Santé

En France, il y a des pesticides interdits dans les produits d’hygiène féminine

Un rapport révèle la présence de produits chimiques en faible quantité dans les tampons et les serviettes hygiéniques.
19.7.18
Par The Period Blog via Wikimedia Commons

Un rapport publié le 19 juillet par l’Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) sur la composition des protections hygiéniques féminines vendues en France révèle la présence de substances toxiques.

Les recherches de contamination chimique ont mené à la détection de substances pour le moins surprenantes.

Des pesticides tels que le lindane et le quintozène, dont l’usage est interdit dans l’Union européenne depuis 2000, l’hexachlorobenzène (interdit depuis 2004), et le glysophate ont été détectés dans la composition des protections hygiéniques externes de types serviettes et protège-dessous. Dans les échantillons de tampons, on a trouvé des dioxines et des furanes.

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« Un certain nombre de substances trouvées dans ces protections intimes sont des perturbateurs endocriniens suspectés. D’autres substances sont considérées comme des sensibilisants cutanés connus ou suspectés. »

La présence de ces substances peut s’expliquer par la « contamination des matières premières ou des procédés de fabrication ». Par exemple, des traces de pesticides dans le coton d’une serviette hygiénique ou d’un tampon.

Absence de risque sanitaire, oui, mais…

Ces résultats ont pu être obtenus grâce à l’extraction de substances par solvant sur des échantillons de protections intimes (tampons, serviettes et protège-dessous) broyées afin de prélever le maximum de substances chimiques.

Cependant, le rapport conclut à « l’absence de risque sanitaire » par voie cutanée en raison des « très faibles concentrations » mesurées et, dans tous les cas, « sans dépassements de seuils sanitaires ». Il faut préciser que les risques liés aux perturbateurs endocriniens n’ont pas été mesurés dans l’étude.

L’Agence recommande malgré tout aux fabricants « d’améliorer la qualité de ces produits afin d’éliminer ou de réduire au maximum la présence des substances chimiques ». D’autant plus qu’il est impossible pour l’Anses d’évaluer le cumul de l’exposition de chacune des substances identifiées, a expliqué à l’AFP le professeur Gérard Lasfargues, directeur général adjoint scientifique de l’Agence.

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Et la réglementation au Canada?

Santé Canada mentionne, sur son site internet, que les tampons menstruels sont réglementés « à titre de dispositifs médicaux ».

Par le fait même, le Bureau des matériels médicaux de la Direction des produits thérapeutiques (DPT) est l’organisme responsable d’en contrôler et d’en évaluer la sûreté, l’efficacité et la qualité.

« Santé Canada surveille continuellement la sécurité des produits de santé présents sur le marché, en se servant de renseignements provenant de diverses sources, notamment les données sur les effets indésirables, les ouvrages scientifiques et médicaux, et les données des autorités réglementaires d’autres pays », explique Maryse Durette, porte-parole chez Santé Canada.

« Les fabricants doivent fournir des renseignements précis sur leur pouvoir absorbant et les afficher sur l’étiquette du produit. L’étiquette doit fournir des informations sur les risques et les symptômes du syndrome de choc toxique, de même que sur les mesures à prendre en présence de ces symptômes. »

Enfin, et surtout, les fabricants sont contraints d’afficher sur l’emballage « la composition matérielle du tampon en énumérant les matériaux de fabrication, y compris les additifs, les désodorisants, les agents mouillants et les agents conservateurs ».

« Si jamais des conditions ou des pratiques pouvant causer un risque pour la santé et la sécurité des Canadiens sont rapportées, Santé Canada prendra les mesures qui s’imposent », affirme la porte-parole.

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Le syndrome de choc toxique

Ce n’est pas la première fois que les produits d’hygiène féminine soulèvent de telles craintes. En 2015, une jeune mannequin américaine a été victime d’un choc toxique provoqué par l’utilisation d’un tampon. Le syndrome de choc toxique (SCT) a mené à l’amputation d’une de ses jambes.

Bien que rare, cette infection reste grave et assez méconnue selon l’Anses. Le SCT survient lorsque les toxines produites par certaines souches de la bactérie staphylocoque entrent dans le flux sanguin. Ce syndrome peut être fatal s'il n'est pas diagnostiqué et traité sur-le-champ.

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Santé Canada rappelle toutefois que « les scientifiques n’ont pas pu déterminer le lien exact entre l’utilisation des tampons et le SCT ». Plusieurs facteurs peuvent intervenir, notamment les pratiques d'hygiène et la période pendant laquelle le tampon est laissé en place.

Ce lien de causalité reste malgré tout très présent dans l’imaginaire collectif en raison d’une épidémie du syndrome, survenue à la fin des années 70, qui a touché des dizaines de femmes utilisant une marque particulière de tampons hyperabsorbants maintenant retirée du marché.