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Crime

Les ours polaires se sont mis à manger des dauphins en arctique

Des changements climatiques pousseraient les dauphins plus au nord. Là-bas, ils deviennent les proies d'ours polaires qui ont de plus en plus de mal à trouver des phoques à manger.

par Matt Smith
12 Juin 2015, 6:50am

Photo par Jon Aars/Norwegian Polar Institute

Bonne nouvelle : les ours polaires, mis en danger par des changements climatiques, ont trouvé un nouveau truc à manger.

Mauvaise nouvelle : ce sont des dauphins.

Les scientifiques qui étudient les ours sur les rives arctiques de la Norvège ont trouvé plusieurs de ces prédateurs à fourrure blanche en train de festoyer autour des restes d'un dauphin à nez blanc. Celui-ci aurait vraisemblablement été piégé sous la glace d'un fjord.

"C'est la première fois que l'on recense cette espèce parmi les proies de l'ours polaire," explique l'équipe de recherche dans une étude publiée par le journal scientifique Polar research.

"Les dauphins à nez blanc sont des habitués des eaux du Svalbard en été, mais on ne les avait jamais vus aussi haut dans le nord au début du printemps."

(Photo par Jon Aars/Norwegian Polar Institute)

La découverte a été faite en avril 2014, dans un endroit qui se situe tout juste sous le 80e degré de latitude nord. Les scientifiques ont pris plusieurs photos d'un ours avec des restes de dauphins. L'ours était remarquablement maigre. On pouvait voir ses côtes à travers sa fourrure. Il venait de terminer une carcasse et enterrait un autre corps sous la neige pour le garder pour plus tard, explique Jon Aaars, un biologiste du Norwegian Polar Institute et l'auteur principal de cette étude. Un autre voyage en juillet a permis de retrouver sept autres dauphins morts dans la zone.

Cette nouveauté pourrait aider les ours à se nourrir, mais seulement en partie. Les dauphins ne devraient pas supplanter les phoques qui sont la base du régime alimentaire des ours.

"Il y a beaucoup d'ours, et il n'est pas possible que tous les ours du Svalbard puissent se nourrir de dauphins," explique Aars à VICE News. " Mais cela pourrait assurément constituer un changement notoire pour certains de ces ours."

Les ours font face au même problème qui fait que les dauphins remontent jusqu'au 80e, là où Aars et ses collègues font leurs études : un réchauffement du climat dans ces régions. La présence des dauphins dans le fjord est de fait quelque chose d'étonnant pour Aars.

"Avant de tomber là dessus, il n'y avait quasiment pas de glace," dit-il. Et puis un coup de froid fin mars, début avril, a permis à la glace de se former. Une glace qui est alors entrée dans le fjord. Piégés, les dauphins ne disposaient alors plus que d'un petit trou dans la glace pour pouvoir venir respirer, c'est à ce moment et à cet endroit que les ours ont pu les attraper.

L'ours pris en photo semblait donc avoir terminé de manger un dauphin, et en enterrait un autre pour plus tard, sous la neige. Ce genre de comportement est courant chez certains animaux, mais Aars explique que c'est rare chez les ours polaires. Autre point qu'il soulève, l'ours pris en photo était franchement maigre, mais d'autres animaux dans la zone étaient, eux, en meilleure santé.

a) la position des glaces en avril 2014 et la position (1) de l'endroit où l'ours et les deux dauphins à nez blanc ont été observés. Les carcasses d'autres dauphins et des traces d'ours en été et en automne ont été trouvées en positions (1), (2) et (3). On trouve aussi tous les recensements de dauphins à nez blanc entre 2002 et 2013 de (b) juin à décembre et décembre à mai (c). Les tailles des cercles sont fonction du nombre d'individus estimés dans les groupes de dauphins. Les cercles verts désignent la période de décembre à mars. En bleu, la période d'avril à mai.(Image via Norwegian Polar Institute)

Les dauphins à nez blanc — qui vivent habituellement dans les eaux de l'Atlantique entre l'Europe et le Canada — ont été observés ces derniers temps beaucoup plus au nord. Dans la région de Svalbard, les ours polaires ont été vus en train de se nourrir également des restes de grands cachalots morts qui demeurent normalement dans l'Atlantique nord, nous explique Andrew Derocher, un biologiste qui a étudié les ours polaires pendant plus de 30 ans. 

"Ce que l'on voit, c'est beaucoup plus d'espèces se déplaçant de plus en plus vers le nord au fil du temps" explique Derocher, un professeur de l'université Canadienne de l'Alberta. C'est "une histoire assez banale" liée au fait de la montée des températures. Depuis plusieurs années les scientifiques ont constaté des déplacements vers le nord des zones d'habitat de divers animaux comme les oiseaux ou les papillons.  

Et dans l'Arctique, qui se serait deux fois plus réchauffé que dans le reste du monde, la disparition de la glace en certains endroits a créé de nouveaux habitats pour de nouvelles espèces, estime Derocher.

"Ils ne sont pas dans leur périmètre habituel, mais ils suivent la nourriture. Et parce qu'il n'y a pas de glace en mer, ils peuvent facilement aller dans ces zones. Mais le danger c'est que si les conditions en termes de glace changent brutalement, eh bien ils peuvent...Ils se font piéger."

Un ours polaire adulte se nourrit des restes d'un dauphin à nez blanc à Raudfjorden, en Norvège, le 2 juillet 2014. Le dauphin viendrait du même groupe que celui qui a été mangé en avril. (Photo parJon Aars/Norwegian Polar Institute)

Dans le même temps, les ours polaires se débrouillent mieux quand la mer est recouverte de glace. Ils s'en servent comme d'une plateforme pour piocher des phoques, poursuit le scientifique. Mais comme les températures de l'océan à côté de Svalbard ont rapidement monté depuis 1970, la part de mer recouverte de glace dans la région a diminué, comme en témoignent des études norvégiennes. De leur côté, les phoques ont un régime qui repose également sur la présence de la glace. Si celle-ci disparaît, ils quittent la zone et les ours restent seuls.

"On peut se dire, 'Ok, les dauphins à nez blanc bougent vers le nord, pourquoi les ours polaires ne bougent pas simplement vers le nord ?' Le problème c'est qu'une fois que vous êtes au nord du Svalbard, vous entrez dans les eaux très profondes de l'Océan Arctique," nous répond Derocher. On parle dans cette zone de 2 000 à 3 000 mètres de profondeur. Les phoques eux, ont besoin de plonger dans des eaux qui ne sont pas trop profondes. "Cela ne sera pas une zone d'habitat pour les phoques, et si ce n'est pas une zone d'habitat pour les phoques, alors ce ne sera pas une zone d'habitat pour les ours." 

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