« You », la série Netflix qui te fait aimer les psychopathes​
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Culture

« You », la série Netflix qui te fait aimer les psychopathes

Elle me fait réévaluer toutes mes relations interpersonnelles.

ATTENTION ***SPOILERS***. Ne pas lire cet article si vous n’avez pas déjà bingé You comme si votre vie en dépendait. Sinon je vais tout gâcher.

La série You est pleine de défauts, mais je l’ai aimée quand même. You aurait pu être ennuyante à mourir : ç’aurait pu être une version de dix épisodes d’ Un tueur si proche avec un lustre de Gossip Girl. Mais on va ailleurs. On joue un peu avec notre tête pour nous faire renier notre sens commun, le temps d’aimer le psychopathe Joe Goldberg.

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C’est ce qui m’a gardée en haleine, et c’est une des forces du show.

Bien évidemment, aucune personne saine d’esprit ne souhaiterait vraiment le triomphe d’un homme abusif, obsessif et surtout meurtrier en série. Mais ici, le récit est ficelé de sorte qu’on en vient à sympathiser avec un psychopathe, et qu’on passe dix épisodes à se demander si Joe va finalement trouver en Beck la femme de sa vie, et arriver à l’aimer sainement.

Joe Goldberg est un monstre, certes. Mais il y a une panoplie de facteurs atténuants, qui le rendent attachant. C’est un orphelin qui a été maltraité, enfermé dans une cage de verre par son père adoptif. Il a été trompé par Candace, donc on pourrait penser que sa jalousie est plus facilement déclenchée dans ses autres relations. Et quand il a des doutes sur la fidélité de Beck, il se trouve qu’il a raison. Joe est un animal blessé. On souhaite sa rédemption.

Joe

Joe Goldberg. Photo fournie par Netflix

Et puis, il est charmant. Il s’occupe du mieux qu’il peut de son jeune voisin Paco, pris dans un contexte de violence conjugale. Il veut le bien de Beck. Il lui fait à manger, lui prépare un party-surprise pour son anniversaire, l’encourage à écrire, à faire face à ses daddy issues, et veut la couper de ses relations toxiques. Même qu’on le voit essayer de changer et de faire confiance à Beck.

Et d’une certaine manière, il n’est pas si loin d’un humain ordinaire. Certaines facettes de son stalkage rejoignent ce que les communs des mortels font : scruter les activités de son kick sur les réseaux sociaux, apprendre le nom de ses amis, essayer de voir quels sont ses champs d’intérêt, ou essayer de forcer le destin en étant au bon endroit au bon moment.

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Le problème avec Joe, c’est qu’il va trop loin, il exagère en ne respectant aucunement l’indépendance ou l’intimité de Beck. Et surtout, évidemment, c’est un meurtrier.

Ce n’est pas seulement Beck qui tombe dans le piège. Nous aussi. On en vient comme spectateur à lui trouver des excuses, de la même manière qu’une personne va trouver des excuses à son partenaire abusif.

Un show qui dit de se méfier

You a peut-être l’air de glorifier un abuseur, mais je trouve plutôt que la série veut amener le spectateur à changer sa perspective par rapport à ses relations interpersonnelles, et, en tant que femme, à repérer les red flags.

Si on se donne la peine de sortir de la tête de Joe, tout est là. Les abus prennent toutes sortes de formes.

Il y a la violence conjugale, dont est victime la voisine de Joe. Il y a le chantage sexuel du patron et professeur de Beck et de l’éditeur qui n’en a rien à faire de son script. Il y a la manipulation et l’obsession de Peach, qui veut réaffirmer son contrôle sur Beck en tentant d’affaiblir sa carrière, de l’isoler de son chum et même de l’isoler à Paris.

Et puis, dans une autre mesure, on peut aussi compter l’abandon de Beck par son père, un ancien addict qui a préféré refaire sa vie loin de sa fille; le manque de considération blessant de Benji; et même les amies de Beck qui ne sont pas à l’écoute de ses besoins, qui la poussent à vivre au-dessus de ses moyens et qui rient de ses poèmes dans son dos.

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Beck. Photo fournie par Netflix

Même lorsque Beck va chercher de l’aide auprès d’un psy, celui-ci profite de sa vulnérabilité pour coucher avec elle.

Beck est seule. Elle essaie d’évoluer, mais tout son entourage est toxique. Elle arrive à faire face à plusieurs situations problématiques et à y mettre un terme, mais dans sa confusion, elle ne voit pas tous les signaux d’alarme qui s’affichent. Pourtant, elle sait que Joe est allé jusqu’à la suivre dans la rue, elle sait qu’il a exigé de voir son téléphone. Elle le sent, au fond d’elle, qu’elle est coincée quand elle est avec lui.

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La seule qui s’en sort indemne, c’est Karen, qui entretient brièvement une relation amoureuse avec Joe entre deux épisodes de Beck. Et qu’est-ce qu’elle fait, une fois que Joe la laisse? Elle n’insiste pas. Elle reconnaît en lui un menteur, un manipulateur infidèle, et elle sacre son camp. Elle a compris qu’il avait malmené Candace, et prend même la peine d’avertir Beck.

On peut regarder la série, et en venir à réévaluer ses propres relations. À l’apparition d’un red flag, tu ne trouves pas d’excuses à ton partenaire. You run away, girl.

En tous cas j’ai tellement hâte à la saison 2.

Justine de l'Église est sur Twitter.