Société

Dealer de la weed à l’heure du Coronavirus

« Après, avec la fermeture des frontières, je ne sais pas comment ça va se passer. Je reçois mon herbe d’Espagne, et pour l’instant les go fast sont à l’arrêt. »
19 mars 2020, 9:05am
Dealer de la weed à l’heure du Coronavirus
Illustration : Vincent Vallon

L'épidémie de Covid-19 ébranle notre quotidien depuis mardi midi. Après la fermeture des écoles, puis des bars, des restaurants, et enfin l’annonce du confinement, nous avons tous progressivement vu nos rues se vider et nos commerces garder portes closes. Seuls les secteurs jugés essentiels aux activités du pays demeurent en activité : l’alimentaire, la presse, les marchands de tabacs… Et qu’en est-il du secteur illicite mais ô combien populaire du cannabis ? Rencontre avec Tom, un dealer de beuh qui s’adapte tant bien que mal aux circonstances.

VICE : Salut Tom ! Peux-tu nous parler un peu de ton activité ?
Tom : Salut. Je vends environ 300 grammes d’herbe par semaine. Je livre mes clients chez eux en scooter.

Quel a été l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur les demandes de cannabis ?
J’ai vu mes commandes exploser dès la fermeture des bars et restaurants, et plus encore avec l’annonce du confinement. Je n’ai jamais reçu autant de demandes, pour d’aussi grosses quantités. Les gens ont eu peur, ils ont vu comment ça se passait en Italie, en Belgique ou en Espagne, et ils ont commencé à se dire que des semaines enfermées sans weed, ça allait être très difficile. J’ai vu qu’il y avait la queue devant les magasins de cannabis à Amsterdam ou au Canada. Ici ça a été pareil, moi et mes collègues on a été saturé de messages. J’ai eu une cliente qui m’a demandé 20 grammes, puis le lendemain 10 grammes, et le lendemain encore 10 grammes, alors que d’habitude elle prend 10 grammes par semaine.

« Je pense que je demanderai aux clients de passer devant ma porte, ils devront se débrouiller en disant qu’ils vont faire leurs courses s’ils se font contrôler »

Tu as pu satisfaire ces demandes ?
Oui. J’ai été refaire mes stocks dimanche, et j’ai dû écouler 600 grammes en deux jours. J’ai livré mes clients en faisant très attention de ne pas avoir de contact physique avec eux. D’habitude, je ne livre que des clients réguliers, mais là, j’ai fourni mes habitués en priorité, en les rassurant sur le fait qu’ils auraient ce dont ils avaient besoin avant le confinement, et j’ai aussi accepté de vendre à des gens que je ne connaissais pas, parce que je voulais écouler mes stocks.

Justement, tu as des stocks pour combien de temps ?
Pour environ un mois, et seulement pour de la vente au détail. Après, avec la fermeture des frontières, je ne sais pas comment ça va se passer. Je reçois mon herbe d’Espagne, et pour l’instant les go fast sont à l’arrêt.

Tu vas continuer à livrer ?
Non, c’est trop risqué maintenant qu’on doit sortir avec une autorisation et qu’il y a la police dans les rues. Je ne vais pas risquer de me faire contrôler avec un sac rempli d’herbe. Pour l’instant les gens ont acheté ce qu’il leur fallait. On verra d’ici une semaine comment ça se passera. Je pense que je demanderai aux clients de passer devant ma porte, ils devront se débrouiller en disant qu’ils vont faire leurs courses s’ils se font contrôler.

Est-ce que le confinement va avoir un impact sur les prix du cannabis ?
Bien sûr. On constate déjà une hausse des prix. C’est normal, c’est une logique économique simple : hausse des demandes et baisse de l’offre. Et puis c’est aussi l’occasion pour les dealers de se faire de l’argent : les clients veulent leur herbe, ils savent que ça risque de manquer, donc ils stockent et sont prêts à payer plus cher que d’habitude pour être tranquilles.

Un conseil pour les fumeurs de weed qui s’inquiètent ?
Si vous avez fait des stocks, économisez-les et ne profitez pas du confinement pour fumer 20 grammes en une journée. Ce n’est pas la peine d’acheter des dizaines de cartouches de cigarette, de briquets et de feuilles, les tabacs restent ouverts et ils ont des stocks. Pour ceux qui vont aller toper pendant le confinement, soyez très prudents, cachez le produit quand vous sortez dans la rue, protégez-vous et protéger votre dealer.

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