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SpaceX veut envoyer une capsule sur Mars dès 2018

Si tout va bien, la start-up américaine deviendra en 2018 la première société privée à faire atterrir un vaisseau spatial sur une autre planète.

Elon Musk ne fonctionne pas comme vous ou moi. S'il n'est pas rare de voir les êtres humains rêver, dans leur jeune âge, d'exploration interplanétaire, l'immense majorité d'entre eux finit en grandissant par comprendre qu'elle n'y arrivera de toute façon jamais et que ce genre d'ambition démesurée n'a plus de place dans la tête d'une grande personne rationnelle. Elon Musk, lui, a décidé qu'il enverrait l'Homme sur Mars de son vivant, et que personne n'allait l'empêcher de le faire. A l'époque, il venait de vendre sa startup PayPal et de rentrer, au tournant du XXIe siècle, dans le club naissant des néo-milliardaires de l'Internet, et c'est donc tout naturellement que ses pairs ont accueilli ses déclarations d'alors avec un bon vieux rictus de mépris. Quinze ans plus tard, Musk est multimilliardaire, révolutionne l'automobile avec Tesla, la gestion énergétique domestique avec SolarCity et, surtout, la conquête spatiale avec SpaceX, qui vient d'inventer la fusée low-cost réutilisable et assure déjà certains voyages d'approvisionnement de la Station spatiale internationale (ISS) moyennant un contrat à trois milliards de dollars, renouvelé en février. Autant dire que ça fait un bout de temps que les sceptiques ont arrêté de rigoler, et que toutes les annonces de Musk, même les plus fantaisistes, sont désormais décortiquées avec le plus grand sérieux.

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Ca tombe bien car, ces dernières années, l'entrepreneur s'est mis à évoquer la colonisation martienne de plus en plus sérieusement. En 2014, SpaceX a annoncé qu'elle installerait une colonie martienne en 2026, quitte à faire une queue de poisson à la vénérable Nasa. En janvier, rebelote, Musk annonce le grand départ pour 2025. Le 27 avril, SpaceX a annoncé sur Twitter – en 2016, qui écrit encore des communiqués de presse ? - son intention d'envoyer son premier vaisseau sur Mars dès 2018. Une répétition générale, en quelque sorte, histoire de se confronter concrètement aux difficultés d'un voyage martien, mais déjà une première historique pour une entreprise privée. Et si SpaceX n'a pas précisé combien de vaisseaux elle allait envoyer en promenade, elle a néanmoins évoqué les missions au pluriel.

Planning to send Dragon to Mars as soon as 2018. Red Dragons will inform overall Mars architecture, details to come SpaceXApril 27, 2016

Tout reste à faire

Le programme, qui s'intitule Red Dragon, s'articulera probablement autour des deux têtes de gondole de SpaceX : son lanceur Falcon Heavy, une version sous stéroïdes de sa fusée réutilisable Falcon 9, et une version modifiée de sa capsule cargo, la Dragon, qui lui permet actuellement d'envoyer du matériel vers l'ISS. Contrairement à la première itération, cette capsule est équipée de deux moteurs SuperDraco qui lui permettent d'atterrir verticalement, dixit Musk, « sur n'importe quelle planète du système solaire », en s'activant pendant sa phase de descente pour réduire sa vitesse de la même façon que SpaceX contrôle la descente de ses fusées Falcon 9. Comme l'explique The Verge, la technique doit être nécessairement maîtrisée avant toute exploration martienne : si les vaisseaux qui reviennent sur Terre sont en partie freinés par son épaisse atmosphère, la pression atmosphérique de la planète rouge, cent fois moins importante, n'offre quasiment aucune résistance, ce qui augmente d'autant les risques de transformer les premiers colons martiens en purée.

Si, en théorie, SpaceX maîtrise déjà tous les aspects techniques de la mission, la réalité est infiniment plus complexe : au-delà des effets d'annonce, la capsule Dragon 2 n'a jamais été testée en situation d'atterrissage – tout au plus sait-elle léviter - et le lanceur Falcon Heavy, qui emmènera la capsule sur Mars, n'a encore jamais volé, même si les premiers tests sont prévus pour novembre. Les missions Red Dragon de 2018 feront donc office de banc d'essai pour déterminer la faisabilité d'un voyage habité vers Mars, qui passera nécessairement par l'envoi préalable d'une énorme quantité de matériel sur la planète. A l'heure actuelle, la capsule Dragon 2 est environ dix fois plus lourde que le module Curiosity, que la Nasa a posé sur Mars en 2012, et n'est même pas conçue pour être habitée – son volume interne, dixit Musk, « équivaut environ à celui d'un SUV ». Un peu étroit, quand on sait qu'un voyage Terre-Mars s'effectue entre 180 et 260 jours. Qu'on se rassure, Musk et SpaceX ont déjà conçu une capsule Dragon dessinée pour les vols habités, avec un design à donner une érection à tout fan de SF. En septembre prochain, selon the Observer, Musk réduira à nouveau la distance entre la SF et le futur proche en dévoilant les plans de sa future ville martienne. Avec, à n'en pas douter, un grand sourire de gosse.