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Comment éviter d'attraper une IST à cause du sexe oral

Pour éviter de finir sous antibiotiques (ou pire), jouez-la comme une porn star.

par Callie Little
04 Août 2017, 10:38am

Image : Guille Faingold/Stocksy

Internet est un formidable incubateur à intox médicales. Des articles suintants de découvertes sous-documentées, d'affirmations fallacieuses et de pseudo-science à propos d'aliments supposés combattre les infections sexuellement transmissibles (IST) apparaissent sans relâche sur le web. Chacun de ces remèdes trouve le moyen d'attirer un peu d'attention. Quelques naïfs décident d'auto-expérimenter et, immanquablement, toute l'affaire tombe dans l'oubli.

Cependant, il arrive qu'un papier réellement travaillé fasse irruption sur le web. Vous vous rappelez de cette étude du Sexual Health Centre de Melbourne qui prêtait des pouvoirs anti-gonorrhée à la Listerine ? Elle était sur tous les fils d'actualité en décembre dernier. À l'en croire, un bon bain de bouche peut suffire à réduire les risques de contracter l'embêtante infection de moitié. Évidemment, cela ne signifie pas que nous pouvons désormais nous gargariser des IST à tout jamais. Mieux vaut prévenir que guérir, y compris lorsqu'il est question de mettre des parties génitales dans sa bouche.

"Je crains que la prévention des IST liées au sexe oral soit beaucoup moins excitante et riche en remèdes maison que les gens ne le pensent, regrette Debby Herbenick, professeure adjointe à l'Indiana University School of Public Health et auteure de Sex Made Easy. J'ai entendu parler de ces informations anecdotiques à propos de la Listerine, mais nous avons besoin de plus de recherches empiriques avant de pouvoir la recommander."

Un autre domaine manque d'appuis empiriques : nous ne disposons d'aucune donnée concernant les taux de transmission orale des IST les plus courantes. Un porte-parole du CDC nous a affirmé que ce vide tenait à la manière dont les chercheurs collectent leurs informations. Les laboratoires d'analyse et leurs intermédiaires leur fournissent des chiffres sur le nombre de tests positifs qui sort de leurs instruments, mais pas sur leur origine : le sexe, l'anus, la gorge ?

Décidément, qui sait ce que nous pouvons attraper par la bouche ? Et, qui plus est, comment nous soigner en cas de galère ?

"Beaucoup d'IST peuvent passer d'une personne à une autre à la faveur du sexe oral, nous a déclaré le porte-parole du Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Cependant, il est difficile de mettre en relation les risques de contracter telle infection et tel type d'activité sexuelle, notamment parce que la plupart des gens qui ont des relations bucco-génitales ont également des rapports vaginaux ou anaux." Au moins, on ose faire des mélanges…?

Si la plupart des IST peuvent passer par la bouche, certaines s'accommodent mieux de ce mode de transmission que d'autres, affirme Herbenick. "La gonorrhée, la syphilis et l'herpès se transmettent plus facilement que le VIH, même si ce dernier peut aussi passer par un contact oral. Utiliser un préservatif pendant une fellation peut réduire le risque de contracter une IST. Par contre, les zones qui ne sont pas couvertes par le préservatif pourront toujours vous refiler quelque chose. La syphilis et l'herpès, par exemple, peuvent causer des lésions en dehors de la zone gland-verge."

Lorsque nous leur avons demandé quelles IST étaient incapable de rider votre salive, Herbenick et le CDC sont restés muets. Nous nous sommes donc rabattus sur Peter Leone, un professeur de médecine à l'Université de Caroline du Nord, qui nous a affirmé qu'il n'avait jamais entendu parler d'une transmission orale de la trichomonase : "De toutes les IST les plus courantes, c'est sans doute la seule qui ne puisse pas passer par la bouche." Il ajoute que contracter le VIH à cause d'un contact bucco-génital est possible, mais pas courant.

"En général, nous préférons percevoir le VIH comme une maladie qui ne peut se transmettre oralement qu'à cause de gros problèmes, explique-t-il. En d'autres termes, il faut avoir beaucoup de lésions buccales, ou une plaie ouverte qui va entrer en contact avec une personne séropositive." Parmi les IST mainstream, continue-t-il, l'herpès, la gonorrhée, la chlamydiose, le papillomavirus et la syphilis peuvent être transmis par la bouche.

