personnes trans mineures développement identitaire
Illustration : Bambi
Société

Trois personnes trans mineures sur leur développement identitaire

« Ça faisait quelques années que je sentais que quelque chose m’arrivait, mais il m'a fallu un certain temps pour réaliser que c’était lié à mon genre. L'année dernière, j'ai réalisé que j’étais un garçon. »
Tilke Wouters
Ghent, BE
3.3.21

Au début de 2021, 769 personnes étaient déjà sur la liste d'attente du Centre de sexologie et de genre de l'Hôpital Universitaire de Gand. En ce moment, un délai d'attente de 16 mois est nécessaire entre l'inscription et le premier rendez-vous d’un·e patient·e. Un tiers des personnes inscrites sont mineur·es. 

« Cette liste d'attente est problématique », affirme Judith Van Schuylenbergh, collaboratrice scientifique du Transgender Infopunt (TIP). « Elle est due à l'absence d'autres équipes multidisciplinaires, notamment au sein de la convention qui permet d’obtenir un remboursement. »

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Au sein de cette équipe chargée des questions de genre, les mineur·es sont suivi·es par des psychologues pour enfants et des endocrinologues. « Malheureusement, iels ne sont pas nombreux·ses à se spécialiser dans les questions de genre. Les inhibiteurs d’hormones, par exemple, ne sont disponibles que par l'intermédiaire de l'équipe chargée des questions de genre à l'Hôpital Universitaire de Gand et à l'hôpital pour enfants ZNA d'Anvers, et ne sont remboursés qu'à Gand, dans le cadre de la convention sur les soins aux personnes transgenres. Sans convention, vous payez près de 2 000 euros par an », ajoute Judith du TIP.

Dernièrement, le TIP a constaté une augmentation considérable du nombre de Centres Psycho-Médico-Sociaux et des enseignant·es qui les contactent. Iels recherchent des outils pour guider et aider leurs élèves dans leur coming out. Les parents les contactent aussi plus souvent et cherchent des moyens pour soutenir et aider leur enfant. « L'information destinée aux jeunes devrait être plus accessible. C'est d’ailleurs la raison pour laquelle on se concentre davantage sur les réseaux sociaux et sur la mise à jour de nos informations. D'autant plus que la législation en Europe n'est pas la même partout », dit Judith.

Selon elle, les écoles doivent encore prendre des mesures en termes de sensibilisation. « Il y a encore beaucoup à faire. C’est dommage que les questions de genre ne soient toujours pas abordées pendant la formation des enseignant·es. De plus, les étudiant·es ne voient pratiquement rien sur le sujet. L'éducation sexuelle peut être faite librement par les écoles mais la transidentité, c’est souvent l'exception dont on ne parle pas. Pour que ça change, il faut éduquer sur le long terme. »

Mais il y a encore du pain sur la planche pour changer les choses en dehors de la vie scolaire : « Le changement de nom peut se faire à partir de 12 ans, mais le changement de sexe sur la carte d'identité ne peut se faire qu'à partir de 16 ans. Pour nous, il s'agit d'une discrimination basée sur l'âge. Pour les questions d'ordre médical, le consentement des deux parents est toujours nécessaire, ce qui peut être problématique si les parents ne soutiennent pas leur enfant dans ce processus. On essaie de faire pression là-dessus ».

Malgré tout, les jeunes personnes trans restent positives. VICE leur a demandé où elles en étaient dans leur parcours.

Sam (14 ans, elle)

« Depuis mes 11 ans, c’était assez clair pour moi que je me situais quelque part sur le spectre trans. Du coup, ma mère m'a mise sur la liste de l'équipe chargée des questions de genre à l'Hôpital Universitaire de Gand. J'ai dû attendre un an et demi avant mon premier entretien, puis six mois de plus avant d'entamer le vrai processus. 

Je me suis d'abord identifiée comme gender fluid, mais l'été dernier, j'ai senti que mon corps changeait. J'ai remarqué à travers ces changements que je voulais prendre une direction totalement opposée et que je suis en fait une fille. J’ai pu me confier à ma psychologue mais je ne savais pas comment le dire aux autres. Je savais que ça allait plutôt être bien accueilli, mais j’avais quand même du mal à franchir le pas et en parler.

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Mes parents ont très bien réagi et étaient content·es que je puisse parler aussi ouvertement de qui je suis. C’est dans ce genre de moments que je me sens heureuse avec ma famille, surtout parce que j’entends beaucoup d'histoires sur d'autres jeunes qui ne sont pas accepté·es par la leur. Ça doit être difficile. 

« J’ai fait mon coming out en décembre sur les réseaux sociaux. En un coup, mon message allait atteindre des milliers de personnes. C'était assez intense et stressant. »

Le reste de ma famille a tout aussi bien réagi. J'avais peur que mon grand-père réagisse mal parce qu'il est un peu plus âgé. Quand je lui ai dit, il m'a serré dans ses bras et rigolait déjà en disant qu'il ne pourrait plus me différencier de ma sœur.

