alcool

Ce qu’une consommation d’alcool excessive à 20 ans fait à votre corps

Deux ou trois cuites par semaine peuvent-elles vraiment avoir un impact sur le long terme ? J'ai mené une enquête de fond pour le savoir.
Hannah Ewens
London, GB
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
22.6.17

Je m'inquiète beaucoup pour ma santé. J'espère que je ne serai jamais amenée à souffrir physiquement, ni même à mourir. En revanche, comme nombre de personnes de mon âge, j'aime énormément boire. C'est là, à mon avis, que repose le problème. Quelles conséquences peuvent avoir deux à trois cuites par semaine quand on est âgé de la vingtaine ? Y a-t-il de graves effets à court et long terme dont j'ignore l'existence ? Dois-je dire non au vin gratuit qu'on me propose lors de certains événements mondains, sous prétexte que « je travaille demain » ? Dois-je commencer à enregistrer le nombre de verres sur ce stupide Fitbit que j'ai acheté parce que je suis une idiote ? Dois-je faire preuve de maturité et de self-control ?

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J'ai demandé à trois spécialistes de l'alcool de répondre aux questions ci-dessus, dans l'espoir d'être rassurée.

VICE : Est-ce vraiment problématique pour ma santé si je bois, disons, deux fois par semaine ?
James Morris, Alcohol Policy : Évidemment, il existe un risque d'obésité à cause de l'apport calorique. Mais les jeunes risquent surtout de rencontrer des problèmes sociaux : accidents, blessures, disputes, incapacité à faire ce qu'on attend d'eux ou ce qu'ils ont prévu de faire, au travail comme dans leurs relations. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de sérieuses conséquences sur la santé : c'est seulement qu'elles risquent de se manifester plus tard dans la vie. Il arrive toutefois que des personnes dans la vingtaine souffrent de lésions au foie de stade peu avancé ou intermédiaire. En outre, l'alcool tue les cellules cérébrales, affecte la mémoire ainsi que le développement du cerveau.

Andrew Misell, Alcohol Concern : Le mieux est de ne pas dépasser 14 verres d'alcool par semaine, ce qui correspond à une bouteille et demie de vin. Par conséquent, boire une bouteille entière en une soirée, c'est déjà trop. C'est marrant de voir comment les mentalités ont changé, parce qu'il y a 20 ou 30 ans, il aurait été impensable qu'une personne puisse s'enfiler une bouteille de vin à elle seule pendant un dîner, alors que c'est plutôt commun aujourd'hui.

Dr Sarah Jarvis, conseillère médicale pour Drinkaware : L'alcool peut agir comme un antidépresseur – il rend euphorique, car il alimente la partie du cerveau qui fait perdre les inhibitions. En revanche, le binge drinking et la dépression sont liés. De plus, la vaste majorité des tentatives de suicide impliquent de l'alcool. L'alcool augmente donc énormément les risques de dommages accidentels et volontaires.

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Je peux donc garder mes habitudes pour l'instant. Mais si je continue de boire autant passé mes trente ans, quel va être l'effet cumulatif ?
Morris : Il est assez rare de diagnostiquer des maladies du foie chez des vingtenaires – elles sont plus fréquentes à l'approche de la quarantaine. Cela dépend de beaucoup de facteurs, mais si vous êtes un gros buveur – c'est-à-dire que vous buvez le double de la quantité hebdomadaire recommandée, soit 30 verres ou plus par semaine –, alors vous avez 13 fois plus de chance d'avoir une maladie du foie liée à l'alcool que quelqu'un qui respecte ces recommandations.

Misell : De nos jours, il arrive que des quarantenaires souffrent de lésions cérébrales liées à l'alcool, alors qu'avant, c'était une maladie dont souffraient surtout les personnes de 60 ou 70 ans. Je ne dis pas que tous ceux qui se mettent une cuite tous les week-ends vont souffrir de lésions cérébrales, mais il arrive que des personnes au début de l'âge adulte présentent des symptômes similaires à ceux de la démence à cause d'une consommation d'alcool élevée.

