Le gâteau « anti-nazi » qui divisait l'Amérique

À Oakland, une pâtissière s'est attiré les foudres de l'alt-right et les louanges des internautes avec un gâteau au message limpide.
4.9.17
Capture du compte Instagram de ashleyshotwellcakes

Les boulangeries américaines ont toujours le chic pour se retrouver au milieu des débats politiques. En plus du confort qu'elles procurent et de l'odeur de pain qu'elles dégagent, elles ont tendance à utiliser leur production pour exprimer une opinion et emmerder leurs adversaires.

Quand ce n'est pas pour se rendre devant la Cour suprême défendre son droit de ne pas faire de gâteaux lors d'un mariage gay, c'est pour devenir une plateforme tentant de rétablir un semblant de justice sociale. Et puis il y a ces célébrités qui utilisent des pâtisseries pour faire passer des messages plus ou moins clairs.

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Les gâteaux auraient donc vocation à faire bouger les lignes – à défaut de vous la faire garder. Dans l'Amérique post-Charlottesville, il n'y a donc rien de surprenant à ce que certains les utilisent comme des véhicules à messages.

Ashley Shotwell en a fait les frais il y a quelques semaines après avoir été accusé d'incitation à la violence à causse d'un gâteau devenu viral où il était écrit « Kill Nazis » (qu'on peut traduire par « Tuez des nazis ») .

L'histoire débute pourtant avec un autre gâteau. Celui que réclame un client et qui doit arborer l'inscription « Resist Facism » (« Résistez au fascisme ») sur le glaçage. Ashley a accepté de le faire avant les événements de Charlottesville. Elle publie la photo du résultat sur Instagram accompagné de ces mots : « Cela ne pouvait pas mieux arriver, même si c'est déprimant que la haine existe encore à cette échelle ».

Après Charlottesville, le discours politique s'est un peu tendu, comme les commandes de Shotwell.

Inspiré par le dernier modèle, un client fait une requête un peu similaire mais qui évoque un sentiment encore plus fort. Le gâteau doit comporter la mention : « Kill nazis ».

« Ce n'était pas mon choix de le faire. Quelqu'un en a fait la demande », explique Shotwell à MUNCHIES. « Mais ça ne m'a posé aucun problème parce que je me suis dit que les seuls à être choqué seraient les nazis. »

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Shotwell a donc réalisé un gâteau rouge et noir recouvert d'un glaçage où l'on peut apercevoir une batte de baseball avec des barbelés, une chaîne et un poing américain – faisant probablement référence à Inglourious Basterds de Tarantino. « J'ai fait d'autres gâteaux par le passé avec des thèmes pas très catholiques. Des voitures de flics en train de brûler ou des organes génitaux. Et un 'Resist Fascism' quelques jours avant. »

Mais un tel design n'allait pas passer inaperçu longtemps. Shotwell s'est assurée que sa création devienne virale en publiant une vidéo sur les réseaux sociaux. Vidéo qu'elle soupçonne d'avoir été relayée par des groupes de l'alt-right. Depuis, un barrage de critiques à une étoile et de commentaires négatifs se sont abattus sur sa page Facebook.

Parmi les critiques, très peu d'arguments liés à la qualité des gâteaux : « Les pâtisseries communistes n'ont pas leur place en Amérique ! Casse-toi et retourne dans n'importe quel trou à rat de Berkeley d'où tu es sortie » ou « Quand les soutiens de Trump sont considérés comme des Nazis par les gens sans cerveaux comme Ashley et les Antifa, c'est elle qui provoque la violence. »

Shotwell a rapidement supprimé la vidéo de Facebook, mais pas d'Instagram où les commentaires sont largement plus positifs.

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« J'ai entendu dire que le gâteau a fait de vous une cible. Et bien que ces connards de Nazis aillent se faire foutre. Je vous recommande à tous mes amis. Comment je fais pour commander un gâteau avec écrit 'Kill Nazi' ? Ou peut-être un gâteau avec écrit 'Kill the KKK' avec une tête capuchonnée pendue à un arbre ? » a écrit un internaute dans les commentaires alors que @limpbizkitfan666 a opté pour un simple emoji en forme de cœur.

Shotwell a confié au SF Gate qu'avec le recul, elle aurait plutôt opté pour un « Punch Nazis » (« Frappez des Nazis »).

Elle s'est aussi rendu compte que Facebook n'était peut-être pas la meilleure plateforme pour partager sa création, a-t-elle expliqué à MUNCHIES : « Mon seul regret, c'est de l'avoir publié sur Facebook plutôt que sur Instagram parce que c'est là qu'elle a été partagée dans des groupes alt-right et anti-social justice warriors. »

Même si la plupart des gens la soutiennent, Shotwell a souligné qu'elle avait reçu des menaces de mort par téléphone. « Au final, j'ai quand même eu plus de retours positifs que négatifs. »