Culture

Cabinet de collages et de curiosités

Claire Salomé Migeon fabrique des histoires et des êtres vivants avec de vieux magazines.
5.1.17
Détail du collage réalisé pour l'affiche de l'exposition “People are Curiosities” à l'Espace B. Images publiées avec l'aimable autorisation de Claire Salomé Migeon.

Vous avez tous un jour découvert un talent caché chez l'un de vos proches. Que ce soit les carbonara de votre petit frère ou les réussites sportives d'un pote, nous sommes en fait entourés de gens doués. Le plus dur étant de les démasquer. Ça m'est récemment arrivé avec l'une de mes collègues, Claire Salomé Migeon. En parcourant son compte Instagram, je suis tombée sur des collages qui ont retenu mon attention. Et en apprenant que l'Espace B exposait "People are Curiosities" — sa première exposition parisienne — à partir de vendredi, j'ai cherché à en savoir plus. Je suis allée la voir à l'œuvre dans son petit studio de Belleville et je lui ai posé quelques questions.

VICE : Salut Claire ! Peux-tu me raconter quand et comment est-ce que tu as commencé à faire des collages ?
Claire Salomé Migeon : À mon retour de Berlin, il y a deux ans, j'ai eu envie de faire une activité et c'est tombé sur le collage. C'est une forme d'expression artistique qui m'a toujours attirée. En fait, mon père faisait beaucoup de collage, ses amis aussi. J'ai voulu en faire moi-même pour raconter des histoires, pour m'amuser. Mes potes me demandaient d'en faire pour eux — j'y ai pris goût, puis j'ai eu envie que ça soit vraiment recherché.

Il y a des artistes en particulier qui t'inspirent ?
Je dirais que j'ai trois grandes influences : le mouvement Dada, avec des artistes comme Max Ernst et Raoul Hausmann ; John Stezaker ; et un artiste français, que je suis de près depuis longtemps, Bill Noir.

Photos : Marie Fantozzi

Comment définirais-tu tes collages ?
Je joue avec les formes pour recréer des personnages. C'est une sorte de réflexion sur l'espèce humaine et l'être vivant en général. Mais plutôt que de créer des images absurdes, je mets plutôt en scène de belles images — c'est mon côté collectionneuse. J'essaie à chaque fois d'avoir un résultat qui soit un ensemble de sens. En fait, c'est plus un travail photographique que purement graphique.

Tu procèdes toujours de la même façon ?
Il y a plusieurs étapes : trouver les mags, trouver les bonnes images dans les mags, puis trouver l'idée, le concept, et enfin, découper et coller. Ce que je préfère presque dans toutes ces étapes, c'est de me balader dans une brocante et tomber sur un magazine que je n'aurais pas imaginé chercher. J'aime être surprise. La deuxième chose qui est géniale, avec le collage, c'est de voir deux pièces de papier former quelque chose de sensé sous ses yeux. Au final, on se laisse diriger par les images.

Comment choisis-tu ta matière de travail ?
Le truc avec les collages, c'est que tout dépend des magazines qu'on choisit. J'aime les photos vintage, inédites, qui ont un côté un peu précieux, désuet. Avec la photographie, on saisit l'instant présent mais, avec le collage, on retourne en arrière, et c'est ça que je trouve intéressant. Je puise dans le passé pour faire quelque chose qui parle au présent.

Question de la poule ou de l'œuf : quand tu as commencé le collage, tu avais déjà des vieux magazines chez toi ou tu as justement commencé à en collectionner pour en faire ?
J'avais des vieux mags, que je pensais d'abord afficher tels quels — j'adore les magazines, le papier, tout ce qui est ancien — puis j'ai commencé à les découper. Après, j'ai commencé à en chercher à l'ancienne. Mon premier achat, c'est un Paris Match des années 60. Ils sont grands, généralement bien conservés et faciles à trouver, il y a pas mal de choix. La démarche de trouver des magazines, ça fait partie du truc.

Où est-ce que tu vas dénicher tes magazines ?
Je privilégie les grosses brocantes. Il n'y a pas toujours de magazines dans les vide-greniers, alors que dans les brocantes, il y a souvent un coin de livres anciens. Quand je veux me faire vraiment plaisir, je vais aux Puces de Saint-Ouen, mais c'est cher. Le magazine le plus cher que j'ai acheté, c'est un Paris magazine des années 30, que j'ai payé dix euros. Je veux des images de qualité donc je suis aussi prête à mettre le prix quand je sais que ça vaut le coup, que ça va bien rendre.

À quel moment tu sais que ton collage est achevé ? Est-ce que tu as une sorte de déclic ?
Je me dis "ça y est, il se suffit à lui-même". Il peut parfois se passer beaucoup de temps avant de trouver le déclic, mais disons que je sais qu'un collage est terminé quand je ne peux pas enlever ou rajouter quelque chose.

Tu n'as jamais eu envie de revenir sur un collage ?
Ça n'aurait vraiment pas de sens de revenir dessus. Si je veux revenir dessus, c'est que je l'ai raté.

Fantôme

Le vernissage de "People are Curiosities" a lieu les 6 et 7 janvier à l'Espace B, à Paris. Vous avez jusqu'au 6 février 2017 pour voir l'exposition. Retrouvez le travail de Claire Salomé Migeon sur son Tumblr.

Marie Fantozzi est sur Twitter.