Qu'en est-il du cancer ?
Dr Jarvis : Si vous buvez beaucoup à 20 ans, vous aurez plus de chances d'avoir un cancer à 40 ou 50 ans.

Misell : Il existe de nombreux liens entre la consommation d'alcool et certaines formes de cancer, mais ça ne veut pas dire que tous les gros buveurs vont avoir le cancer. Ces liens ne sont pas aussi forts que ceux entre le tabac et le cancer du poumon, par exemple, mais ils existent. C'est difficile parce qu'en tant qu'adultes, nous soupesons toutes les situations. Il y a certaines choses que nous ne faisons pas parce que nous les jugeons trop dangereuses, mais combien d'entre nous se disent vraiment Avant de boire ce verre de vin ou cette bière, je vais évaluer mon risque potentiel d'avoir un cancer dans dix ans ? La vie est pleine de dangers – si vous ne prenez jamais aucun risque, autant ne plus sortir de chez vous. Mais même ça, ce serait dangereux pour votre santé mentale.

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Vaut-il mieux étaler sa consommation d'alcool sur plusieurs soirs de la semaine plutôt que de boire une grosse quantité le week-end ? Je dois avouer que c'est plus ou moins ce que je fais.
Morris : Pas vraiment, en fait. Si vous buvez une quantité très modérée d'alcool régulièrement, vous augmentez tout de même vos chances de développer une dépendance. Plus votre tolérance augmente, moins vous ressentez les effets d'une même quantité d'alcool, ce qui vous pousse à boire plus. Si vous buvez un verre de vin chaque soir pour vous détendre, ce verre de vin va rapidement ne plus avoir le même effet qu'avant. C'est comme ça qu'on se met à boire deux verres de vin – et que la dépendance devient un problème bien réel.

Misell : Des preuves indiquent que boire par intermittence permet au foie de se rétablir. D'un autre côté, si vous buvez une grosse dose d'alcool – ne serait-ce qu'une ou deux fois par semaine – vos organes, en particulier votre foie, vont en pâtir.

Conseilleriez-vous aux jeunes qui boivent beaucoup le week-end de ne pas boire pendant la semaine ? Ou le meilleur conseil est-il le suivant : commencez par arrêter de vous mettre des caisses ?
Morris : Un peu des deux. Après avoir beaucoup bu, il vaut mieux offrir une petite pause à son corps. J'encourage aussi les gens à être plus attentifs à ce qu'ils boivent quand ils sortent. Si vous buvez dix verres, réduisez-vous significativement les risques en en buvant deux de moins ? Avant, quand je sortais, les derniers verres étaient toujours ceux que je regrettais, car je n'en tirais aucun bénéfice. Essayez donc de vous fixer une certaine limite, plutôt que de vous contenter de dire « Je ne vais pas beaucoup boire ce soir ».

Pensez-vous que les risques sur la santé à long terme vont être plus graves pour les gens de ma génération, et que nous allons le découvrir quand il sera déjà trop tard ?
Nous ne savons pas vraiment. Le Royaume-Uni est le pays du binge drinking – bien plus que la plupart des autres pays européens. J'ai 35 ans, et c'est dans les années 1990 que toutes ces boissons toutes prêtes sont sorties, parce que l'industrie a voulu cibler une nouvelle génération de jeunes buveurs. Ceux qui étaient adolescents dans les années 1990 et au début des années 2000 sont sans doute de gros buveurs. La consommation d'alcool a connu un pic en 2004 et a chuté depuis.

Dr Jarvis : Ces problèmes de santé prennent des années à se développer, mais les jeunes ne pensent pas à la cirrhose pendant la vingtaine et risquent donc d'avoir de mauvaises surprises plus tard.

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