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Crime

Amnesty International annonce avoir découvert de possibles fosses communes au Burundi

Un récent rapport d’Amnesty soupçonne les forces de sécurité burundaises d’avoir enterré les corps de rebelles suite à une attaque contre une base gouvernementale.
29.1.16
Photo de Goran Tomasevic

En se débarrassant de dizaines de corps dans des fosses communes, les forces de sécurité du Burundi auraient tenté de couvrir des meurtres soutenus par le gouvernement en décembre dernier. C'est la thèse avancée par un rapport publié ce jeudi par l'ONG Amnesty International. Ces accusations interviennent alors que s'ouvre le sommet annuel de l'Union Africaine, avec en toile de fond la menace persistante d'une crise grave au Burundi.

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D'après Amnesty International, les informations recueillies à travers des témoignages, des images satellites et des séquences vidéo indiquent que des dizaines de personnes ont été tuées par les forces de sécurité de ce pays d'Afrique de l'Est, suite à une attaque des forces rebelles survenue le 11 décembre dernier contre plusieurs bases militaires à Bujumbura, la capitale du pays. Dans les jours qui ont suivi ces attaques, les autorités auraient rassemblé les corps des rebelles pour les enterrer dans des fosses communes.

Des rumeurs avaient rapidement commencé à circuler à propos de l'existence de fosses communes suite aux violences de décembre. Ces violences avaient éclaté à l'aube le vendredi 11 décembre et avaient débouché sur des échanges de tirs entre les assaillants et les forces de sécurité jusque tard dans la nuit. Au cours de son enquête, Amnesty International indique avoir établi que tous les corps n'ont pas été envoyés aux quatre morgues principales de Bujumbura, comme cela était attendu. Plus tard, cette ONG a passé en revue des images satellite indiquant la possible présence de sépultures dans un terrain vague près de l'aéroport international, ainsi que sur d'autres sites suspects de la banlieue de Bujumbura.

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Ces corps ayant disparu, il a été difficile pour Amnesty et d'autres groupes de défense des droits de l'homme d'établir un bilan des victimes plus précis ou encore de déterminer comment ces gens ont été tués.

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Muthoni Wanyeki, la directrice régionale d'Amnesty en charge de l'Afrique de l'Est, de la corne de l'Afrique ainsi que de la région des Grands Lacs, a demandé une protection des lieux suspectés d'abriter des sépultures le temps que des investigations soient menées.

« Ces images suggèrent que les autorités ont fourni un effort délibéré pour couvrir l'ampleur des meurtres par les forces de sécurité, et pour éviter que toute la vérité ne sorte », a-t-elle déclaré. « Les familles ont besoin de savoir ce qui est arrivé à leurs proches, et de pouvoir les enterrer dans la dignité. »

Des centaines de personnes ont été tuées au Burundi depuis que le Président Pierre Nkurunziza a fait savoir qu'il briguerait un troisième mandat, une décision controversée qui se heurte à la constitution du pays et provoquent de fortes tensions depuis le mois d'avril 2015.

De jeunes manifestants et des membres de l'opposition sont descendus dans les rues suite à l'annonce du président au printemps dernier, des rassemblements qui ont rapidement laissé place à la violence sur fond de répression policière brutale et de conflit ouvert entre le gouvernement et l'opposition.

Pierre Nkurunziza, aujourd'hui âgé de 51 ans, est un ancien chef rebelle devenu président en 2005, suite à la guerre civile qui a divisé le Burundi pendant près de 10 ans. Il avait été réélu en 2010, lors d'une élection qui avait aussi été marquée par des épisodes de violence politique.

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La constitution du Burundi — adoptée dans la droite ligne des accords de paix d'Arusha qui avaient mis fin à la guerre civile — limite le nombre de mandats présidentiels à deux réélections. Toutefois, les partisans de Nkurunziza estiment que ce dernier est encore éligible car il avait été nommé une première fois par le Parlement burundais et non élu directement par le peuple.

La Cour constitutionnelle avait finalement tranché en faveur de Nkurunziza qui s'était présenté à nouveau avant de remporter les élections présidentielles en juillet dernier — ce qui n'a pas amélioré la situation qui s'est à nouveau tendue autour des violences politiques, des disparitions et des assassinats touchant les deux camps. Près de 240 000 personnes ont déjà fui le Burundi pour rejoindre des pays voisins comme le Rwanda et la Tanzanie.

La situation s'est rapidement dégradée à la fin de l'année 2015, attisant les craintes d'une nouvelle guerre au Burundi, surtout au lendemain des violences du 11 décembre. Suite à ces attaques, le Haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Zeid Ra'ad al-Hussein, avait spécifiquement prévenu que ce pays isolé était sur le point de plonger dans la guerre civile, appelant alors à une réponse forte et décisive de la communauté internationale.

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Plus tard en décembre denier, l'Union Africaine (UA) a esquissé une proposition d'envoyer quelque 5 000 soldats au Burundi, se basant sur une règle de cette Union qui lui permet de déployer un contingent dans un pays sans forcément disposer de l'accord de ce dernier. Le gouvernement burundais a déclaré qu'il n'y avait aucun besoin d'une mission de maintien de la paix sur son territoire, une position qu'il continue à défendre.

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Cette semaine, alors que les pays de l'UA se réunissent dans le cadre de leur 26e sommet annuel à Addis-Abeba (capitale de l'Éthiopie), la question de l'envoi de troupes au Burundi devrait être l'une des priorités de ce débat. Cet accent mis sur une éventuelle mission de maintien de la paix au Burundi fera suite à une visite du Conseil de Sécurité de l'ONU dans ce pays la semaine dernière, lors de laquelle les délégués n'ont pas réussi à faire accepter cette intervention à Pierre Nkurunziza.

Des responsables de l'UA ont indiqué à l'agence Reuters que plusieurs chefs de gouvernement allaient demander à Nkurunziza de faciliter l'avancée des plans de maintien de la paix. Au vu des précédents commentaires du président burundais qui n'allaient pas du tout dans ce sens, le responsable interrogé par Reuters ne serait pas optimiste concernant un éventuel changement d'avis de Pierre Nkurunziza.

« De toute façon, nous ne nous attendons pas à ce qu'il soutienne ce plan », a déclaré ce diplomate, ajoutant que l'UA pourrait imposer des sanctions en cas de refus.

Alors que le sommet de l'UA se poursuit, des groupes comme la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) ont appelé cette organisation à fournir une réponse ferme.

« Les signes de violences prochaines à travers tout le Burundi sont visibles », a déclaré Sheila Muwanga, la présidente de la FIDH, en citant des dérives spécifiques comme l'usage de la torture, des disparitions volontaires et des actes de violence sexuelle dans ce pays. « L'Union Africaine doit adopter une réponse forte face à cette crise, articulée autour de la protection des civils et le retour du dialogue politique. »

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Regardez notre documentaire Burundi : Silence, on tue


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