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L’Union européenne aussi veut se rapprocher de Cuba

Lors d’une visite à Cuba, la chef de la diplomatie européenne a affirmé la volonté commune de l’UE et de Cuba d’accélérer le rythme de leurs négociations, en vue d’une normalisation de leurs relations. Elle pourrait avoir lieu fin 2015.
25.3.15
(c) Union européenne

Federica Mogherini, à droite, participe à un dépôt de gerbe sur la place de la Révolution, La Havane.

La visite de Federica Mogherini, la Haute représentante pour la politique extérieure de l'Union européenne (UE), le mardi 24 mars à Cuba, constitue le premier déplacement d'un diplomate européen de ce niveau sur l'île, depuis 2008. L'UE et Cuba veulent « accélérer le rythme » des négociations en vue d'une normalisation de leurs relations d'ici la fin de l'année. Autrement dit ils en appellent à un réchauffement diplomatique, au moment du rapprochement amorcé par les États-Unis avec l'île en décembre dernier.

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« Nous avons décidé aujourd'hui d'accélérer le rythme de nos négociations, avec l'espoir de parvenir à signer le cadre de notre dialogue […] d'ici la fin de l'année », a déclaré le mardi 24 mars la chef de la diplomatie de l'UE dans une conférence de presse à La Havane, capitale de Cuba.

Federica Mogherini et le président cubain Raoul Castro se sont mis d'accord pour augmenter le rythme des rencontres bilatérales entre l'Europe des 28 et Cuba ,dans le but de préparer le quatrième cycle de négociations dans le cadre de l'« Accord de dialogue politique et de coopération » lancé par l'UE en avril 2014. Neuf mois plus tard, Federica Mogherini avait salué le rapprochement avec les États-Unis  en déclarant dans un communiqué : « Aujourd'hui, un autre Mur a commencé à chuter. »

Contrairement aux États-Unis — qui ont placé Cuba sous embargo total depuis 1962 — l'UE n'a jamais imposé d'embargo commercial ou diplomatique à Cuba. Toutefois, en 1996, les pays membres de l'Union ont adopté une « position commune » qui définit leurs relations politiques avec Cuba. Il s'agit d'un renfort des exigences en matière de respect des droits de l'homme, subordonnant toute reprise d'un dialogue politique avec La Havane à une évolution dans ce domaine. Les relations bilatérales des États européens avec Cuba ont toutefois continué, n'étant pas soumises à cette « position commune ». Les réformes enclenchées par Raul Castro dès 2012 ont poussé l'Europe des 28 à entamer un dégel des relations.

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La « position commune » n'a pas empêché l'UE d'être le premier investisseur étranger à Cuba et le deuxième partenaire commercial du pays (le premier étant le Venezuela), les échanges commerciaux entre Cuba et les pays membre de l'UE représentant 22 pour cent des échanges commerciaux cubains. Certaines entreprises européennes, à l'instar du groupe Accor, gestionnaire d'hôtels français, sont très bien implantées à Cuba. La moitié des touristes de l'île sont européens.

La levée de l'embargo décidée par les États-Unis, plus proche géographiquement et culturellement de ce pays des Caraïbes pourrait faire de Washington le concurrent économique direct de Bruxelles sur le marché cubain.

Federica Mogherini a insisté mardi sur le fait que l'UE n'était pas en compétition avec les États-Unis, sur un plan diplomatique du moins. Elle a expliqué qu'il s'agissait de « deux processus différents » qui se situaient « dans des contextes et à des stades distincts ».

Pour Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'IRIS, spécialiste des pays d'Amérique latine, « Le rapprochement de l'UE avec Cuba s'est nettement accéléré depuis la décision prise par le président des États-Unis de renouer avec Cuba, et la suspension de l'embargo. »

Le chercheur explique toutefois à VICE News que la question des droits de l'homme reste un sujet épineux pour la diplomatie européenne : « La position de la Haute représentante [Federica Mogherini ] est compliquée, car sur Cuba comme ailleurs, les Européens sont divisés. Certains membres, qui faisaient partie du bloc soviétique, comme la République Tchèque ou la Pologne sont réticents au rétablissement des relations diplomatiques qu'ils souhaitent conditionner au respect des droits de l'homme, tandis que d'autres sont pour la reprise du dialogue politique. »

Federica Mogherini a affirmé qu'elle avait insisté sur « la nécessité de structurer [leur] dialogue sur les droits de l'homme » avec les responsables cubains qu'elle a rencontrés au cours de sa visite qui n'a duré qu'un peu plus de 24 heures. Sur ce point, elle a qualifié son entrevue avec Raul Castro de « positive », sans développer. La question des droits de l'homme avait fait l'objet, selon le jargon diplomatique de l'UE, de « différences d'interprétation » lors des discussions entre les deux parties à La Havane début mars.

La représentante de la diplomatie européenne a également rencontré le ministre des Affaires étrangères cubain Bruno Rodriguez, qui se rendra à Bruxelles le 22 avril prochain, pour de nouvelles discussions, une dizaine de jours seulement après le le Sommet des Amériques à Panama les 10 et 11 avril. Cuba y participera, pour la première fois depuis la création de la rencontre, il y a vingt ans.

Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter : @meloboucho