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Les chats responsables de l'une des pires extinctions animales

L'Australie est le théâtre de la pire extinction de mammifères de ces deux derniers siècles. Le gouvernement a déclaré la "guerre" aux chats sauvages qui sont les premiers responsables.

par Scott Mitchell
28 Avril 2015, 3:30pm

Photo par Kunal Mukherje via Flickr

Les fonctionnaires australiens se battent pour protéger la biodiversité en danger. Leur cible est pour le moins inattendue : des hordes de chats sauvages qui se comptent par millions sur le continent. Il est devenu clair que ce serait compliqué d'éliminer cette menace à un niveau national, alors ce mois-ci, un sommet d'experts et de responsables politique s'est réuni pour explorer la meilleure façon d'en tuer le plus possible.

Ces deux derniers siècles, l'Australie est le pays qui a le plus été témoin de l'extinction de mammifères. Au moins 29 espèces ont disparu depuis 1788, soit 10 pour cent des créatures au sang chaud qui peuplaient le continent quand il a été colonisé par les Européens. Parmi les créatures qui ont disparu pour de bon, on trouve le bandicoot du désert et le tigre de Tasmanie. Aujourd'hui, 21 pour cent des animaux indigènes d'Australie sont menacés où en danger, notamment le wombat à nez poilu et le chat marsupial du nord, selon une étude du journal Proceedings de l'académie nationale des sciences.

Le gouvernement australien estime qu'il y a environ 20 millions de chats sauvages en Australie. Le docteur Jim Radford, un défenseur de l'environnement du Bush Heritage Australia, a dit à VICE News que les chats sauvages représentaient « la plus grande menace » pour beaucoup d'espèces menacées d'Australie.

« Il n'y a presque aucune partie du continent qui est épargnée, » dit-il.

D'après le délégué aux espèces menacées Gregory Andrews, plus de cent espèces sont menacés par les chats sauvages.

« Chacun des chats sauvages mange entre trois et 20 animaux indigènes par jour. Ça peut faire 80 millions d'animaux indigènes par jour, » a-t-il confié à l'Australian Broadcasting Corporation.

Greg Hunt, le ministre de l'écologie australien a carrément déclaré la « guerre » aux chats sauvages, pour essayer d'enrayer la « perte d'espèces mammifères d'ici 2020 ». D'après le plan d'action du gouvernement pour les mammifères australiens, les chats sauvages sont la « menace la plus importante pour les mammifères terrestres toutes catégories confondues. »

« On se raconte des histoires si on pense qu'on peut les éradiquer, » explique Radford. « C'est difficile de les appâter et de les enfermer, parce qu'ils sont très timides, et les massacrer en leur tirant dessus est très compliqué, vous ne pouvez pas tirer sur autant de chats. »

« L'Australie est plus vulnérable à l'introduction de pesticides, parce que c'est une île depuis des millions d'années, » ajoute-t-il. « L'évolution de l'île est l'histoire d'un long isolement, et les espèces ici n'ont pas les moyens de survivre à ces pesticides. »

Une première esquisse du plan du gouvernement contre la menace posée par les chats sauvages, parue la semaine dernière, établit que les éradiquer « n'est pas faisable compte tenu des ressources et des techniques actuelles. »

Décider d'une stratégie pour cette nouvelle guerre contre cette menace nationale est au programme du sommet prévu plus tard dans le mois. John Woinarski, de l'université Charles Darwin, auteur du plan d'action pour les mammifères prévoit de s'y rendre.

« C'était surtout un problème caché, les gens ne savaient pas que les chats étaient si nuisibles, » dit Woinarski à VICE News.

Il n'y a jamais eu de tentative d'éradication des chats sur le continent australien, seules trois îles en ont été complètement débarrassées. Sur le continent, il n'y a eu que des programmes de contrôle de la population, qui ont été gérés à travers le pays par un tas d'ONG, de conseils locaux et d'agences gouvernementales.

À la question de savoir s'il était possible d'éradiquer complètement ces nuisibles, Woinarski a répondu « Ce ne sera pas possible dans la décennie qui vient. Il y a de l'espoir pour les décennies suivantes. »

Les chats se reproduisent à une telle vitesse que ni la technologie ni l'homme ne peuvent rien y faire.

Woinarski explique qu'il faudrait un « agent biologique », c'est-à-dire un virus de laboratoire, pour éradiquer les chats du pays. Il a décrit le développement de cette arme comme « l'espoir absolu » des défenseurs de l'environnement.

Pour l'instant, les appâts empoisonnés sont l'arme de choix pour contrôler la population. Le plus grand dispositif pour mettre en place cette méthode est l'utilisation d'avions qui dispersent les appâts à travers le vaste outback australien. L'avion peut lancer plus de 60 000 appâts dans des zones de plus de 1 000 kilomètres carrés.

Jusqu'à ce qu'une meilleure solution soit trouvée, les animaux en danger devront être maintenus en vie en étant isolés des vastes étendues du pays où les chats errent sans relâche.

« Le seul endroit où beaucoup d'espèces sont en sécurité, c'est derrière des barrières anti-chats, » dit Woinraski. « Ça coûte cher de construire ces barrières, et les zones protégées ne sont pas aussi vastes, mais c'est le seul mécanisme efficace. »

Les animaux de compagnie, dont certains se sauvent et d'autres sont abandonnés viennent s'ajouter à l'énorme population de chats sauvages. Le montant dépensé par l'Australie pour la protection de l'environnement s'élevait à 520 millions de dollars par an entre 2001 et 2008, d'après les études disponibles les plus fiables

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Photo via Flickr