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TATOUAGE

Des tatoueurs indiens nous parlent des demandes les plus étranges de leurs clients

« Un Suédois m'a demandé de lui tatouer le mot aatma (âme) près de l'entrejambe pour que les filles qui couchent avec lui pensent qu'il est profond et spirituel. »

par Shamani Joshi; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
22 Juillet 2019, 7:00am

Si nous sommes nombreux à avoir trop peur de l’engagement pour nous faire tatouer, certains n’hésitent pas à sauter le pas. Les tatouages peuvent représenter une période importante de la vie de quelqu’un ou découler de demandes totalement aléatoires. Ils peuvent être motivés par l'alcool, avoir une apparence douteuse et être situé à un endroit douteux. Mais en fin de compte, les tatouages sont un important moyen d'expression personnelle. Même l'armée indienne s'est résignée à permettre aux recrues d'avoir des tatouages visibles. Ils demeurent aussi un aspect irremplaçable de nombreuses tribus indigènes du nord-est de l'Inde et d'Asie du Sud-Est. Et même si chacun est libre d’avoir ses propres idées, certaines demandes méritent d’être discutées.

Nous avons donc demandé à des tatoueurs indiens de nous parler de la demande la plus drôle ou la plus inhabituelle qu'on leur ait faite. Voici ce qu'ils avaient à dire :

Vikas Malani, fondateur de Body Canvas Tattoos

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Photo : Vikas Malani

« Un jour, une fille m’a demandé de lui tatouer le mot "slut" (salope) à l’intérieur de la lèvre inférieure. J’ai trouvé ça bizarre et j’ai cru qu’elle plaisantait, mais ensuite elle m’a expliqué qu'elle en avait assez d’être humiliée et que c'était sa façon de prouver aux autres qu’être une "salope" n'est pas une mauvaise chose. Quand j’ai posté la photo sur les réseaux sociaux, tout le monde m’a demandé si elle était folle. Je me suis rendu compte que les gens jugent souvent sans savoir. Les tatouages peuvent être rassurants et avoir un effet placebo, ce qui explique pourquoi les personnes qui ont subi une perte ou qui sont passées par la dépression se font tatouer des points-virgules. Il est très important d'en comprendre le sens avant de réagir. »

Akash Chandani, fondateur de Skin Machine Studio

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Photo : Akash Chandani

« Un pundit (un prêtre hindou) nous a demandé de lui tatouer un tilak (une marque portée sur le front par les hindous, généralement réalisée à partir de poudre de curcuma). C’était étrange, déjà parce qu’on n’a pas l’habitude de voir un pundit dans un salon de tatouage. Mais il était incroyablement heureux après l'avoir fait. »

Nikhil Bhanushali, fondateur d’Ace Tattoos

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Photo : Nikhil Bhanushali

« Je reçois beaucoup de demandes étranges. Une fois, un mec voulait recouvrir le prénom de son ex avec un nouveau tatouage pour ne pas que sa femme s’en aperçoive. Mais le pire, c’était une Chinoise qui vivait à Bombay. Elle voulait un tatouage qui représente son amour pour notre pays. On lui a fait une feuille de weed pour représenter Manali (une ville de l’État de l’Himachal Pradesh, au nord de l’Inde, connu pour sa marijuana), ainsi qu’un Sardar (un Sikh, souvent vu avec un turban sur la tête) pour symboliser l’homme qui l’avait sauvée d’une agression à Delhi. Quand un Indien se sent patriotique, il se fait tatouer les contours du pays, mais son idée était plus intéressante. C'était aussi différent des étrangers habituels qui sont très friands des mots hindi. Un jour, un Suédois m'a demandé de lui tatouer le mot aatma (âme) près de l'entrejambe pour que les filles qui couchent avec lui pensent qu'il est profond et spirituel. »

Chetan Salhotra, fondateur de Ink Space Studio

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Photo : Chetan Salhotra

« J’ai du mal à comprendre les gens qui veulent se faire tatouer leur propre nom. Les tatouages sont destinés à représenter des souvenirs ou des relations et sont un moyen de s'exprimer. Quitte à vous faire tatouer votre nom, pourquoi pas aussi votre numéro de téléphone et votre adresse ? »

Archana Nakhua Bhanushalli, tatoueuse à Ace Tattoos

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Photo: Ace Tattoos

« Un jour, une femme m’a demandé de lui tatouer le nom de sa future belle-mère en japonais. Je l’ai mise en garde, notamment parce qu’elle n’était pas encore mariée, et je lui ai demandé plusieurs fois si elle était sûre de sa décision. Elle l’a quand même fait, mais environ six mois plus tard, elle m’a appelée et m’a demandé de recouvrir le tatouage.

Je vois beaucoup de couples qui se font tatouer le prénom de l’autre. Ensuite, ils se séparent et non seulement le tatouage rappelle des mauvais souvenirs, mais ça fait très mal de le recouvrir. En fait, j'ai remarqué que les couples qui se font tatouer le nom de l'autre ne durent généralement pas. C'est comme s'ils voulaient prouver quelque chose qui n'existe pas. Vous pouvez vous faire tatouer le nom de vos parents ou de vos enfants car cela ne changera pas, mais là, vous choisissez votre conjoint sans avoir aucune garantie que la relation durera. »

Bruna, tatoueur à Inkspace Studio

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Photo : Chetan Salhotra

« J’ai fait ce tatouage pour un ami gay. Il avait toujours vu sa douceur comme une faiblesse. Jusqu’au jour où il s’est rendu compte qu'être doux dans ce monde est un acte de rébellion. Être doux n'est pas un signe de faiblesse, mais plutôt de force. Avec ce tatouage, il voulait représenter son refus d'être la version dure de lui-même que le monde entier voulait qu'il soit. »

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