Tout ce qu'il faut savoir sur le programme de François Fillon

Retour sur les principales propositions du candidat, ainsi que son équipe, son parti, sa marotte et sa pire idée de communication.

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20 Avril 2017, 10:25pm

REUTERS/Pascal Rossignol

François Fillon, 63 ans, est le candidat du parti Les Républicains, désigné à l'issue de la primaire de la droite et du centre. Fillon présente un programme ancré à droite, très libéral sur le plan économique et conservateur sur le plan sociétal. Sa carrière politique est assez linéaire : engagé au RPR dans les années 80, il poursuit sa carrière au sein du plus grand parti de droite (l'UMP, puis Les Républicains). Benjamin de l'Assemblée Nationale en 1981 (en tant que député de la Sarthe), il connaît une flopée de ministères sous les mandats de Jacques Chirac, notamment aux Affaires sociales, à l'Éducation et à l'Enseignement supérieur. Il est surtout connu pour avoir occupé le poste de Premier ministre de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012.

Depuis janvier 2017, et un article fracassant du Canard Enchaîné, sa campagne est bouleversée par de multiples affaires. Tout a commencé par des soupçons d'emplois fictifs à l'Assemblée nationale. Depuis, Fillon a été mis en examen pour détournement de fonds publics et recel d'abus de bien sociaux. Tout comme sa femme Pénélope, pour complicité des mêmes chefs d'accusation. Dans ce qu'on appelle le PenelopeGate, la femme de Fillon est soupçonnée d'avoir été rémunérée pour un travail fictif d'assistante parlementaire entre 1998 et 2012. Mais ça ne s'est pas arrêté là. À cette affaire se sont ajoutées de nombreuses autres. Le feuilleton a tenu en haleine l'opinion. Elle l'a choquée (et déçue) aussi, d'autant plus que Fillon se présentait comme le candidat de la probité politique. Sa stratégie de défense consiste à crier à la « machination », et débusquer ceux qui seraient « à l'origine ». Selon lui, François Hollande dirigerait un « cabinet noir » qui chercherait à le nuire. Par ailleurs, il pointe régulièrement du doigt les juges chargés d'enquêter sur lui et les journalistes auteurs des révélations.

TOP 5 DES PROPOSITIONS

  • Déchéance de nationalité. Fillon ne souhaite pas la constitutionnaliser, mais l'appliquer à tout Français parti combattre à l'étranger dans les rangs d'organisations terroristes.

  • Réécriture de la loi Taubira. Mais seulement sur l'adoption : sans effet rétroactif, l'adoption plénière sera réservée aux couples hétérosexuels.

  • Passage aux 39 heures. Fillon souhaite « lever le tabou » sur les 35 heures. Selon lui, la France doit travailler plus, dans les secteurs public et privé.

  • Suppression de l'Impôt Sur la Fortune (ISF). Effective dès 2018, « pour garder des capitaux qui seront investis dans des entreprises françaises et créeront des emplois. »

  • Réduction des fonctionnaires. 500 000 suppressions sur cinq ans, ce qui équivaut à remplacer un départ d'agents publics sur deux.

SA MAROTTE

Les voitures. Grand fan des 24 heures du Mans (sa ville natale), Fillon a une obsession pour les autos. Il se plaît même à filer la métaphore du sport automobile en politique, comme après sa victoire à la primaire de la droite et du centre, où il évoque la victoire inattendue de Jacky Ickx en 1969, parti dernier... et arrivé premier aux 24 heures du Mans. Il y a deux ans, l'ancien Premier ministre était même l'invité de Top Gear (France), l'émission de référence pour les fans de voitures. Ses préférées ? La Jaguar Type-E et la Ferrari 250 GTO. Deux modèles à l'ancienne.

SON PROGRAMME

Société

Au coeur du programme de Fillon : la famille. Les socialistes, qu'il évoque à de multiples reprises, l'auraient « remise en cause ». Ses solutions pour la réhabiliter ? Réduire les impôts payés par les familles, suspendre les allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire ou de « comportements non conformes aux valeurs fondamentales de la République ». Mais aussi strictement interdire la PMA et la GPA. Fillon est soutenu par le groupe catholique Sens Commun, lié à la Manif pour Tous en 2013. Le candidat de droite met en avant sa religion : « Je suis gaulliste et chrétien ». Un positionnement vu comme une atteinte à la laïcité par certains.

Benoît Hamon avait le revenu universel, François Fillon a l'allocation unique. Le RSA, l'allocation spécifique de solidarité, la prime d'activité, ainsi que l'allocation logement seraient regroupées en une seule allocation. Mais que font ceux qui touchent cette allocation ? C'est une des marottes de Fillon, qui souhaite s'assurer que tout bénéficiaire de l'allocation unique s'engage à se former et à rechercher un emploi. En cas « d'efforts insuffisants », l'allocation sera diminuée, puis suspendue en cas de récidive. Chaque refus d'emploi sera « obligatoirement » motivé. Un deuxième refus insuffisamment « motivé » sera sanctionné. Sans préciser ce qu'est un refus « motivé » ou non.

