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FRANCE

Personne n'a gagné la bataille de Sivens

Les derniers zadistes opposés au projet de barrage commençaient à quitter les lieux face à l’arrivée de la police à la mi-journée. Le conseil général du Tarn a tranché, un barrage sera bien construit, mais il sera beaucoup plus petit.
6.3.15
Image via Wikimedia Commons / Sébastien Thébault

Réuni sous haute tension ce vendredi matin à Albi, dans le Sud de la France. Le conseil général du Tarn s'est prononcé, par 43 voix contre 3, pour la création d'un barrage plus petit que celui initialement prévu sur le site de Sivens, occupé depuis des mois par des opposants au projet, qu'on appelle les zadistes. Dans le cadre de cette occupation, un jeune homme, Rémi Fraisse, avait été tué par une grenade anti-émeutiers tirée par les forces de l'ordre. Le conseil général du Tarn a accompagné sa décision d'une demande d'expulsion immédiate des zadistes.

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Près d'une heure plus tard, le ministère de l'Intérieur a donné l'ordre d'évacuer la zone. Cette évacuation se faisait sans heurts dans le début de cet après-midi. Quelques zadistes irréductibles étant évacués par les gendarmes selon l'AFP.

En milieu de journée, la ZAD était complètement évacuée. Des gendarmes spécialisés sont allés chercher trois zadistes perchés sur un mirador en bois. Il a fallu une demi-heure pour les en déloger. En tout, 21 personnes ont été interpellées. L'opération s'est déroulée dans le calme d'après le ministère de l'Intérieur.

— Louis Witter (@LouisWitter)6 Mars 2015

Cette décision intervient dans un contexte extrêmement tendu depuis plusieurs jours entre agriculteurs et militants écologistes. Les premiers encerclant une quarantaine de zadistes sur le site depuis le début de cette semaine. Les zadistes dénonçaient des violences et intimidations quand les agriculteurs opposaient leur impossibilité de se rendre sur leurs terres. Jeudi en fin de journée, le ministère de l'Intérieur avait pris la décision d'interdire les manifestations des pros et des anti-barrage prévue ce vendredi à Albi au moment où le Conseil général du Tarn devait décider si le projet initial devait être maintenu en l'état. Une alternative plus petite a été préférée, reste que la décision ne semble pouvoir contenter que peu de parties engagées dans ce bras de fer depuis l'été dernier.

À lire : Face à face tendu autour du barrage de Sivens

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Poules et biquettes ont été déplacées de la zone occupée, avant même la demande du conseil général d'une évacuation des zadistes. La mort de Rémi Fraisse, jeune militant anti-barrage lors d'une manifestation le 26 octobre dernier est dans tous les esprits, ceux des politiques, mais aussi ceux des zadistes, dont les derniers se sont regroupés à l'endroit où il est tombé, alors que les forces de l'ordre pénétraient sur la ZAD, la « Zone à Défendre. »

Certains zadistes ont commencé à plier leurs tentes dès ce vendredi matin, pour éviter un combat perdu d'avance avec les forces de l'ordre. « On ne va pas résister car ils sont dix fois plus nombreux que nous et dix fois plus énervés », a expliqué un zadiste joint par Libération. 300 CRS et 500 gendarmes sont mobilisés sur le site, face à une quarantaine de zadistes encore présents selon les comptes effectués par les médias sur place. Mais d'autres zadistes ont affirmé qu'ils « se cacher[aient] dans les bois » pour ne pas avoir à partir.

Pour le gouvernement, il faut à tout prix éviter un drame : le ministre de l'Intérieur a pris contact en amont de l'évacuation avec le collectif opposé au barrage Tant qu'il y aura des bouilles, pour « les aider à sortir dans de bonnes conditions, sous protection,» rapporte Libération. Selon Rémi Baroux, journaliste au Monde, des gendarmes sont entrés sur la ZAD pour négocier l'évacuation.

Pourparlers entre gendarmes et zadistes en cours. Certains occupants pourraient décider de partir avant évacuation. — Rémi Barroux (@remibx)6 Mars 2015

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Un épilogue en forme d'impossible compromis

Les agriculteurs ont annoncé qu'ils maintiendraient le blocus mais qu'ils laisseraient sortir les zadistes qui le souhaitent. La décision du conseil général de construire un barrage de 750 000 mètres cubes - contre les 1,5 million initialement prévus - ne satisfait pas les agriculteurs. Mi-janvier, Ségolène Royal, ministre de l'écologie, avait pris la décision d'enterrer le projet initial de retenue d'eau pour irriguer les terres agricoles de la région.

Commentant la décision du Conseil du Tarn pour I-Télé, Christiane Lambert, la vice-présidente du syndicat agricole de la FNSEA, grand partisan du barrage, a qualifié ce nouveau projet de « moindre mal ».

Thierry Carcenac, le président du conseil général du Tarn depuis 1991 et sénateur (PS) du Tarn, qui était favorable a un grand projet de barrage expliquait sa déception jeudi au Monde : « Maintenant, nous allons devoir nous contenter de 500 m³ d'irrigation à l'hectare, au lieu des 2 000 prévus. »

Les zadistes et leurs soutiens écologistes, qui militaient pour l'abandon pur et simple du projet n'ont pas non plus obtenu gain de cause. José Bové, député européen du parti Europe-Écologie Les Verts (EELV) aurait préféré que ce soit la seconde option proposée par le gouvernement, de retenues dites « latérales » qui soit retenue, parce qu'elle pourrait « se mettre en place plus rapidement, »a-t-il déclaré sur France Inter ce vendredi matin.

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Au moins deux ans pourraient s'écouler avant le début des travaux, a expliqué Thierry Carcenac. Ce délai s'explique par l'obligation de faire une nouvelle déclaration d'intérêt général et le temps nécessaire aux différentes études qui doivent être lancées pour valider le projet.

L'été dernier, nous nous étions rendus à Sivens alors que les zadistes s'opposaient à l'arrachage des arbres dans la zone.

Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter : @meloboucho

Image via Wikimedia Commons / Sébastien Thébault