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Le maire de Montréal rejette l’idée du CV anonyme pour combattre la discrimination

Pour l’instant, mieux vaut s’appeler Tremblay ou Bélanger que Sanchez ou Ben Saïd.
20.6.17

Le maire de Berlin, Michael Müller,a défendu l'idée du CV anonyme lors d'une conférence à l'Université McGill cette semaine. En Allemagne, cette technique a été instaurée en 2010 afin d'éviter la discrimination des citoyens d'origine turque. L'idée n'enchante cependant pas le maire de Montréal, Denis Coderre.

Évidemment, cette technique ne permet pas d'enrayer la discrimination qui peut survenir pendant l'entrevue, mais le CV serait le premier vecteur de préjugés (conscients ou pas) dans un processus de recrutement. Ainsi, fournir un CV anonyme en masquant les informations d'état civil (nom, sexe, âge, origine, situation familiale, lieu de résidence) serait une solution pour améliorer les chances de candidats à compétences égales généralement discriminés.

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« À profil et à qualifications égales, un Tremblay ou un Bélanger a au moins 60 % plus de chances d'être invité à un entretien d'embauche qu'un Sanchez, un Ben Saïd ou un Traoré. »

Questionné par le journal Métro, Denis Coderre a répondu qu'il n'envisageait pas de s'inspirer du modèle berlinois pour l'administration municipale. « Moi je trouve que c'est un problème d'être obligé de faire ça pour avoir une job, a dit Coderre. Il y a d'autres choses qu'on doit prendre en considération. Je ne suis pas sûr que ce soit la solution. »

Au Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a reçu 120 plaintes de discriminations liées à l'embauche en 2014-2015. Cela représente plus du quart (27 %) de toutes les plaintes concernant le secteur du travail. Selon une étude de 2012 de la CDPDJ, « à profil et à qualifications égales, un Tremblay ou un Bélanger a au moins 60 % plus de chances d'être invité à un entretien d'embauche qu'un Sanchez, un Ben Saïd ou un Traoré, et qu'environ une fois sur trois (35 %), ces derniers risquent d'avoir été ignorés par l'employeur sur une base discriminatoire. »

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, avait suggéré d'instaurer le CV anonyme au Québec en février dernier. Le gouvernement Couillard ne l'envisage pas se pencher sur la question pour l'instant, comme l'a souligné le cabinet de la ministre du Travail, Dominique Vien au journal Métro.

Depuis la fin du mois d'avril, le gouvernement canadien a mis le processus de CV anonyme à l'essai dans six ministères, dont la Défense nationale et le Secrétariat du Conseil du Trésor.

« Le nom d'une personne ne devrait jamais constituer un obstacle à l'emploi », avait alors déclaré le président du Conseil du Trésor, Scott Brison.

En Grande-Bretagne, le traitement anonyme des candidatures a été mis en place dans le secteur public au niveau national et local en 2015.

En France, une loi instaurée en 2006 rendait le CV anonyme obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés. Néanmoins, le parlement a abrogé la loi en 2015 et la mesure n'a jamais été appliquée. Le caractère obligatoire a été jugé « inefficace » et « coûteux », selon les conclusions d'un rapport d'un groupe de travail qui s'était penché sur la question. En 2011, une étude du CREST (Centre de recherche en économie et statistiques) concluait que l'utilisation du CV anonyme diminuait la discrimination de genre, mais pénalisait les candidats issus de l'immigration. Les chercheurs, surpris des résultats, les expliquaient par un potentiel manque d'informations dans les CV anonymes qui permettent aux employeurs une meilleure compréhension des parcours parfois atypiques de certains candidats.