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Photos par@shmulikhta
Football

La vie de l'ancien Diablotin Marvin Peersman en Israël

On a discuté avec le joueur de foot anversois, en passant par des alertes à la bombe aux jambes brisées et à l’incroyable talent de Kevin De Bruyne.
18 décembre 2018, 10:50am

Dans la rubrique Athlètes VICE met à l’honneur des sportifs qui brillent aussi bien sur le terrain qu’à côté.

L’hiver dernier, après avoir joué une saison pour le club de Waasland-Beveren, deux pour le compte du Royal Antwerp et quatre au Pays-Bas, Marvin Peersman a déménagé en Israël pour y rejoindre le Hapoel Tel Aviv Football Club. Par téléphone, Marvin nous confie avoir eu des doutes avant d’accepter la proposition, notamment face à tout ce qui nous est continuellement dévoilé dans l’actualité. Mais toute personne qui s’y était rendue me certifiait que c’était une ville charmante où le soleil brillait en permanence. “J’ai donc décidé de sauter le pas. Et oui, parfois des missiles passent par-dessus la frontière, comme c’était encore le cas il y a une semaine. On peut alors les voir exploser dans le ciel lorsqu’ils heurtent le bouclier mis en place. Un ami a filmé la scène. On a l’impression de voir un feu d’artifice.”

Sur le plan sportif, le transfert exotique s’avère également être un franc succès. Faisant partie des quatre joueurs étrangers de l’équipe, Marvin est considéré comme une valeur sure à l’arrière du terrain. La saison dernière, lui et son équipe ont par ailleurs remporté la Coupe de la Ligue israélienne. Tout comme Radja Naingolan, Marvin a fait ses premières passes sur les petites places de la rive gauche d’Anvers. “J’étais un de ces enfants qui ne quittait pas son ballon d’une semelle. Il n’y avait rien d’autre à faire, jouer dehors était notre seule option. Nous ne rentrions d’ailleurs à la maison que quand il faisait noir. Tout le voisinage rêvait d’une carrière de footballeur professionnel, moi y compris. J’étais loin de m’imaginer que ce rêve se réaliserait un jour. Ce sont les meilleurs moments pour un joueur de football : tu joues, tu fais ton truc, juste pour le plaisir du jeu.”

VICE : Meilleurs que de jouer face à quinze mille joueurs déchainés, comme c’était le cas lorsque tu jouais avec Antwerp ?
Marvin : Comme lors des rencontres avec Beerschot par exemple ? Pour moi, il ne s’agissait que d’un match d’essai à l’époque. Les supporters y sont vraiment perturbés. Malheureusement, le club devait faire face à des problèmes financiers lorsque j’y étais : il arrivait que nous ne recevions aucun salaire trois mois de suite. Enfin, deux mois et demi, on avait alors droit à un acompte de mille euros car si on ne nous paie pas durant trois mois, on est considéré comme étant un joueur libre. C’est un excellent club avec beaucoup de potentiel, mais de par leurs pratiques j’en garde des souvenirs mitigés.

Tu as débuté dans ton jardin pour ainsi dire, en rejoignant le club de l’époque Sint-Anneke Sport, et voilà qu’aujourd’hui tu résides à Tel Aviv. Le changement doit être considérable.
En effet. J’ai vraiment eu du mal au début. On atterrit dans une autre culture, sans parler la langue locale. Je me souviens qu’au bout de deux mois, on m’annonçait le commencement d’une fête annuelle. Ce qu’on avait omis de me dire, c’est que les festivités allaient durer quinze jours et qu’il nous était interdit de consommer des féculents durant cette période. Pas de pain, pas de pâtes, rien. C’était une première pour moi de passer deux semaines sans manger la moindre tranche de pain. Mais on apprend à s’adapter. Comme c’est le cas pour le sabbat. Celui-ci débute le vendredi à 16 h. Tous les magasins ferment alors leurs portes jusqu’au samedi soir, 21 h. J’avais tendance à l’oublier les premières semaines, je n’avais donc rien à manger, mais j’ai retenu la leçon depuis et aujourd’hui je fais mes courses à temps, ha ! ha !

Je me suis arrêté près de quelques coéquipiers qui m’ont alors informé de la présence d’une bombe dans le bus. Ça n’avait pas l’air de les inquiéter plus que ça.

Israël n’est pas toujours réputé pour être un lieu sûr. As-tu déjà été témoin d’incidents ?
Oui, une fois. Je me rendais à l’entrainement et je passais devant l’arrêt de bus en bas de notre immeuble. Un bus y était à l’arrêt et un véhicule de police bloquait la route. Je me suis arrêté près de quelques coéquipiers qui m’ont alors informé de l’éventuelle présence d’une bombe dans le bus. Ils n’avaient pas l’air inquiets. Ils étaient extrêmement calmes et observaient la scène à seulement une centaine de mètres. Je leur ai demandé s’il ne fallait pas quitter les lieux, mais ils ont répondu qu’ils comptaient rester là, sur place. Je me suis tout de même éloigné, j’ai préféré attendre dans ma voiture le temps que la police fasse son travail, ha ! ha ! Finalement, il s’agissait d’une fausse alerte, à laquelle les Israéliens semblent tout à fait habitués.

