marco mendia
Photos : Marco Mendia

Marco Mendia, le photographe de scène graff européenne

« Avant, un spot avait quelque chose de secret. Mais les réseaux sociaux ont changé la donne. »
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
18.4.18

Cet article a été initialement publié sur VICE US.

Pendant dix ans, Marco Mendia a arpenté les couloirs du métro, s'est introduit dans les tunnels, a exploré des entrepôts abandonnées. Car avant de fonder un studio de création à Milan, Mendia a accompagné les jeunes graffeurs de la scène européenne dans les lieux les plus secrets et reculés de la jungle urbaine.

Dès ses 16 ans, Mendia prend en photo les lieux qu'il explore avec ses amis graffeurs. « Chaque endroit a quelque chose de particulier », dit-il. « À Vienne, les tunnels sont propres et bien éclairés » – ce qui est parfait pour le graffiti comme pour la photographie. Mais sa ville préférée reste Paris. « J'aime beaucoup les tunnels parisiens. J'aime leur forme. Ils sont vraiment grands. C'est énorme là-dedans. Vous pouvez tourner à droite, à gauche. C'est incroyable. Et surtout, ils ne sont pas gâchés par la Miamification. »

En 2015, Mendia a été arrêté à Milan, puis de nouveau à Paris pendant qu’il prenait des photos. « Quand j'étais plus jeune, je trouvais ça marrant de fuir la police. Maintenant que je suis adulte, ça l’est un peu moins. » À 28 ans, certains de ses amis d'enfance graffent encore. D'autres poursuivent une carrière dans le monde de l'art ou dans la mode.

Aujourd'hui, Mendia a décidé de publier ses photos, en souvenir d'un monde révolu : « Avant, un spot avait quelque chose de secret. Mais les réseaux sociaux ont changé la donne », explique-t-il. « Aujourd’hui, tout le monde essaie de piquer le meilleur spot. Et au final, les graffeurs vont tous aux mêmes endroits dès qu'ils entendent parler d'un spot sur les réseaux. Ça devient mainstream », poursuit-il.

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Les photos de Mendia, elles ne sont pas hashtaggées ou geo-filtrées. Elles sont uniques.

« J’aimerais dédier cette interview aux camarades qui ont partagé avec moi les meilleurs et les pires moments du graffiti game », conclut Mendia. « AVIDO – 031, ZOOW24m, et HERS & SANCHO, les meilleurs potes du monde. »

On était à Milan sur la ligne rouge, un endroit qu’on squattait souvent. Au bout d’un moment, ils ont installé une caméra pour pouvoir nous choper. On est allés peindre pendant la nuit et, quelques minutes après qu’on soit entrés dans le tunnel, une voix dans le haut-parleur nous a demandé de partir. Avant de s’enfuir, on a trouvé l'appareil la caméra et on l'a arraché. Sauf qu’on savait pas quoi en faire. Je crois que l'un de nous l'a gardé comme presse-papiers.

Ce flic m’a pointé du doigt en gueulant un truc du genre : « Je vais détruire ton appareil photo ! » J'étais avec des amis à Barcelone et ils taguaient pendant la journée. C'était l'été, donc la région était noire de monde, principalement des touristes. Quelqu'un a appelé la police, ce type est arrivé à moto et s’est précipité vers nous. J'ai couru – mais je me suis retourné, je l'ai regardé et j'ai pris une photo. C'est seulement quand nous avons tous les deux entendu l'obturateur de la caméra que j'ai réalisé ce qui se passait. Cette fois-ci, j’en suis sorti sain et sauf, mon appareil photo aussi.

On a trouvé ce chien dans l'arrière-cour d'un dépôt de métro à Bucarest. Il avait besoin d'aide parce qu'un train avait arraché une de ses pattes. On a pris soin de lui, on lui a acheté de la nourriture au supermarché qu’on lui a apporté dans la cour. On a squatté là pendant environ une semaine. On a payé la sécurité locale avec de l'argent, des cigarettes et de la bière pour qu'ils nous laissent entrer et peindre.

Suivez Marco Mendia sur Instagram et rendez-vous sur son site, Molto Studio.

Beckett Mufson est sur Twitter.