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Burundi

L’armée burundaise affirme avoir tué 95 attaquants venus de RDC pour déstabiliser le pays

L’identité et les motivations de cet important groupe armé restent inconnues, mais ces attaques pourraient s’inscrire dans une volonté de déstabilisation politique avant des élections en mai.
Soldats burundais à l'entraînement/ Image via Wikimedia Commons

La conférence de presse donnée par l'armée ce lundi était très attendue au Burundi après près d'une semaine de combats sanglants contre un groupe armé venu de la République Démocratique du Congo (RDC) voisine. Les affrontements dans la province de Cibitoke, à une soixantaine de kilomètres au nord de la capitale de ce pays de la région des Grands Lacs, ont duré cinq jours et ont fait 97 morts et neuf prisonniers, 2 morts du côté des soldats, a résumé dans une conférence de presse le colonel Gaspard Baratuza, le porte-parole de l'armée burundaise.

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Vers le premier janvier, près de 200 assaillants armés de fusils d'assauts, de cinq lance-roquettes, de quelques mitrailleuses et d'un mortier sont entrés au Burundi depuis la RDC. Le colonel Baratuza les a qualifiés de « groupe criminel armé » ainsi que de « groupe de terroristes ». La version officielle soutient le fait que ces assaillants avaient comme objectif de déstabiliser le pays à l'approche des élections législatives de mai 2015.

Les violences armées se multiplient au fur et à mesure que les élections approchent : trois militants du parti au pouvoir ont été tués par des hommes en tenue militaire dans un bar de l'est du pays dans la nuit de dimanche à lundi.

Interrogé par VICE News à propos des combats de ces derniers jours, Willy Nyamitwe, en charge de la communication de la présidence du Burundi explique que l'objectif du mystérieux groupe était de : « s'installer dans la forêt afin de perturber les campagnes électorales. On a l'habitude que la fièvre électorale s'empare du Burundi, avant les élections on sent que les esprits sont quelque peu surchauffés, » explique-t-il, tout en reconnaissant qu'il ne s'attendait pas à une attaque d'une telle ampleur.

L'opposition politique, le parti de l'ADC-Ikibiri (Alliance démocratique pour le changement au Burundi) a condamné dimanche l'intervention des militaires qu'elle perçoit comme une tentative du pouvoir en place (le Cndd-FDD) de les museler en vue des élections du printemps prochain, au cours desquelles le président Pierre Nkurunziza va tenter de briguer un troisième mandat.

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Elle dénonce la rapidité à laquelle les corps des assaillants ont été enterrés, et avance qu'il s'agissait d'une tentative de dissimulation de leur identité. L'armée se défend en disant qu'il s'agissait d'éviter des épidémies et que personne n'a été tué après s'être rendu.

Plusieurs sources, dont un journaliste de l'AFP, avancent que le groupe qui s'est infiltré dans le pays était composé de Hutus et de Tutsis, une information qui renforce le mystère sur l'identité et le mobile de cette rebellion, car les deux ethnies se sont longuement affrontées lors d'une guerre civile sanglante qui a duré de 1993 à 2006.

La société civile du Burundi a également dénoncé l'intervention militaire par la voix de son dirigeant, Vital Nshimirimana, qui a déclaré que les droits des assaillants avaient été violés par les soldats, ce à quoi le porte-parole de l'armée a répondu : « L'armée burundaise est professionnelle. »

Willy Nyamitwe a déclaré à VICE News être satisfait de l'action de l'armée : « On a limité les dégâts humains parmi les civils puisqu'il n'y a eu que deux morts. », faisant référence à deux civils tués en marge des combats. Il estime également que la sécurité du pays n'est pas en péril, et annonce une mission de collaboration entre les militaires de RDC et du Burundi pour assurer une plus grande sécurité dans la forêt de la Kibira, qui a déjà servi de bastion aux groupes armés pendant la guerre civile burundaise.

Sans lien direct avec l'assaut de l'armée de la semaine passée, la mission de l'ONU au Congo (Monusco) a également annoncé lundi une mission conjointe entre les forces congolaises et les casques bleus afin de venir à bout des rebelles burundais des Forces nationales de libération (FNL) installés dans l'est de la République Démocratique du Congo. « Pour connaître la quiétude, nous avons besoin de désarmer tous ces groupes, » résume Willy Nyamitwe.

En juillet dernier, un rapport d'Amnesty International s'était inquiété « d'une nette hausse de la violence politique », que l'organisation imputait alors aux Imbonerakure, les membres de la ligue de la jeunesse du parti au pouvoir.

Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter @meloboucho

Image via Wikimedia Commons