politique

Fuite de documents : ce qu’il faut savoir sur l’arrestation du député Guy Ouellette

Revirements dans l’enquête sur le financement illégal du Parti libéral du Québec.
26.10.17
Crédit photo : La Presse canadienne/Mario Beauregard

L'Unité permanente anticorruption (UPAC) ne le confirme pas encore, mais La Presse rapporte qu'elle a procédé à l'arrestation du député libéral et ancien policier de la Sûreté du Québec (SQ) Guy Ouellette mercredi.

D'après les informations recueillies par le quotidien, l'arrestation est en lien avec une fuite de documents de l'enquête Mâchurer, qui porte sur un possible stratagème d'octroi de contrats publics lié au financement du Parti libéral du Québec (PLQ).

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En avril dernier, TVA et le Journal de Montréal révélaient toute une série de documents d'enquête démontrant que Jean Charest et l'ancien collecteur de fond du parti Marc Bibeau avaient été dans la mire des policiers jusqu'en 2016, au minimum.

Dans le plus grand secret, l'UPAC a mis sur pied une équipe d'enquêteurs issus de six corps policiers pour retrouver l'auteur de cette fuite.

Selon La Presse, Guy Ouellette n'était pas la cible des enquêteurs. Pas au départ. Deux autres personnes étaient soupçonnées d'avoir donné des documents aux médias : un policier de l'UPAC et un ex-policier qui avaient récemment quitté l'organisme après avoir porté plainte contre deux cadres. Ce dernier était un ancien collègue de Ouellette à la SQ. L'équipe d'enquêteurs a mené des perquisitions chez eux, et est tombée sur des éléments de preuves qui ont mené à l'arrestation immédiate de Guy Ouellette.

Le bureau d'enquête des médias de Québécor donne un autre son de cloche. On indique plutôt que M. Ouellette était sous la loupe des policiers depuis un bon moment. Il a été pris en filature des semaines durant, avant que l'on procède à son arrestation. Ses registres d'appels des trois dernières années ont aussi été scrutés.

On précise que les deux hommes visés par les perquisitions de mercredi sont le policier Stéphane Bonhomme et l'ex-policier Richard Despaties. D'après le bureau d'enquête, l'équipe d'enquête mixte soupçonne Stéphane Bonhomme d'avoir volé des documents de l'UPAC, de les avoir transmis à Richard Despaties, qui lui les donnait à Guy Ouellette.

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TVA Nouvelles décrit ce dernier comme un ami de longue date de M. Ouellette, un ancien de l'UPAC remercié en 2016 pour avoir « encouragé une personne à dénoncer des irrégularités dans les médias ».

Ouellette, député de Chomedey, à Laval, a été libéré après son interrogatoire. Son domicile a été perquisitionné la nuit dernière. Aucune accusation n'a encore été portée contre lui. Il s'est retiré du caucus libéral ce matin, le temps que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) tranche à son sujet.

Pourquoi, et pourquoi lui?

En avril, trois jours après la publication des documents concernant Charest et Bibeau, Guy Ouellet s'était montré très critique à propos de la divulgation d'information visant son parti. « Je suis écœuré de la situation. Il y a des choses qui doivent être faites. La situation se dérègle de partout. Je suis écœuré de toutes ces fuites, je suis écœuré des conflits d'intérêts », avait-il déploré selon TVA Nouvelles.

Pourquoi aurait-il divulgué les informations, alors? Ce sont les questions que tout le monde se pose en ce moment. D'après les sources de La Presse, la publication de documents sur Bibeau et Charest a nui à l'enquête de l'UPAC, occasionnant une mise en demeure d'un suspect et effrayant un témoin qui refuse maintenant d'accorder son aide. Ainsi, pourquoi aurait-on voulu rendre publics les documents?

Les enquêteurs ont plusieurs théories : vengeance personnelle, frustration professionnelle ou tentative de renverser Robert Lafrenière, le grand patron de l'UPAC. Ils ne croient pas que Ouellette auraient pu tenter de nuire à l'enquête pour aider Bibeau et Charest.

Pour sa part, l'entourage du député explique qu'il pourrait avoir voulu faire avancer le dossier, parce que l'enquête sur Bibeau et Charest, lancée en 2013, n'aboutissait pas. On précise que Lafrenière n'aimait pas Ouellette.