J’ai fait mon coming out en décembre sur les réseaux sociaux. Avant ça, seule une trentaine de personnes étaient au courant de ma transidentité. Là, en un coup, mon message allait atteindre des milliers de personnes. C'était assez intense et stressant. Surtout parce que c'est beaucoup moins personnel, du coup j’avais plus de chances de faire face à de la méchanceté. 

J'ai changé mon nom sur ma carte d'identité durant les vacances de Noël mais je ne peux changer le sexe qu'à partir de mes seize ans, même si j'ai l'autorisation de mes parents. C'est très frustrant de ne pas pouvoir faire ce dernier pas. Quand je dois montrer mon passeport ou mes documents officiels, on me regarde parfois bizarrement parce qu’on voit un “M.” dessus, et ça me provoque une dysphorie de genre.

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Après les vacances de Noël, j’ai fait mon coming out à l'école. J'ai envoyé un e-mail via Smartschool aux profs et étudiant·es pour que tout le monde soit au courant. L'école a bien réagi et a immédiatement fait les changements appropriés, comme le changement de mon nom.

Quand j’ai fait ce coming out en tant que personne non-binaire, ma mère a envoyé des affiches de l’organisation Çavaria à l’école, qui en a ensuite placé quelques-unes, surtout autour de ma classe. Mais ces affiches étaient tout le temps arrachées des murs, donc l’école en a commandé 500 pour pouvoir continuer à les recoller.

Je sens que l'école veut être progressiste même s'il y a encore régulièrement des choses qui ne vont pas. Au début de l'année scolaire, vu que j'étais non-binaire, je ne me sentais pas à l'aise pour me changer dans le vestiaire des garçons, alors j’allais me changer dans celui des filles. Ça n'a posé de problème à personne. Quelques cours plus tard, mon prof de sport m'a dit que l'école avait décidé de ne plus me permettre d’y accéder parce que c'était contraire au règlement. Après ça, j'ai dû me changer dans les toilettes ou dans la salle des profs. J’étais gênée et je me sentais seule. Finalement, je devais me changer dans les vestiaires des garçons parce qu'on m’a dit : “Ah mais biologiquement, t’es un garçon.” Ça a fait l’effet d’un coup de couteau dans le cœur. 

Dès que j’ai fait mon coming out en tant que fille, l'école s’est soudainement dit que c’était tout à fait normal que j'utilise les toilettes et le vestiaire des filles. C'était frustrant de constater que toutes les discussions qu’on avait eues avant n'avaient servi à rien.

Je pense que les écoles devraient fournir des informations complètes sur les questions de genre beaucoup plus tôt pour que les jeunes soient informé·es et puissent s’y reconnaître s’iels se posent des questions sur leur identité.

Je recommande aux autres jeunes personnes trans de ne pas garder les choses pour soi et de parler aux gens ».

Robin (16 ans, il/lui)

« Ça faisait quelques années que je sentais que quelque chose m’arrivait, mais il m'a fallu un certain temps pour réaliser que c’était lié à mon genre. L'année dernière, j'ai réalisé que j’étais un garçon. Mes potes en ligne m’ont parlé de dysphorie de genre et j'ai réalisé que c'était exactement ce que je ressentais. L’étape la plus difficile pour moi, c’était de me mettre dans une catégorie. En ce moment, le genre masculin est ce qui correspond le mieux à mon identité. 

En septembre, j'ai dit à mes parents que j'étais un garçon et ils ont bien réagi. Après, tout a été plus rapide et je l'ai dit à mes potes. J'avais trop peur de le dire en face, du coup je l'ai posté dans une story Instagram en mode “amis proches”.

Je n'ai pas envie de le dire à tout le monde à l'école parce que je suis la seule personne ouvertement queer de mon année. Quelques profs le savent, certain·es sont plutôt indifférent·es et d’autres veulent m’inclure dans les projets scolaires qui touchent aux questions de genre.

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Je trouve ça difficile de devoir rester à la maison pendant cette période. Heureusement, je ne souffre pas trop de dysphorie sociale et je peux supporter le fait qu'on n'utilise pas toujours mon prénom et mes pronoms correctement à la maison. Je souffre principalement de dysphorie physique. 

J’ai remarqué que ma mère ne peut pas toujours gérer la confrontation avec mon identité de genre. Mes parents en font tout un plat et ça rend la situation compliquée à la maison. J’aimerais juste que ce soit considéré comme quelque chose de normal, alors j’écrase parfois la conversation pour qu’iels pensent que ce n'est pas si important que ça.

« Mes parents en font tout un plat et ça rend la situation compliquée à la maison. J’aimerais juste que ce soit considéré comme quelque chose de normal. »

Mon père est catholique et ça se ressent parfois dans ses opinions – il est contre l’avortement, par exemple. Pour ce qui est de l’identité trans, ça ne semble pas être trop problématique. Mais quand mon frère et moi avons fait notre coming out en tant que gays, ça lui avait posé problème. Un jour, il a dit à mon frère qu’il brûlerait en enfer. Depuis, il s'est vraiment calmé. Il trouve toujours ça bizarre, mais il fait de son mieux. 

