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Santé

S'injecter de l'acide hyaluronique dans le vagin pour atteindre l’orgasme

Dans l’espoir de monter au septième ciel, des meufs sont prêtes à payer des injections d’acide dans le vagin à 2 000 euros, et ainsi redoper leur zone G.

par Alexandra Tizio
02 Septembre 2019, 7:04am

Photo by Malvestida Magazine on Unsplash

Quand les femmes recourent à la médecine esthétique pour grimper au rideau. Sur la Toile, plusieurs nanas n’hésitent pas à demander conseil avant de sauter le pas d’une injection d’acide hyaluronique dans le vagin, dans l’espoir d’atteindre l’orgasme. « Je voudrais savoir si vous pratiquez des injections d'acide hyaluronique dans le vagin pour un problème de frigidité », demande Corinne sur le site du docteur Christelle Santini, chirurgienne plastique et esthétique.
« Impossible de trouver mon point G ! Du coup, j'ai entendu parler d'une méthode pour le stimuler, en injectant de l'acide hyaluronique. Je cherche des femmes qui l'ont déjà fait et qui voudraient bien m'en parler », poste une internaute anonyme sur le forum d’Allô Docteurs, tandis que mii76hl n’attend plus que quelques tips avant de passer à l’acte : « L'une d'entre vous a-t-elle testé l'amplification du point G ? À quel prix ? Je suis étonnée de ne pas trouver de post là-dessus. Je compte le faire d'ici quelques mois, j'aimerais me faire une idée », écrit-elle sur Doctissimo.

La technique de l’amplification du point G a été développée en France par le docteur Marie-Claude Benattar, que j’ai rencontrée dans son loft à Paris. Cette intervention prend une dizaine de minutes, après une anesthésie locale, pour un effet qui peut durer 6 à 8 mois. Dès 2004, la gynécologue s’est inspirée du travail du chirurgien plastique américain David Louis Matlock, qui injectait du collagène pour favoriser l’accès à l’orgasme vaginal. Elle a décidé de remplacer ce produit par de l’acide hyaluronique – molécule repulpante également utilisée pour estomper les rides. Et pour cause : l’experte part du principe que ce que l’on appelle communément « le point G », serait en fait une zone qui se situerait sur la paroi vaginale antérieure, le long de l’urètre. « Le vagin est dans un tissu conjonctif. Avec le temps, le tabac, les accouchements, la ménopause, cette zone s’amincit, vieillit et devient moins excitable. Donc si on réinjecte du tissu conjonctif, ça permet de réhydrater, retendre et retonifier » pour rendre cette zone érogène plus facilement stimulable, m’explique-t-elle. Et là, tu te dis : « OK, donc il vaut mieux attendre quelques années avant de se lancer ? ». Oui, en théorie.

« Les jeunes femmes doivent apprendre à s’explorer » – Marie-Claude Benattar, gynécologue

Si Marie-Claude Benattar intervient essentiellement auprès de femmes de plus de 40 ans, une foule de chirurgiens esthétiques acceptent des patientes bien plus jeunes. Dans leurs cabinets situés dans le 16e arrondissement de Paris, les docteurs Sylvie Abraham et Vincent Nguyen reçoivent des clientes d’une trentaine d’années. Le second, avec qui j’ai pu m’entretenir entre deux consultations, m’assure tout de même qu’il « échange beaucoup avec les patientes lors de la première rencontre. Si elles sont très jeunes, j’évite de le faire parce que je pense qu’il y a autre chose comme le manque d’expérience personnelle. Les meilleures patientes sont celles qui sont en couple depuis longtemps et qui ont du mal à atteindre l’orgasme, même si elles ont plus ou moins tout essayé. » En m’intéressant à cette étrange pratique, je me suis aperçue qu’une expression revenait souvent : la « dysfonction sexuelle féminine ». Et une question m’est rapidement venue à l’esprit : l’anorgasmie résulte-t-elle vraiment d’un problème anatomique qui se réglerait par la médecine ?

Si les jeunes femmes peuvent, elles aussi, faire face à un manque d’intensité, de plaisir ou de ressenti, Marie-Claude Benattar tient à leur rappeler que la sexualité passe avant tout par une exploration de son corps : « Je leur fais comprendre que quand on est jeune il faut laisser place à l’apprentissage, se connaître, s’explorer à deux plutôt que de faire un geste passif. Je leur explique les positions, la façon de stimuler cette zone. La sexualité féminine est complexe car les parties intimes sont plus masquées. »

« Clitoris ou point G, le résultat est le même »

