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Crime

Le pire ennemi de la Bosnie, c’est son propre gouvernement

Des révoltes sociales et des inondations ont permis aux Bosniens de s'unir contre un ennemi commun : leur propre gouvernement.
12.10.14
Photo par Eric Fernandez/VICE News

Regardez le documentaire de VICE News, 'After the Flood: War Remains in Bosnia.'

De 1992 à 1995, un conflit sanglant a englouti la Bosnie-Herzégovine.

Près de 100 000 personnes sont mortes et des dizaines de milliers de femmes ont été violées lors d'un conflit ethnique sans merci.

Afin d'apaiser les tensions ethniques, les accords de Dayton, qui ont mis fin à la guerre ont mis en place un gouvernement où le pouvoir est divisé entre les Bosniens musulmans (Bosniaques), les Croates et les Serbes. 20 ans plus tard, ce système, pensé pour être temporaire, est toujours en place.

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La Bosnie-Herzégovine d'aujourd'hui a un taux de chômage de 42% et un PIB parmi les plus faibles en Europe. Et à l'approche des élections de 2014, un désastre naturel et des manifestations se sont emparés du pays. Les Bosniens ont exprimé leur frustration face à la politique de leur pays.

« Tout le monde a terriblement échoué », nous confie Sumeja Tulic lors du tournage de notre documentaire « After The Flood: War Remains in Bosnia»,(documentaire en anglais). « Les gens en ont marre, tous les ans. À chaque fois qu'il y a des élections municipales, il n'y a personne pour qui voter. Cette fois-ci, vraiment, il n'y a personne en faveur de qui voter ».

Les accords de Dayton ont créé deux entités gouvernementales séparées : la fédération de Bosnie-Herzégovine, composée de Bosniaques et de Croates, et la « Republika Srpska », ou République serbe de Bosnie.

Chaque ethnie a son propre président et vice-président, son propre parlement, et un total de 145 municipalités. C'est un labyrinthe politique que les citoyens de Bosnie ne comprennent pas eux-mêmes, et qui gouverne le pays de façon catastrophique.

« Le système gouvernemental est propice à ce qu'on pourrait qualifier de corruption, mais c'est un problème vraiment systémique », explique Robert Donia, professeur honoraire à l'université du Michigan et auteur du livre Sarajevo : une biographie. « Il y a énormément de bureaucratie quand on veut monter une entreprise, ce qui rend les choses presque impossible. Les retraites sont si basses qu'elles ne peuvent subvenir aux besoins de quiconque ».

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En mai dernier, des inondations ont frappé violemment le pays, détruisant des infrastructures, tuant 60 personnes, et déplaçant des centaines de milliers de personnes. Au milieu de cette désolation, les restes de la guerre sont réapparus de façon complètement littérale : des morceaux de cadavre enterrés dans des fosses communes ont été déterrés quand l'eau s'est retirée.

« C'était comme du sel sur une blessure, une blessure qui n'avait jamais vraiment guéri », nous a dit Salim Bradaric quand on était à Jablanica. Salim Bradaric a appris par du bouche à oreille que les enquêteurs pensaient que ses trois frères, portés disparus pendant la guerre, étaient parmi les corps enterrés dans la fosse commune qui a refait surface pendant les inondations à Doboj.

Regardez le documentaire de VICE News, 'After the Flood: War Remains in Bosnia.'

En outre, les écoulements de terrain provoqués par la pluie et les inondations qui ont suivi on déplacé beaucoup des 120 000 mines anti personnelles laissées dans le pays à la fin de la guerre.

« En tant qu'expert, aujourd'hui je ne suis pas en mesure de vous dire où sont ces mines et jusqu'où elles ont pu aller », dit Nedzad Kukuruzovic, directeur du centre d'action anti-mine de Bosnie. Nedzad Kukuruzovic a servi comme officier dans l'armée pendant la guerre. Il lui est arrivé de planter des mines, ou de donner comme ordre à ses soldats d'en planter. Depuis la fin de la guerre, il travaille au déminage du pays.

Nedzad Kukuruzovic. Photo par Eric Fernandez/VICE News

Outraged Bosnians complained about the government's apparent inability to provide them with adequate relief services after the floods. But that provided a silver lining to the disaster — ethnic differences seemed to vanish.

Indignés, les Bosniens se plaignent de l'incapacité manifeste du gouvernement de mettre en place les services de secours adéquats aux inondations. Mais une lueur d'espoir est apparue au milieu de ce désastre : les différences ethniques semblent avoir disparu.

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« Beaucoup de choses ont changé », raconte Salim Bradaric. « Personne ne faisait attention à qui était Musulman, Croate ou Serbe, les gens sont juste venus en aide ».

Les inondations ont eu lieu quelques semaines seulement après des manifestations anti-gouvernementales, qu'on a brièvement qualifié de « Printemps des Balkans ». Ce mouvement social a été comme un présage de l'unité qu'a apporté la catastrophe naturelle. Les manifestations ont commencé près de la ville de Tuzla - la privatisation de quatre entreprises dans la région en a été l'élément déclencheur - avant de se transformer en un grand soulèvement national pour demander le changement de cette imposante structure politique.

Des bâtiments officiels ont été brûlés pendant les manifestations et la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour neutraliser les manifestants dans ce qui était la pire révolte que le pays a connu depuis la fin de la guerre.

« La différence majeure entre les manifestations de 2014 et les manifestations antérieures - comme celles survenues après la guerre - c'est que celle ci n'était pas teintée de conflit ethnique », explique à VICE News Sumeja Tulic, une militante de Sarajevo qui a pris part dans les manifestations. « On ne se demandait pas qui était l'organisateur, ou à quelle ethnie ils appartiennent. Les problèmes que les gens ont dans leur vie de tous les jours sont très similaires d'une ethnie à l'autre. Tout le monde est affecté de la même manière ».

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Ainsi, quelque soit leur ethnicité, les Bosniens sont unis dans leur aversion pour leur gouvernement. Que peut-on faire à présent ?

« Si vous posez la question à un Bosnien, il vous répondra que la communauté internationale doit intervenir », dit Robert Donia ; « si vous demandez à la communauté internationale, elle répondra que cela regarde les Bosniens ».

Pendant que nous tournions le documentaire, nous avons parlé à Valentin Inzko, le Haut représentant pour la Bosnie-Herzégovine en charge de mettre en place les accords de Dayton. Il nous a confié que ce dont les Bosniens ont véritablement besoin, c'est d'un système gouvernemental fonctionnel, pour remettre en route leur économie et se développer.

« Je pense qu'il a tout à fait raison », reprend Robert Donia. « Même si après tout, c'est son boulot d'arranger ça ».

Regardez le documentaire de VICE News, 'After the Flood: War Remains in Bosnia.'

Suivez Eric Fernandez sur Twitter: @wakeupitsfern