Économie

En matière d'économie, Fillon croit en l'ultra-libéralisme. En novembre 2016, il ne rejetait pas l'héritage de la politique de Thatcher en Angleterre, et confiait même une certaine admiration pour celle qui a dirigé la Grande-Bretagne de 1979 à 1990. Ce qui lui a valu un photomontage osé en une de Libération. Sa politique consiste donc à brimer l'interventionnisme de l'État et donner plus de pouvoir aux entreprises. Pour cela, Fillon souhaite réduire leurs charges sociales et leurs impôts de 35 milliards d'euros. Le travail indépendant sera encouragé. Fillon le gratifiera d'un statut de prestataire, valable trois ans, et réformera le RSI (Régime social des indépendants). Enfin, l'âge de départ à la retraite sera fixé à 65 ans, soit le départ le plus tardif proposé par tous les candidats.

International

Sur la scène internationale, l'ancien Premier ministre estime qu'il faut « dialoguer avec tout le monde ». Y compris Vladimir Poutine, avec lequel il entretien de « bonnes relations ». Voire très bonnes, puisque selon le Canard Enchaîné, il lui servirait même d'intermédiaire pour du business. Dans le conflit syrien, il considère que l'éviction de Bachar Al-Assad passe par la dialogue avec Moscou.

Pour limiter l'immigration, Fillon souhaite mettre en place un « plafond » : des quotas fixés par la loi, appliqués en fonction des capacités d'accueil de la France. Les prestations sociales restent une hantise pour Fillon, surtout pour les migrants. Le candidat ne souhaite verser d'allocations familiales ou d'aides au logement qu'à ceux qui résident en France depuis plus de 2 ans.

Éducation

Fillon croit à l'apprentissage : il souhaite le généraliser dans les lycées professionnels. Pour faciliter l'embauche de jeunes en apprentissage, les entreprises souhaitant les recruter seront exonérées de charges. Il souhaite notamment la création d'une filière d'excellence à l'université. Les élèves du primaire et les collégiens connaîtront les joies de l'uniforme. Fillon défend aussi l'enseignement du « roman national », qui vise à privilégier l'apprentissage des évènements fondateurs de l'histoire de France, quitte à occulter l'histoire d'autres pays ou communautés, ou atténuer le rôle négatif qu'aurait pu jouer l'État français dans certains évènements historiques (notamment la colonisation).

Sécurité

Tout au long de son programme, François Fillon ne cesse de s'en prendre au gouvernement Hollande. Il reprend l'argumentaire de l'opposition pendant cinq ans, qui dénonce le « laxisme » de la loi Taubira. Un milliard d'euros sera investi dans la modernisation (technologie, locaux vétustes véhicules, nouveaux commissariats) des équipements des forces de l'ordre. Par ailleurs, Fillon recrutera 5 000 policiers. Il en sortira 5 000 autres des bureaux pour les lancer sur le terrain. Cette police sera plus armée, et aidée de caméras de vidéo-protection.

Avec Fillon, la justice sera plus dure. Il cible les « petits délits » : l'amende sera systématique en cas de contravention, fraude des transports en commun ou usage de stupéfiants. Puisque les détenus augmenteront, Fillon créera 16 000 places de prison supplémentaires. D'autres mesures de durcissement sont prévues : le rétablissement des peines planchers, des peines minimales et l'autorisation de la libération conditionnelle qu'aux trois quarts de l'exécution de la peine.

SON PARTI

Comme Benoît Hamon à gauche, il est sorti vainqueur d'une primaire dans la position de l'outsider, les sondages et les médias donnant Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy vainqueurs. Aujourd'hui dans la tourmente, François Fillon crispe à droite. À tel point que certains membres du parti lui ont demandé de retirer sa candidature, où se sont désolidarisé de sa campagne. En cause, son retournement de veste : le candidat avait promis d'abandonner la course à la présidentielle s'il était mis en examen. Ce qu'il n'a toujours pas fait. Insupportable pour certains élus, notamment Bruno Le Maire. Un comité politique a même été réuni le 6 mars pour « évaluer la situation » en interne. Finalement, décision a été prise de poursuivre la campagne, non sans remous.

SON ÉQUIPE

Après les désistements en cascade, elle a forcément dû être reconstituée. Restent tout de même quelques figures majeures de la droite comme Éric Ciotti, Jean-Pierre Raffarin (en remplacement de Bruno Le Maire), Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore Luc Chatel. Mais c'est un sarkozyste de la première heure qui est pressenti à Matignon en cas de victoire de Fillon : François Baroin. Au fil de la campagne, d'autres personnalités se sont révélées. Bruno Retailleau, par exemple. Dans un excès d'enthousiasme, le directeur de campagne avait affirmé que 200 000 personnes s'étaient rassemblées lors du meeting sur la place du Trocadéro. Elle ne peut en contenir que 45 000. Une autre membre de l'équipe Fillon, Valérie Boyer, avait créé la polémique en s'affichant ostensiblement avec une croix à la télévision. L'équipe de campagne de Fillon reste encore en chantier. L'organigramme avait même disparu de son site internet.

SA PIRE IDÉE DE COM'

Le 5 mars dernier, François Fillon est sous pression. Invité au 20 heures de France 2, il doit s'expliquer sur les soupçons d'emplois fictifs qui pèsent sur lui et son épouse. L'ancien Premier ministre le martèle : il est conscient des problèmes autour de sa candidature. Mais pour l'illustrer, il utilise à trois reprises la malheureuse formule « Je ne suis pas autiste ». Colère des associations de handicap : SOS Autisme France saisit le CSA, tandis que Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, dénonce sur Twitter une « faute lourde ». Pas de réaction, en revanche, de l'association de soutien aux familles autistes « Asperger Aide France », dont la marraine n'est autre que... Pénélope Fillon.


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