Je suis sur la liste de l'équipe de l'Hôpital Universitaire de Gand chargée des questions de genre. La période d'attente est très longue. Le plus simple est d'attendre mes 18 ans pour commencer un traitement hormonal, puis de consulter d'autres hôpitaux. 

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Ma mère refuse de se renseigner auprès d’autres hôpitaux pour voir s'il y a d’autres possibilités. J'ai dû insister longtemps pour qu'elle me mette sur la liste d’attente à Gand. Elle n’a pas l’air de comprendre que les choses ne vont pas assez vite pour moi. Je pense qu'elle espère que je vais changer d’avis.

J'avais demandé à ma mère un binder pour dissimuler ma poitrine, mais elle changeait sans cesse de sujet et voulait que j'attende. J'ai donc fini par obtenir deux bandages de mon frère trans pour couvrir la période jusqu'à mon opération chirurgicale. 

Il y a aussi des petits malaises dans la vie de tous les jours. Par exemple, c’est difficile de se faire livrer quelque chose parce que je veux utiliser mon prénom “Robin”. Ça crée une certaine confusion parce qu’on vit dans un quartier où le facteur connaît déjà un peu les gens. Le fils de mon voisin s'appelle aussi Robin et même si l'adresse est correcte, certaines livraisons arrivent chez lui. 

Regarder des webséries avec des personnages trans, dont les acteur·ices sont réellement trans, ça m’a particulièrement aidé. Et c’est assez accessible puisqu’on peut en regarder sur notre ordi à la maison. Au niveau politique, je pense que le gouvernement devrait se concentrer davantage sur la prévention au lieu de punir l’incitation à la haine, par exemple. Quand le mal est fait, c’est trop tard. »

Coe (16 ans, iel)

« Quand j'étais petit, il y avait des moments où je voulais être un garçon. Mais j’avais quand même des périodes où je me sentais comme une fille, puis d’autres où je me sentais non-binaire. Aujourd’hui, je sais que je suis une personne transgenre.

J’ai fait mon coming out en même temps qu’un ami qui est aussi transgenre. J'ai remarqué que je pensais davantage à mon genre quand je lui parlais. Quand on se parlait moins, j'avais tendance à repousser mes questionnements sur le genre. J'ai aussi beaucoup parlé aux gens sur internet. 

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Par la suite, j'en ai parlé à ma mère parce que je voulais me couper les cheveux. Elle a été compréhensive et elle utilise même parfois les termes inclusifs pour parler de moi. J'ai de la chance parce que du côté de ma mère, beaucoup de membres de la famille sont queer – j’ai une tante et un cousin trans. Mon beau-père a eu plus de mal à l'accepter. Par exemple, si je lui dis que je veux acheter des boxers, il va me diriger vers les boxers pour filles. Du côté de ma belle-mère, j’ai fait mon coming out en tant que personne non-binaire il y a déjà quelque temps. J’aimerais pouvoir bientôt préciser le fait que je suis gender fluid. Je n'ai pas une bonne relation avec mon père et je ne veux pas vraiment lui faire mon coming out.

À l'école, certain·es de mes camarades de classe le savent. Mes ami·es m'aident à réfléchir à un prénom qui semble un peu plus adapté à mon identité. Comme pronoms, j’ai une préférence pour le “iel”. On peut aussi utiliser les pronom “il/lui”, mais je ne veux en tous cas pas qu’on n’utilise le “elle” vu que je suis une afab (assigned female at birth) et c'est exactement de ça que je veux me démarquer.

« Je ressens parfois une dysphorie pour le haut de mon corps, mais je ne veux pas penser au bas parce que c'est encore trop intense pour moi. »

Au début du confinement, j'étais assez déprimé·e, ce qui ne laissait pas toujours place pour toutes ces questions. Par la suite, mon expérience en matière de genre a commencé à prendre de l'importance. Je ressens parfois une dysphorie pour le haut de mon corps, mais je ne veux pas penser au bas parce que c'est encore trop intense pour moi. Je laisse faire les choses parce que je n'ose pas dire à mes parents que je pourrais vouloir une ablation des seins. Je vais utiliser un binder que j'ai reçu d'un ami jusqu'à ce que je sois adulte et que je puisse prendre mes propres décisions. 

Niveau représentation des personnes trans dans les médias, c’est mieux qu’avant, mais ça peut clairement s'améliorer. Il faut plus de normalisation. Je suis souvent sur TikTok et des contenus trans commencent à apparaître. C'est agréable de voir des gens être ouvertement trans et interagir les un·es avec les autres. 

Je pense que l'éducation sexuelle devrait également porter davantage sur les identités trans et queer en général. Ça m’aurait peut-être permis·e de savoir beaucoup plus tôt que j’étais moi-même une personne trans. Il faut aussi éduquer sur le comportement à adopter avec un·e partenaire trans dans un contexte sexuel, par exemple. Il y a souvent trop peu d'informations disponibles.

C’est important de faire passer le message qu'être trans, c’est normal et c’est OK. Tout comme le fait que les catégories ne sont pas nécessaires et que si vous en choisissez une, vous pouvez aussi la changer plus tard. »

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