Le dernier espoir de l'Izoard

La route du Tour s'élève une dernière fois ce jeudi jusqu'au sommet du col de l'Izaord. L'ultime occasion pour Romain Bardet de renverser Froome et de rêver d'une victoire dans le tour. Illusoire ?

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20 Juillet 2017, 9:42am

180 kilomètres d'espoir. C'est bien mince, mais c'est tout ce qu'il reste à Romain Bardet pour espérer inverser la vapeur dans cette dernière étape de montagne du Tour de France 2017, qui arrive au sommet de l'Izoard ce jeudi. Troisième du général à 27 secondes du maillot jaune, le coureur auvergnat est à la fois très proche et très loin de réaliser son rêve. Très proche, car cette demi-minute qui le sépare du cyborg britannique n'est rien en comparaison des écarts habituellement creusés en fin de Tour. En 2014, Péraud, le dauphin de Nibali, avait par exemple fini à 7 minutes 30 de l'Italien, un retard qui le placerait aujourd'hui à la 9e place du général. Très loin, car dans ce cyclisme nourri aux gains marginaux, à l'effort millimétré et aux tactiques froidement élaborées depuis les voitures des directeurs sportifs, ces 27 secondes ressemblent à un abysse insondable.

Depuis plusieurs années, on assiste à un resserrement des niveaux des meilleurs coureurs sur les grands tours, à tel point que le podium du dernier Giro se tenait en 40 secondes. Qu'on l'interprète comme une bonne nouvelle – ce nivellement peut être le signe que les années d'exubérance du dopage sont derrière nous – ou comme l'avènement d'un cyclisme policé et asséché, c'est un fait : à l'heure actuelle, aucun des grands leaders du Tour n'est capable de creuser un écart conséquent sur ses rivaux. Aussi spectaculaires et tranchantes qu'elles ont pu être, les attaques d'Aru sur la Planche des Belles Filles et de Bardet à Peyragudes ne leur ont jamais permis de gagner plus de 20 secondes.

Seulement voilà, c'est bien là que réside la magie du Tour, mais on ne peut s'empêcher de rêver à un grand chambardement dans cette dernière étape alpestre, qui se concluera au sommet de l'Izoard, après 16 kilomètres d'une ascension très exigeante. A l'image de ce qu'est devenu le cyclisme, de longues heures d'attente pour voir les meilleurs s'expliquer sur les derniers hectomètres du parcours, ce Tour de France peut encore se jouer sur ces pentes qui atteignent les 10%.

L'espoir est mince, mais il n'est pas vain, car Romain Bardet est un des rares cyclistes actuels à encore oser secouer le cocotier, quitte à exploser par la suite. Ce mercredi, dans le Galibier, il a attaqué trois fois, et aurait tenté sa chance plus tôt encore si son staff n'avait pas calmé ses ardeurs. Sur les routes auvergnates, il a mis son équipe à la planche et a forcé Froome à fournir un effort dantesque pour réintégrer le peloton. Tout le contraire de son rival pour la deuxième place Rigoberto Uran, paisiblement calé dans les roues de ses adversaires, passé maître dans l'art de grappiller des secondes de bonifications sur la ligne d'arrivée.

L'époque de l'EPO CERA et autres produits miracles sacrait la démesure de champions doués à l'origine, prêts à sacrifier leur santé et leur éthique pour accomplir des exploits surhumains. Les Ricco, Landis, Rasmussen, Pantani et bien sûr Armstrong en sont les meilleurs exemples. Une décennie plus tard, bien qu'il soit impossible de juger de la crédibilité des performances des géants du Tour, Froome et les autres creusent des écarts moins spectaculaires.

Dans cette époque qui marque l'avènement des coureurs pragmatiques et méticuleux, Romain Bardet, et dans un autre style Warren Barguil, trouveront sur les pentes de l'Izoard la dernière occasion de jeter un peu de souffle épique sur les routes de ce Tour. C'est en tout cas ce qu'on espère, car ce n'est pas sur le chrono de Marseille, qui se tiendra samedi, que Romain Bardet pourra refaire une partie de son retard.