Et si la clé du kiff résidait ailleurs ? Découverte dans les années 1950 par le scientifique allemand Von Gräffenberg, le point G (ou plutôt, zone G), fait débat. Alors, mythe ou réalité ? D’après Nathalie Giraud Desforges, sexothérapeute, que j’ai interrogée sur Skype, « il existe une zone rugueuse de la taille d’une pièce de 2 euros, qui provoque une envie d’uriner lorsqu’on la touche de manière assez forte. Si on la stimule en même temps qu’une autre zone, comme le clitoris, cela peut provoquer une éjaculation féminine ». Mais toutes les femmes sont-elles pourvues d’une zone G, à ce même endroit ? « A priori oui, d’un point de vue anatomique. Mais au point de vue des sensations, cette zone peut les limiter comme les augmenter », me répond l’animatrice d’ateliers-conférences sexos.

Pierre Foldes, un chirurgien urologue français qui a inventé la reconstruction du clitoris à la fin des années 1980, a vite remis en question le travail de Marie-Claude Benattar. Selon lui, « le clitoris est l’organe central de la sexualité féminine », comme il l’a déclaré lors de la rencontre « Clitoris, le grand tabou » au Monde Festival en octobre dernier. D’ailleurs, plusieurs comptes Instagram à l’instar de T’as Joui, Gang du Clito ou encore Clit Revolution, ont fleuri ces derniers mois, pour mettre en lumière la fonction du clitoris dans l’accès au plaisir féminin. Pour Marie-Claude Benattar, inutile de jouer sur les mots : « Certains disent qu’il n’y a que le clitoris comme organe déclenchant, et d’autres disent qu’il y a une autre zone qui participe. Peu importe, c’est une question de mécanisme qu’on n’a peut-être pas encore trouvé. Que le point G existe ou qu’il s’agisse du bout du clitoris qui se trouve aussi dans cette zone vaginale, le résultat est le même : j’injecte dans la même région. » Quoi qu'il en soit, la gynécologue a à cœur de répondre aux attentes de ses patientes : « Elles ne veulent pas un orgasme superficiel en stimulant le clitoris. Elles souhaitent que le sexe de leur partenaire les fasse monter au plafond, et jouir en même temps que lui, l’un dans l’autre. »

Face à ce débat zone G VS clito, Nathalie Giraud Desforges monte au créneau. « La sexualité est un univers des possibles. C’est très bien qu’on se réapproprie le clitoris mais c’est dommage qu’on en fasse le champion d’une sexualité épanouie », déplore-t-elle. Pour elle, le débat est ailleurs : il faut s’assurer que l’idée de passer par cette injection d’acide hyaluronique émane de la femme, et non de son partenaire. D’ailleurs, ce sont souvent des couples qui font poussent la porte du cabinet du Docteur Vincent Nguyen : « Si la patiente me dit : "Mon mari ne sent rien quand il me pénètre", je lui réponds que ce n’est pas la bonne intervention. Parfois, ce sont aussi les hommes qui sont déçus de ne pas donner de plaisir à leurs femmes. On discute et on essaie de voir où ça ne va pas. »

Course à l’orgasme : « Aujourd’hui, on ne peut plus lutter contre la vitesse »


Pour s’offrir ce genre d’intervention, les femmes déboursent entre 200 et 2 000 euros, selon les cabinets. Une course à l’orgasme que déplore Nathalie Giraud Desforges : « Il y a une notion de compétition. On est en concurrence avec d’autres personnes, d’autres sensations. Pourtant, la sexualité est tout sauf dirigée par les objectifs », insiste-t-elle avant d’ajouter : « C’est un leurre de penser qu’une intervention extérieure va changer quelque chose qui est aussi à l’intérieur du couple. » De son côté, Marie-Claude Benattar le justifie ainsi : « Aujourd’hui, on ne peut plus vraiment lutter contre la vitesse. Les femmes et les hommes se rencontrent sur Tinder. On se bat pour qu’il y ait plus de tendresse, de caresse, de communication alors que les jeunes rentrent d’emblée dans la sexualité pure et dure : le sexe, maintenant, c’est le porno. » Elle ne s’en cache pas : ces injections alimentent ce phénomène.

Quant aux résultats, c’est quitte ou double. Si l’injection d’acide hyaluronique dans le vagin permet à certaines femmes d’augmenter leur plaisir sexuel, d’autres s’avouent déçues. « Je suis allée voir, j’ai testé, ça ne m’a rien fait... non mais je sais pas y a un truc, je dois pas avoir de point G... c’est dramatique, je crois que je n’aurai jamais d’orgasme vaginal », regrette une anonyme sur Doctissimo, tandis que L. Chapuy se réjouit sur le site Internet du Docteur Valeria Romano : « Je cherchais à augmenter mon plaisir, une seule injection a suffi à me combler. »

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