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La prochaine épidémie des pays en développement : les maladies chroniques

Tandis que dans les pays développés, les transhumanistes rêvent de soigner les maladies cardiaques et pulmonaires, les habitants des pays en développement se réjouissent de pouvoir enfin en mourir.
30.3.16

Tandis que dans les pays développés, les transhumanistes rêvent de soigner les maladies cardiaques et pulmonaires, les habitants des pays en développement se réjouissent de pouvoir enfin en mourir.

Le rapport de 2015 du Bureau de recensement américain, Un Monde vieillissant, suggère que la population de plus de 65 ans doublera au niveau mondial entre 2025 et 2050, mais que « ce phénomène se poursuit à des vitesses variables en fonction des régions du monde concernées et de leur niveau de développement. »

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Tandis que l'espérance de vie est de plus en plus longue, partout dans le monde, celle des populations des pays en développement atteint désormais un âge très proche des moyennes constatées dans les pays développés. La bonne nouvelle, dans un certain sens, et que les gens meurent de moins moins souvent de maladies infectieuses dans les pays pauvres, et de plus en plus souvent de cancers, de maladies cardiaques, de diabète ou d'AVC, des maladies répandues chez les personnes âgées. La mauvaise nouvelle, c'est que ces personnes n'ont pas les technologies médicales nécessaires à disposition pour se soigner.

« La question de savoir s'il existe ou non une limite à l'espérance de vie humaine est essentielle pour le futur de l'humanité. »

« La mortalité et les infirmités dues aux maladies non infectieuses prennent rapidement de l'ampleur dans les pays en développement, » précise le rapport, « et ont des conséquences bien plus graves que dans les pays développés, dans laquelle la plupart de ces maladies sont évitables ou traitables. »

Cela signifie que dans les pays riches, les gens continueront à vivre plus longtemps, tandis que les Africains verront la progression de l'espérance de vie atteindre rapidement un effet de seuil. Prenez deux femmes qui auront 65 ans le 1er Janvier 2050. Statistiquement, celle qui est née en Afghanistan pourra espérer vivre encore jusqu'à 80 ans, tandis que celle qui est néé à Singapour pourra vivre jusqu'à 95 ans en moyenne, selon les prédictions du Bureau de recensement. Celles-ci sont fondées sur les tendances actuelles en matière de vieillissement, sur les statistiques de fécondité, la disponibilité et la qualité des soins de santé, et les statistiques concernant la population générale.

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Selon les données disponibles sur l'accès aux soins et à des ressources de base comme la nourriture, l'eau, les médicaments, l'hygiène (qui affectent les taux de mortalité), il n'est pas surprenant que les pays qui possèdent actuellement une espérance de vie élevée continueront de vivre plus longtemps dans le futur.

Le rapport explique également que même si l'espérance de vie se rallonge dans les pays en développement, ils ne parviendront pas à réduire leur écart avec les pays développés : cela nécessiterait d'éliminer complètement les maladies infectieuses, d'améliorer significativement l'accès aux ressources et services de base, de développer les infrastructures, de résoudre le problème des inégalités économiques, et enfin d'étendre l'accès aux techniques et traitement médicaux de pointe au monde entier.

« L'espérance de vie à des âges différents chez les hommes et les femmes est extrêmement hétérogène, à cause de la plasticité des processus de vieillissement, mais aussi des inégalités persistantes, » ajoute le rapport. « Les mêmes facteurs corrélés à la chute spectaculaire de la mortalité en Europe occidentale et en Amérique du Nord au début des années 1900, à savoir l'eau, l'hygiène et l'alimentation, contribuent toujours à faire évoluer les taux de mortalité dans de nombreuses régions du monde aujourd'hui. Les progrès sont considérables et réguliers. »

Étonnamment, le rapport Bureau de Recensement s'interroge également sur la limite que peut atteindre l'espérance de vie humaine, une question qui ne fait pas du tout partie de ses prérogatives. Même s'il n'utilise jamais le mot « transhumanisme, » il précise que « la question de savoir s'il existe ou non une limite à l'espérance de vie humaine » et celle « d'interroger la corrélation entre espérance de vie et bonne santé » sont essentielles pour le futur de l'humanité. De fait, il s'agit là des deux axes de réflexion principaux du mouvement transhumaniste.

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Tandis que le monde développé se demande si oui ou non les humains pourront vivre pour toujours, les pays en développement, eux, doivent déterminer comment ils feront face à la démence, aux maladies cardiaques, aux accidents vasculaires cérébraux, aux maladies pulmonaires, au cancer, au diabète et aux autres maladies non infectieuses dans les prochaines années.

Si l'on tire des leçons de l'histoire, il y a deux problèmes principaux à prendre en compte. Les maladies cardiaques, les AVC, les maladies pulmonaires et le diabète sont parmi les causes les plus fréquentes de décès dans les pays développés, mais aussi les maladies « les plus handicapantes » chez les personnes âgées, conduisant à leur invalidité. D'une manière générale, il faut retarder l'apparition de ces maladies, soit les traiter quand elles apparaissent.

Un individu de 65 ans vivant en Norvège, une population plutôt en bonne santé, peut espérer vivre 16 ans de plus « sans avoir à restreindre ses activités », tandis qu'un individu de 65 ans vivant en Slovaquie, une population moins en forme, pourra s'attendre à être handicapé par des maladies chroniques vers 68 ans, selon le Bureau de Recensement.

Les données suggèrent que les pays en développement devraient s'affairer à retarder l'apparition de ces maladies avec des campagnes antitabac, la promotion d'un style de vie actif, des campagnes sur la nutrition, et sur la diminution des inégalités économiques sans laquelle les personnes pauvres ne pourront pas se permettre de faire des choix de vie plus sains. Nous avons pu observer à maintes reprises que les pays dont la population était plutôt en bonne santé à un jeune âge conservait cette bonne santé en vieillissant.

Il y a une bonne raison à cela. Traiter les maladies chroniques ne fonctionne pas une fois que le mal est fait. Une étude de 2011 de l'Académie des Sciences américaine a montré que l'augmentation de l'espérance de vie n'était pas corrélée à une augmentation de l'espérance de vie en bonne santé aux Etats-Unis, même si « les américains dépensent plus en soins médicaux que toute autre population dans le monde. »

L'article explique également que la consommation de tabac, ainsi que « l'obésité, le régime alimentaire, l'exercice physique et les inégalités économiques » avaient joué un rôle prépondérant dans la formation d'un tel contraste entre les Etats-Unis et le reste du monde.

Évidemment, la médecine et les technologies biomédicales ont un rôle à jouer dans l'extension de la durée de la vie humaine. Mais à court terme, les enjeux de la longévité résideront avant tout dans notre capacité à assurer à tous un accès aux soins, ressources et services de base.