Art

Hey, vous, les gros pervers d’Internet

Le photographe italien Marco Onofri a mis en scène le voyeurisme des consommateurs de contenu.
10 juin 2016, 6:15am
Images courtesy the artist

Cet article contient des images pour grandes personnes responsables.

Vous n’avez jamais imaginé vous retrouver dans l’intimité des personnes que vous suivez sur Instagram ? Cette familiarité, procurée par le suivi régulier, parfois quotidien, de toute leur activité réelle et virtuelle, ne vous a jamais donné des idées ? Est-ce que c’est tordu ? Flippant ? Sans doute, ouais. Bienvenue dans le XXIe siècle et l’avènement de la consommation de contenus des réseaux sociaux.

Le photographe italien Marco Onofri incruste ces « consommateurs de contenu » dans une série de scènes de nu : les « voyeurs » d’Internet matent les personnalités suivies IRL. Le résultat est assez troublant, d’une beauté dérangeante. Il a intitulé sa série « Followers » car le véritable sujet de ses mises en scène est finalement moins la mise à nu de ses modèles que l’attention pernicieuse du « public » de ses clichés.

Onofri a eu recours à une méthode de casting inhabituelle pour Followers. Il a recruté ses « consommateurs » en ligne, leur demandant de venir avec la tenue qu’ils portaient au moment où ils ont accepté l’offre. Du coup, les personnages ont l’air très naturel, avec une grande diversité de genre, âge, origine et style. Il a donné pour consigne à ses modèles de reproduire la dernière pose qu’ils•elles ont posté sur les réseaux sociaux. Sa série illustre finalement ce que la consommation de contenus virtuels donnerait dans la vraie vie — regarder, mais rien de plus.

C’est l’une de ses interactions en ligne qui a donné à Onofri l’idée de Followers. Après avoir posté une jolie photo de nu de sa copine sur Tumblr, il a réalisé qu’elle atterrissait sur « tout un tas de pages vulgaires axées sur l’objectification », comme il le décrit. « J’étais choqué et ennuyé que ces pages partagent des photos intimes à une fanbase inconnue très probablement intéressée par lubricité. Finalement, j’ai effacé la photo et il m’est resté une sensation amère », raconte-t-il à The Creators Project. Followers est une tentative d’interpeller les consommateurs « armés de likes et de commentaires » et « protégés par l’anonymat » qui sont « capables de dévoiler leurs désirs les plus obscènes sans risque de tabou ».

Pour réaliser cette série, il est devenu évident pour Onofri que le « contenu » soit représenté par des personnes nues. « La nudité reflète l’honnêteté souvent véhiculée par les réseaux sociaux. les modèles s’exposant au jugement de followers anonymes avaient besoin d’une juxtaposition pour montrer l’intimité et le voyeurisme. »

Le défi était de faire transparaître des émotions chez ses figurants tout en les faisons se sentir à l’aise. « Les modèles étaient à l’aise avec la nudité mais les followers n’étaient pas habitués à ce genre de situation », dit encore Onofri. « Le résultat était plutôt de la gêne chez les followers que chez les modèles. » Ils suaient, rougissaient et lançaient des blagues pour détendre l’atmosphère mais la gêne est évidente sur les clichés.

Pourtant, des gestes spontanés sont venus enrichir l’expérience et ont surpris Onofri. « Un jeune garçon a demandé une des modèles en mariage. Une femme a commencé à donner le sein en signe de solidarité. Ces moments étaient comme une récompense pour moi. Comme eux, je suis un follower aussi. »

Pour découvrir le reste de la série Followers, allez faire un tour sur le site de Marco Onofri.