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coupe du monde 2018

La Coupe du Monde tue-t-elle la planète ?

On a étudié l'impact environnemental de la Coupe du Monde et franchement, c'est pas joli joli.

par Tom Usher
05 Juillet 2018, 3:55pm

Des supporters anglais avec leurs potes pingouins en Afrique du Sud. Photo : Splash News/Alamy Stock Photo

Cet article a été initialement publié sur VICE US.

Un match de Coupe du Monde, c'est une équipe de onze types qui court après un ballon pour le mettre dans un filet gardé par l’un de leurs onze adversaires, qui courent après le même ballon sur le même terrain. Il y a plusieurs matches, le tout est organisé dans le cadre d'une compétition internationale. Pendant une Coupe du Monde, l’Esprit du Ballon Rond est partout, il vit en chacun de nous, on chante à l'unisson « le jour de gloire est arrivé » et c’est beau. On est d'accord, le foot réchauffe les coeurs, mais ce qui est bon pour nous l'est-il pour la planète ? Philip Perstitch est spécialiste de l'empreinte carbone des entreprises, il travaille au sein de l'agence Carbon Trust et pour nous, il a analysé l'impact de la Coupe du Monde sur l'environnement. Selon lui, le foot a pas mal de choses à se reprocher.

Qui sont les coupables ?

Sur le banc des accusés, au premier rang, il y a le ballon rond. « Les ballons de foot altèrent la planète à chaque étape de leur vie, de la fabrication de matière première à l’usinage en passant par le transport du produit fini à travers le monde, sans parler du destin tragique des ballons usés,» explique Perstitch. « On aura beau dire que les adhésifs et les textiles proviennent de sources naturelles, il faut voir la vérité en face : la plupart des composants de nos ballons de foot sont à base de pétrole. »

Mais le ballon n'est pas un cas isolé, c'est tout l'équipement qui est mis en cause. Prenons les maillots. Les armadas de collégiens qui inondent nos rues tout de bleu vêtus font peut-être plus de mal à la planète que toute une flotte de pétroliers. Pour Perstitch, « Les tenues de sport actuelles sont pour la plupart en synthétiques légers, comme le polyester, et qui dit polyester, dit pétrole. L’extraction de pétrole, son raffinement et le recyclage des plastiques usagés produisent un très fort impact sur l’environnement. Ajoutez à cela l’énergie qu’on dépense dans la transformation du plastique en fibre, puis le tissage et la couture. Il faut ensuite teindre le produit, et qui dit teinture dit... teinture. Ah, j’oubliais : la chaîne de distribution, pas tout à fait légère en carbone. Un vêtement, on ne le fabrique qu’une fois, jusqu’ici on est d’accord ? Bon, mais ensuite, il faut bien le laver, une, deux, dix, cent fois. En d’autres termes, l’impact le plus lourd d’un maillot de foot sur la planète, c’est l’eau et l’électricité nécessaires à toutes ces lessives. »

On termine par le pire : le match. « Difficile d’établir le chiffre global de l’impact d’un match sur l’environnement,» explique Perstitch. « Parlons-nous d’un match de Ligue 2 en plein soleil, un samedi de canicule précoce ? D’un duel de titans sous des trombes d’eau en plein mois de janvier ? En tout cas, les supporters en déplacement sont sans doute responsables de l’essentiel de la charge écologique d’un match de foot. À moins bien sûr de faire Paris-Moscou à vélo. En 2013, on a mesuré l’empreinte carbone d’un stade du début à la fin d’un match : 60 tonnes de CO2. C’est beaucoup ? Peut-être, mais les supporters se défendent plutôt bien aussi avec leurs voyages à 5 000 tonnes par match. »

Toutes ces tonnes, ça nous chiffonne. La Coupe du Monde, cette grand-messe fédératrice censée pacifier la Terre entière, serait donc en train de la dévorer toute crue, tout ça à cause des supporters ? Perstitch, toujours au poste : « L’avion possède un énorme impact carbonique, l’un des plus forts au niveau individuel. Les dizaines de milliers de supporters qui fendent les airs en quête de frissons sportifs ne risquent pas de résoudre le problème. Cependant, ce n’est que la partie émergée d’un iceberg de tourisme mondialisé, responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre. Il serait injuste de faire d’une compétition internationale qui a lieu tous les quatre ans notre bouc émissaire. »

Peut-on aimer le foot ET la planète ?

Oui ! Perstitch propose d'ailleurs des petits trucs et astuces : « Le meilleur moyen de diminuer les ravages du foot, c’est de trouver d’autres supporters. On peut ainsi aller au match avec eux en bus ou en covoiturage, et réduire l’impact de chacun. Autre exemple : un pub qui diffuse le match, ou même une soirée foot, ça veut dire plus de gens pour moins d’écrans, et ça, c’est très bien ! Et la bière, me direz-vous ? L’empreinte carbone est moins élevée pour une pinte servie à la pression que pour une bouteille ou une cannette. Conclusion : plutôt que de jouer les ivrognes solitaires, allez vous bourrer la gueule au bar le plus proche ! »

Récapitulons : aller au bar avec les copains, s’enquiller mille bières et gueuler sur un écran qui n’a rien demandé, c’est bon pour la planète ? En route vers le Nobel d’Écologie !

Cet article a été édité pour s'adapter à un lectorat français.

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