibles.

En haut, le Reese's Cup mène la danse avec un demi-point de plus que le Blueberry. « Après la mort, j’aimerais être réincarnée en milk-shakes Reese’s Cup », raconte la critique. « Peut-être que cette fois tout le monde voudra vraiment être mon ami. »

« La plupart des fast-foods me dégoûtent », a déclaré Quine, maintenant présidente du conseil d'administration de l’association Slow Food Middle Tennessee, « mais Cook Out est un peu ma Kryptonite ».

Le côté irrémédiablement kitsch

Imaginez un minuscule immeuble rectangulaire de la taille d'un studio. À l’extérieur, au milieu du mur, des miroirs teintés renvoient l'image de votre gueule enfarinée – l’inverse d’un paillasson « Bienvenue ! ». Normal. Il est impossible d'entrer dans la plupart des Cook Out, même pour commander. Ce n’est pas la seule chaîne dans ce cas – Big Oak Drive-In et Bar-BQ font la même chose – mais c’est clairement le plus emblématique des fast-foods à avoir abandonné les sièges à l'intérieur.

Côté esthétique, Cook Out donne l'impression d'avoir été totalement imperméable aux conseils des agences de marketing et autres DA. Les gobelets sont ornés d’un « God Bless America » et de versets bibliques alors que le concept de la chaîne donne plutôt dans « l’ado défoncé en boîte » que le « groupe de paroissiens ».

Le lieu est bruyant, brut de décoffrage, pas très accueillant mais incroyablement populaire auprès de tous – et surtout des jeunes (qui sont quand même les apôtres du cool). Essayez d’aller dans un des Cook Out de NC State ou d’UNC-Wilmington un vendredi ou un samedi soir.

Originaire de Greensboro, Kacie, qui a vu son amour pour le fast-food grandir en même temps qu’elle, explique : « Ils sont ce qu’ils sont. Ils font leur truc et ils ne s'en écartent pas une seconde. Ce qui donne un truc étrangement cool. »

Le facteur nostalgie

La configuration si particulière de Cook Out en fait un lieu de prédilection pour les lycéens et les étudiants. Si vous ajoutez le fait que le fast-food est présent de manière quasi-systématique à travers toute la Caroline du Nord, tous les ingrédients sont réunis pour faire de la chaîne un symbole parfait de votre jeunesse (comme les Pogs).

Mon ancienne collègue Sayaka Matsuoka, journaliste élevée au bon grain de Greensboro, va rarement manger au fast-food. Elle n'a pas mis les pieds dans un Cook Out depuis des années. Pourtant, elle est prête à faire la guerre à quiconque soutient qu’une autre chaîne – genre In-N-Out Burger – est meilleure. Ça fait partie des réflexes acquis lors des années formatrices passées dans le Cook Out de Battleground Avenue, alors qu’elle était lycéenne. Elle y allait parfois après son entraînement de tennis avec d’autres joueuses ou y flânait simplement avec des potes.

« Pendant longtemps, on se retrouvait presque machinalement sur le parking », confie-t-elle. « On n’était pas là pour la bouffe. Pour moi, il y avait plus un aspect social. Je pense que c'était à cause de la fenêtre-guichet. »

En gardant les clients à l'extérieur du bâtiment et en ne fournissant ni table ni siège, Cook Out crée ce que Matsuoka décrit comme une atmosphère informelle de type « barbecue au fond du jardin ». C’est parfait pour les ados qui squattent le parking adjacent, empruntent le mobilier de Maxie B’s, la boulangerie voisine, ou s’assoient sur le trottoir à la lueur de la salle de sport ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Sayaka at Cook Out for prom
Matsuoka at Cook Out before her prom. Courtesy Sayaka Matsuoka

Naturellement, Cook Out a aussi accueilli le dîner précédant la « prom night » de Matsuoka et ses amis. Ils ont dressé une table pliante assortie d’une nappe rouge un peu cheap, déplié des chaises de camping et se sont installés près des poubelles du fast-food.

La bouffe y est excellente

Que vous veniez pour le banana fudge ou les milk-shakes Oreo & Menthe, le thé sucré ou le verre de Cheerwine, vous êtes à la bonne adresse. Cook Out ne propose pas que de la bouffe anti-gueule de bois. C’est super bon et ça peut servir d’excellente introduction à une cuisine du Sud sans prétention.

Lorsqu’il rentre à Greensboro, Christian Bryant, qui vit maintenant à Chicago, raconte qu’il s’arrête souvent au Cook Out avant la maison de ses parents. Sa commande ? Un milk-shake aux Oreo, des frites et un burger Out West Style avec de la sauce barbecue et du bacon.

« Ils sont parfaitement grillés », dit-il à propos des hamburgers. Parfois, il prend la version « huge » avec deux steaks. « Mais c’est la sauce barbecue qui change tout. »

Si les racines de Cook Out sont à Greensboro, la sauce servie sur les burgers est la version corsée qu’on trouve hors de Caroline du Nord. Par contre, le reste du menu respecte la composition du barbecue spécifique de la région. Et dans un État connu pour son pulled pork (porc effiloché), la décision de Kacie de commander le sandwich au barbecue n’est pas à prendre à la légère.

« Ils font un très bon travail et ils n’en récoltent pas les lauriers », m'a-t-elle expliqué, ajoutant que le repas est financièrement abordable et particulièrement savoureux, comme n’importe quel barbecue de Caroline du Nord devrait l'être.

Elle a raison. J'ai écrit sur le barbecue de Caroline du Nord pour des canards tels que Newsday, Triad City Beat ou Winston-Salem Monthly et je dois dire que le barbecue version Cook Out est étonnante. Même si la cuisson n’est pas très orthodoxe – normalement c'est lent et sur du bois de noyer – son goût est indéniablement bon.

J'ai quitté la Caroline du Nord cette année pour m’installer à Brooklyn. Il y a beaucoup de choses qui me manquent : le ciné-parc d’Eden, les montagnes entourant Bryson City, nager dans une rivière. Mais lorsque je suis retourné pour la première fois dans la région, le seul endroit que j’ai fait deux fois, c’est Cook Out. La faute à la nostalgie. Ou aux milk-shakes. En tout cas, ce n'était pas négociable.

Cook Out a un peu changé depuis que notre idylle a commencé il y a 12 ans. Son expansion au-delà de la Caroline du Nord a entraîné la réorganisation de certaines adresses – on peut y trouver des chaises à l’intérieur. Pour ceux qui ont eu un coup de foudre avec le fast-food quand les choses n’avaient encore aucun sens, je suis certain que l’amour survivra à ces changements – tant que ce qui fait de Cook Out une chaîne si particulière n’aura pas entièrement disparu.


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES US

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