Leone affirme que l'approche empirique du CDC est en partie responsable de leur prudence : "Ils ne feront des recommandations qu'après avoir agrégé un grand nombre d'études basées sur des statistiques fiables. Le problème, c'est que les données manquent."

Pour Herbenick, les personnes qui souhaitent rester en bonne santé devraient s'en tenir aux conseils habituels : interroger son partenaire, faire un test avec lui, et être honnête quand vient le moment de détailler vos activités sexuelles à votre médecin. Oral, vaginal, anal, par sextoys mutualisés… Pour être pris en charge efficacement, il faut tout dire. N'hésitez pas, le docteur en a vu d'autres. Ne pas enchaîner les partenaires et se faire soigner en cas d'IST sont aussi de bonnes idées. Enfin, portez un préservatif. Oui, d'accord, vous l'avez déjà entendu mille fois, mais mieux vaut se répéter qu'être mal compris.

Le coup du préservatif est classique. Pourtant, avoue Leone, c'est celui qui suscite le plus de réticences. Beaucoup d'hommes n'en mettent pas parce qu'ils n'aiment pas ça. "C'est difficile, regrette-t-il. Nous devons trouver des solutions plus commodes. Le gros non-dit de l'affaire, c'est que la grande majorité des gens n'aiment pas les méthodes barrière. Le goût, les sensations… Personne n'a jamais dit "Wow, quel goût génial, j'ai hâte d'en remettre un dans ma bouche" après avoir utilisé un préservatif parfumé."

Le fait que l'industrie pornographique américaine peine à prendre le virage n'aide pas. Bien que le sexe pour la caméra n'ait souvent rien à voir avec le sexe de la vraie vie, l'absence quasi-générale de préservatifs sur les tournages dessert vraisemblablement la lutte contre les IST. D'un autre côté, il faut bien comprendre que les acteurs peuvent se passer de protection rapprochée parce qu'ils sont soumis à une procédure très rigoureuse : chacun d'entre eux doit effectuer plusieurs analyses mensuelles et se maintenir en forme en toutes circonstances.

"L'industrie du divertissement pour adulte s'impose des protocoles de test stricts depuis 1998, l'année où il a été décidé que tous les performeurs actifs devaient fournir des analyses irréprochables 30 jours avant chaque tournage", rapporte Lynsey G dans son livre Watching Porn: And Other Confessions of an Adult Entertainment Journalist. Le temps passant, ce délai a été réduit à deux semaines pour cadrer avec le test VIH de référence de l'industrie, l'Aptima HIV-1 RN, qui détecte le virus dans le sang dès 14 jours après l'exposition. La plupart des procédures d'analyse pratiquées dans le X recherchent également les hépatites B et C, la trichomonase, la syphilis, les chlamydia et la gonorrhée.

Choisir de ne pas être plus prudent avec le sexe, c'est s'exposer volontairement à de plus grands risques d'infection. Galoper jusqu'à la chambre de votre coloc pour lui demander un préservatif, c'est chiant, d'accord. À vous de voir si vous préférez aller à la clinique pour vous faire racler la gorge et finir avec deux semaines d'antibiotiques, d'abstinence et de sobriété. Sans oublier le texto de l'enfer : "Au fait, j'ai des chlamydia." Motherboard est indulgent : ce que nous décrivons là est ce qui peut vous arriver de mieux si ça tourne mal.

Peut-être que vous n'avez pas du tout envie de lécher du latex. On peut comprendre. Mais dans ce cas, pensez à la Listerine. Croyez-le ou non, mais l'étude qui prête un effet anti-IST au bain de bouche repose sur des données fiables. "Utiliser un antiseptique pour réduire le risque n'est pas insensé, affirme Leone. Faut-il placer toute sa confiance dans cette méthode pour autant ? Non. La Listerine ne va pas vous débarrasser de tous les virus qui pourraient s'être installés dans votre gorge. Je recommanderais toujours aux gens exposés de se faire tester."

Les méthodes DIY auront toujours l'air séduisant. Pourtant, elle ne seront jamais aussi fiable que la contraception à barrière et les analyses. Restez prudent, restez couvert.

Cet article a été traduit depuis la version américaine de Tonic.