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Sports

Quel impact a l'architecture des stades sur l'ambiance des matches de foot ?

L'atmosphère dans un stade a autant à voir avec la conception de celui-ci qu'avec les supporters présents dans les tribunes. On a demandé à l'architecte du Parc OL ce qui pouvait permettre une ambiance bruyante les jours de match.

par Joe Lo
24 Août 2016, 9:12am

Peter Powell/EPA

Pour beaucoup de supporters de football, demander "Qui a le stade le plus bruyant ?" revient à demander "Quel club a les supporters les plus bruyants ?". Mais ce n'est pas aussi simple en réalité : le nombre de décibels dans un stade à autant à voir avec son architecture qu'avec les supporters qui garnissent les tribunes. Une arène bien dessinée peut amplifier les chants et les faire circuler à travers le stade, alors que dans une arène mal conçue, un chant tout aussi bruyant ne sera pas forcément audible dans la tribune d'en face.

Après avoir discuté avec Garry Reeves - un architecte qui travaille pour le cabinet Populous, qui a dessiné le nouveau stade de Lyon, le fameux et très bruyant "formidable outil Parc OL" avec ses 60 000 places - on a établi sept critères clés pour une atmosphère de match idéale.

1. Un seul, et large, kop

Le mur jaune du Borussia Dortmund au Westfalenstadion. Credit: Pascal Philp

Dans l'idéal, il faut que les supporters se sentent ensemble, qu'ils puissent se voir, s'entendre, et chanter comme une seule et même entité. Pour permettre cela, c'est mieux si tous les supporters de la même équipe sont dans la même tribune. Dans le kop de Liverpool par exemple, 12 400 fans peuvent chanter et remuer des drapeaux ensemble.

Les meilleurs stades allemands ont aussi de super-kops, où tous les fans hardcore peuvent se rassembler. Au Westfalenstadion du Borussia Dortmund, 25 000 supporters peuvent se tenir debout en toute sécurité dans la tribune sud pour former le fameux "Mur jaune".

Si vous ne pouvez pas avoir un seul grand gradin pour le kop, la meilleure alternative est d'avoir aussi peu de recouvrement que possible entre les deux gradins. Selon Reeves : « Même s'il y a deux kops à chaque bout du stade, si chacun peut se voir, cela aide vraiment. Vous avez deux fois plus de gens qui participent à l'atmosphère et aux chants qu'habituellement. »

Ce qu'il ne faut pas faire, c'est ce qu'il se passe dans des stades comme Stamford Bridge. Les tribunes les plus bruyantes de Chelsea - la Matthew Harding et la Shed - sont divisées en deux niveaux avec un recouvrement assez important de la tribune du bas. Cela rend plus difficile la circulation des chants entre gradin du haut et gradin du bas, et réduit le nombre de décibels de ces tribunes. C'est la même chose pour Everton à Goodison Park ou Crystal Palace à Holmesdale Road.

2. Des supporters près des joueurs

Dans le stade De Portsmouth, Fratton Park, les supporters sont très près de l'équipe. Credit: Mark Freeman

Plus les supporters sont proches des joueurs, et plus bruyant sera le match. Selon Reeves, le meilleur exemple de cette équation est le stade de Portsmouth, Fratton Park, particulièrement pendant les glorieuses années du club. « Même s'il a une capacité très réduite, à la grande époque, c'était un stade à l'atmosphère féroce. L'ambiance était énorme simplement parce que tout le monde était très très près, et le bruit restait. » Au moment de concevoir le nouveau stade de l'Olympique lyonnais, il a pris cela en compte et a gardé la distance entre la première rangée de sièges et la ligne de touche au minimum autorisé par l'UEFA, soit dix mètres.

Même l'UEFA reconnaît l'importance d'être à proximité de l'action. Leur Guide des stades de qualité explique ainsi que "dans le passé, beaucoup de stades de football étaient construits avec des pistes d'athlétisme autour du terrain. Cela ne produit pas une bonne atmosphère de match, car cela réduit l'effet de "chaudron". La structure du stade doit entourer le terrain afin de maximiser cet effet de chaudron sans, évidemment, compromettre la sécurité des joueurs, des staffs, des arbitres ou des spectateurs."

C'est une des raisons pour lesquelles les tribunes de l'Olympic stadium, nouvelle demeure de West Ham, recouvrent en partie la piste d'athlétisme. Cependant, après leur premier match là-bas, les supporters se sont plaints d'être tout de même trop loin du terrain par rapport à Upton Park. Les supporters anglais ne sont pas habitués aux pistes d'athlétisme, mais elles existent dans beaucoup de stades en Europe : le Hertha Berlin, Naples, le Besiktas, l'AS Rome ou la Lazio jouent dans de tels stades. Si les ambiances dans ces arènes peuvent être impressionnantes, elles le seraient d'autant plus sans ces pistes.

Il n'y a pas que la première rangée de spectateurs qui devrait être proche des joueurs : le dernier rang devrait être tout aussi proche également. Plus les sièges ont de place pour les jambes, et plus loin sont les spectateurs des derniers rangs. Il y a donc une balance à faire entre l'espace réservé pour les jambes des spectateurs et l'ambiance désirée. Les nouveaux stades ont tendance à avoir plus de places pour les jambes, ce qui rend difficile le fait d'avoir les supporters proches du terrain. Reeves cite Twickenham comme exemple d'un stade avec beaucoup d'espace entre les rangées de sièges, avec 84 centimètres entre les dossiers de siège de deux rangées. Dans des stades comme Old Trafford, Loftus Road ou Selhurst Park, la distance est plutôt de 66 centimètres. Cette différence de 18 centimètres ne semble pas être énorme, mais rien qu'en 30 rangées de siège, on perd cinq mètres.

