Les problèmes de Justin Trudeau en vue des élections – édition sans SNC-Lavalin

Les libéraux devront surmonter de nombreux obstacles, de Huawei à l’Arabie saoudite.
6.3.19
Les problèmes de Justin Trudeau en vue des élections – édition sans SNC-Lavalin
Photo La Presse canadienne

L’article original a été publié sur VICE Canada.

L’affaire SNC-Lavalin a mis le gouvernement fédéral sens dessus dessous, avec démissions de membres influents du cabinet du premier ministre ainsi que de son secrétaire principal et des appels à la démission de Justin Trudeau. Mais elle s’ajoute à une liste déjà longue de dossiers qui vont plomber les libéraux à l’approche d’élections qui s’annoncent difficiles.

Huawei

La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères de la Chine a profité des accusations d’ingérence politique pour remettre en question l’indépendance du système de justice canadien.

Justin Trudeau a affirmé à plusieurs reprises que son gouvernement n’avait rien à voir avec l’arrestation de la vice-présidente de Huawei, Meng Wanzhou, à l’aéroport de Vancouver en décembre et qu’il ne pouvait pas intervenir dans cette affaire, parce que le Canada « respecte l’indépendance » du système judiciaire. Mme Meng avait été arrêtée à la demande des autorités américaines, qui exigent son extradition aux États-Unis, où elle est accusée de conspiration en vue d’enfreindre des sanctions contre l’Iran. Elle a été libérée sous caution en attendant que le processus d’extradition soit mené à son terme, ce qui pourrait prendre des années.

Les relations entre la Chine et le Canada, déjà tendues à cause de cette affaire, se sont ensuite détériorées davantage parce que des Canadiens ont été arrêtés en Chine, ce qui a toutes les apparences de représailles. Un Canadien, notamment, a été condamné à mort pour trafic de drogue après avoir porté en appel un jugement précédent, qui le condamnait à 15 ans de prison.

L’ambassade chinoise avait précédemment dit que les accusations contre Mme Meng « n’étaient pas une affaire judiciaire, mais politique, contre une compagnie chinoise du secteur de la haute technologie ». Quand un journaliste d’un organe de presse du gouvernement chinois à Beijing a demandé si Justin Trudeau s’était contredit en affirmant que son gouvernement ne pouvait pas intervenir dans ce dossier, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Lu Kang, l’a félicité pour sa question.

« Maintenant, en fait, non seulement les citoyens chinois et canadiens, mais le monde entier a extrêmement envie de savoir comment le gouvernement canadien va répondre », a-t-il dit.

L’escalade s’est poursuivie dimanche : des avocats de Mme Meng ont entamé des poursuites contre le gouvernement du Canada, l’Agence canadienne des services frontaliers et la Gendarmerie royale canadienne, alléguant que son arrestation a violé des obligations constitutionnelles.

La vente d’armement militaire à l’Arabie saoudite

Le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite a déclaré lundi qu’il s’attend à ce que le Canada honore le contrat de vente d’armement militaire d’une valeur de 15 milliards de dollars conclu par les conservateurs, comprenant des véhicules blindés légers, même si Justin Trudeau avait affirmé en décembre que son gouvernement cherchait à s’en libérer. Un porte-parole de Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères, a dit à des journalistes mardi qu’« aucune décision définitive n’avait été prise » et qu’une réévaluation du contrat était en cours.

Beaucoup sont en faveur d’une annulation du contrat par le gouvernement du Canada, suivant des décisions semblables prises par d’autres pays, comme l’Allemagne et la Suède, en raison de violations des droits de la personne et de la probabilité que les véhicules blindés légers soient utilisés contre des civils saoudiens. Les appels à l’annulation du contrat par des professeurs d’université et des activistes se sont multipliés après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi l’an dernier et les massacres au Yémen.

Les tensions entre le Canada et l’Arabie saoudite se sont intensifiées après que l’ambassade du Canada à Riyad a publié un tweet rédigé en arabe demandant la libération de militants des droits de la personne détenus dans des prisons saoudiennes. Le royaume a réagi en suspendant les échanges commerciaux avec le Canada, en expulsant l’ambassadeur canadien et en exigeant des excuses.

« Le gouvernement en est clairement rendu au point où ses employés et ses conseillers les plus pragmatiques doivent être convaincus que ça entache trop la réputation du Canada », a déclaré au Guardian Mark Kersten, directeur adjoint de la fondation Wayamo, un groupe d’influence international sans but lucratif basé en Allemagne. « Mais on doit faire preuve d’un certain degré de scepticisme sain. On a vu ça avant avec le gouvernement Trudeau : il dit une chose et il ne fait rien ou il fait exactement le contraire. »

Le vice-amiral Mark Norman

Mark Norman, l’ex-vice-chef d’état-major de la Défense, est accusé d’abus de confiance. Il aurait divulgué des secrets gouvernementaux en rapport avec un contrat de construction navale de 668 millions de dollars.

Au cœur de la tempête déclenchée par les allégations d’ingérence politique du cabinet du premier ministre rapportées par le Globe and Mail, l’équipe d’avocats qui assure la défense de Mark Norman a demandé que tout le contenu des comptes rendus des rencontres entre les avocats du gouvernement représentant le Bureau du Conseil privé (BCP) et les procureurs de la couronne, actuellement caviardé, soit intégralement divulgué.

« Le BCP soutient le premier ministre. Il exécute ce que le cabinet du premier ministre veut. Il le fait au nom du cabinet du premier ministre », a déclaré devant la cour Christine Mainville, avocate de Mark Norman, en février.

« Tant pis pour l’indépendance du [Service des poursuites pénales du Canada] », a répondu la juge Heather Perkins-McVey.

« Contrairement au cas de SNC-Lavalin, il y a une personne bien réelle qui subit un procès dans ce cas-ci », a ensuite déclaré l’avocate devant les journalistes. « Ce serait particulièrement grave si, en effet, il y avait de l’ingérence politique dans cette affaire. »

La directrice du Service des poursuites pénales du Canada, Kathleen Roussel, a répondu à ces accusations d’ingérence que le service « n’avait pas cherché ni reçu de consignes » d’une autre agence gouvernementale dans ce dossier.

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Mardi, un deuxième fonctionnaire accusé d’avoir divulgué des secrets gouvernementaux, dans le cadre de la même enquête de la GRC, a plaidé non coupable.

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