On entend aussi parler de l’intolérance des Israéliens face aux migrants, mais je dois dire que je n’ai rien vécu de la sorte. Les gens nous regardent, mais ça s’arrête là. Je n’ai pas encore été confronté au racisme. Le fait que je joue au football y est peut-être pour quelque chose. Il arrive qu’on me prenne pour un joueur de basket, mais de taille moyenne alors.

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Pourquoi avoir quitté les Pays-Bas pour Israël ?
J’avais encore un contrat pour une saison auprès du Cambuur Leeuwarden, mais j’avais d’ores et déjà pris la décision de ne pas m’éterniser. Six ans au Pays-Bas m’ont suffi, il était temps de découvrir de nouveaux horizons. Au mois de janvier, Hapoel m’a fait part de son intérêt à mon égard et les équipes sont rapidement parvenues à un accord. De par ce fait, je n’ai pas eu l’occasion de dire au revoir au club ainsi qu’aux supporters comme je l’aurais souhaité. J’aurais aimé jouer un dernier match à domicile, mais je n’en ai pas eu l’occasion.

La rétrogradation est difficile à vivre. On devrait pouvoir faire la part des choses mais on n’y arrive pas. Le fait de ne pas avoir d’enfant ni de femme dans ma vie rendait les choses encore plus difficiles à supporter.

Tu as joué six ans aux Pays-Bas, d’abord pour Dordrecht et ensuite pour Cambuur. Tu as été promu une fois à la première division mais tu as également été rétrogradé à deux reprises. Quel regard as-tu sur cette période de ta vie ?
Je suis satisfait de mes choix, ce sont eux qui ont fait que j’en suis là aujourd’hui. J’aurais bien entendu aimé éviter la rétrogradation à deux reprises, c’est très dur à vivre. On devrait pouvoir faire la part des choses, mais on n’y arrive pas. Le fait de ne pas avoir d’enfant ni de femme dans ma vie rendait les choses encore plus difficiles à supporter. Les enfants nous distraient. Avec eux, on apprend à lâcher prise, à se détacher de ce qui se passe sur le terrain. On ne peut qu’apprendre de nos erreurs, elles font partie du passé.

En parlant d’erreurs, de fautes, … Les journaux néerlandais ont tendance à te coller une étiquette de ‘briseur de jambes’. Est-ce justifié ?
Non, pas tout à fait, mais je suis en partie responsable de cette réputation. Certaines fautes commises étaient tout simplement stupides, je ne le sais que trop bien. Sur le terrain, nos émotions prennent le dessus et il nous arrive de foncer tête baissée. Mon image en a pris un coup, les gens se faisaient une fausse opinion de moi et on ne peut malheureusement pas y faire grand-chose. J’ai appris de mes erreurs, comme j’essaie de le faire à chaque fois pour éviter de commettre les mêmes à l’avenir.

J’ai eu un vrai déclic lors d’une altercation pendant un entrainement. J’ai alors pris conscience de mes sentiments avant de foncer sur mon adversaire. Depuis, je m’oblige à compter jusque dix avant de céder à mes pulsions. Il suffit juste de compter jusque 10 pour que l’envie disparaisse.

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As-tu réussi à contenir ces émotions lorsque tu faisais partie de l’équipe nationale U19 belge avec, entre autres, Kevin De Bruyne, Koen Casteels et Christian Kabasele ?
Oui, bien entendu, j’étais très honoré de pouvoir jouer avec les meilleurs joueurs du moment. Le potentiel de Kevin était une évidence ; juste à le regarder jouer on savait qu’il allait faire de grandes choses. Il anticipe toujours les actions de l’adversaire, il a deux pas d’avance sur tout le monde. Je me souviens des qualifications pour le Championnat d’Europe contre San Marino. Kevin avait pris possession de la balle au beau milieu du terrain, il s’est retourné et a marqué sans broncher. C’est là qu’on a pu se rendre compte de la grandeur de son talent.

Tu en as fait du chemin depuis, en passant par différents clubs de renom. Comptes-tu rester à Tel Aviv ?
Ça reste à voir. J’habite seul pour le moment, mais il est fort probable que ma copine vienne me rejoindre après les fêtes, ce serait vraiment chouette. Il se pourrait que je marque mon accord sur une éventuelle prolongation de contrat à la fin de la saison prochaine, tout comme je pourrais me rendre dans un autre pays si une opportunité se présente à moi. Je suis ouvert à toutes les propositions. Toutefois, finir ma carrière aux Pays-Bas ou en Belgique, dans un club tel que le Royal Antwerp, serait une belle manière de boucler mon parcours.

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