Avec la réduction de cet espace pour les jambes, il y a une autre méthode pour ramener les supporters plus près du terrain : construire plus de gradins les uns au-dessus des autres. Mais cela contredit la première règle du grand kop.

3. Des tribunes en pente raide

Le stade Mestalla de Valence ressemble à un ravin. Credit: Jose Saez

Les plus grands stades européens sont souvent plus en pente que les stades anglais. Cela empêche l'ambiance de s'échapper par le haut, et cela garde les fans plus près du terrain. Selon Reeves, les gradins les plus hauts de San Siro sont en pente à 40 degrés à certains endroits. Le Camp Nou, Bernabeu, Mestalla et le stade de la Juventus sont tout aussi raides.

En Grande-Bretagne cependant, les consignes de sécurité post-Hillsborough recommandent une pente maximum de 35 degrés pour que les supporters évitent de souffrir de vertiges. Plus en pente que cela et il faut installer des mesures de sécurité comme des rampes d'appui.

4. Un toit

Le Millenium Stadium est l'un des plus grands stades couverts au monde. Credit: Nick Richards

Un toit permet d'éviter que l'ambiance ne s'échappe par le haut du stade. Si c'est assez habituel dans les stades de NFL, le seul stade britannique à avoir un toit est le Millennium Stadium de Cardiff. La Pologne, la Roumanie et Singapour ont tous des stades nationaux avec des toits rétractables, et on en trouve aussi pour des clubs comme Schalke, Galatasaray, l'Ajax et Lille.

Le pire est de ne pas avoir de toit du tout évidemment. En plus de laisser les supporters à la merci de la météo, tous les bruits qu'ils produisent se volatilisent. Cela a tendance à disparaître dans les championnats professionnels, mais c'est toujours fréquent en amateur.

La composition du toit est importante aussi. Un bon vieux toit en tôle produira beaucoup d'écho, mais si vous avez du mal à comprendre les chants, c'est parce que la tôle renvoie juste le bruit plutôt que de l'amplifier comme le font d'autres matériaux. Comme le dit Reeves : « Un toit en tôle, ça produit du bruit, mais ce n'est pas nécessairement du bon bruit. »

5. Un stade enveloppant

Au King Power de Leicester, le bruit ne peut pas s'échapper par les coins du stade. Credit: Dom Fellowes

En plus de passer par le haut, le son peut s'échapper par les coins du stade s'il n'y a pas de coins. C'est la forme traditionnelle des stades anglais, mais aussi d'une bonne quantité de stades français comme le Stade Bollaert-Delelis de Lens ou le Moustoir à Lorient.

La nouvelle mode est aux stades "enveloppants" comme le Parc OL, l'Emirates, l'Etihad stadium ou le King Power. S'ils perdent un peu en âme, ils gardent mieux le bruit. Le bon compromis est de garder un stade avec quatre tribunes bien séparées mais de les remplir avec des murs de chaque côté, comme l'ont fait les clubs de Bournemouth ou de Burnley.

6. Des supporters visiteurs près du terrain

A Stamford Bridge, les supporters visiteurs sont au bord du terrain. Credit: Brian Minkoff

Avoir une tribune visiteurs bruyante et bien visible aide à faire monter l'ambiance. Non seulement ils produisent beaucoup de bruit, mais cela pousse aussi les supporters de l'équipe à domicile à augmenter leur nombre de décibels.

Dans la plupart des stades, le club n'a pas le choix et place les supporters visiteurs assez près du terrain - il n'y a simplement pas d'autre endroit où les mettre. Des clubs avec des stades ayant une capacité de 40 000 spectateurs ou plus peuvent placer les supporters adverses dans les gradins supérieurs : cela peut aider l'équipe à domicile mais sûrement pas l'ambiance générale. Dans les équipes qui peuvent se permettre cela, seul Newcastle le fait en Angleterre, offrant aux fans visiteurs une belle vue panoramique de la Tyneside.

7. Un stade au cœur de la communauté

Malgré tous ses défauts, l'Emirates a le mérite d'être resté au cœur du quartier d'Islington. Credit: Peter Mcdermott

C'est difficile pour une atmosphère d'avant-match de monter si tous les supporters arrivent en bus dans un stade hors de la ville, plutôt que de prendre collectivement les transports avant d'aller boire des pintes dans les environs du stade.

Les terrains étant devenus plus chers et les stades de plus en plus grands, certains clubs doivent choisir entre construire un stade plus grand ou rester dans leurs quartiers historiques. Chelsea, Arsenal et Tottenham sont les exceptions, mais ils ont des finances extensibles, et faire bouger un club londonien hors de la ville semble impensable. En France, Lille, Lyon et Nice ont, eux, choisi de construire des stades en banlieue.

Selon Reeves : « Si le stade n'est pas au centre de la communauté, il y a du boulot pour que votre expérience footballistique ne se réduise pas à un trajet en voiture, une place de parking et qu'ensuite, vous alliez prendre place dans votre tribune. Si les stades sont hors de la ville, vous devez mieux concevoir les alentours, pour que cela devienne un lieu de vie plutôt qu'un simple stade avec un parking. »