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Avec ces jeunes qui réinventent Anvers

Stylistes, djs, rappeurs... On a discuté avec de jeunes anversois de leur génération fragile et honnête, mais surtout ambitieuse.
VP
Brussels, BE

Si on envisage Anvers d'un point de vue créatif, on ne peut finalement pas vraiment ignorer les Six d'Anvers : ce groupe de pionniers dans le stylisme et la mode, dont Ann Demeulemeester et Dries van Noten font partie, et qui ont réussi à mettre Anvers dans le viseur du reste de la plante après avoir obtenu leur diplôme de l'Académie de Mode dans les années 1980. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Chaque année, de nouveaux talents prometteurs continuent de sortir de la célèbre école de mode. Cependant, en laissant de côté l'Académie, la ville a encore beaucoup à offrir.

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Alors que de plus en plus de talents anversois apparaissaient sur notre radar, on a décidé qu'il était grand temps de discuter avec certains de ces créatifs de leur ville natale. Anvers est une sorte de nid créatif chaleureux : assez petit pour s'y déplacer à pied, mais assez grand pour continuer à y découvrir chaque jour de nouvelles choses. Comme le décrit si bien la styliste Pholoso Selebogo : « Pour une ville relativement petite, parfois même endormie, il est impressionnant d'y voir autant de personnes capables de créer de si jolies choses. »

En compagnie du photographe bruxellois Victor Pattyn, nous sommes allés rendre visite à quelques jeunes talents dont vous entendrez probablement beaucoup parler.

Florentina Leitner modeontwerper modeacademie antwerpen

Florentina Leitner (23), étudiante à l'Académie de mode d'Anvers

VICE : Salut Florentina. Que souhaites-tu pour l'avenir de la mode ?
Florentina : Que les choses aillent un peu plus lentement. Qu'on produise moins, mais que la qualité soit améliorée et que cela se fasse de manière plus durable.

Quel est le plus grand défi pour les jeunes créatifs ?
Trouver sa propre place. Il y a tellement de designers, de photographes et d'autres artistes qui postent leur travail sur internet qu'il est parfois difficile de se démarquer.

Ton travail est-il influencé par la ville ?
Sans aucun doute. J'aime ma balader dans la ville avec mon ami photographe et cinéaste Marnik Boekaerts, à la recherche de beaux endroits pour de nouveaux projets. C'est une façon de se détendre et quand je rentre chez moi, j'ai souvent plein de nouvelles idées.

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Qu'est ce qu'il ne faut pas manquer si on passe une journée à Anvers ?
Si vous avez de la chance et que le soleil est au rendez-vous, allez au parc Middelheim. Il y a de magnifiques sculptures. S'il pleut, partez à la chasse aux vêtements chez Labels Inc. ou Rosier41, ou dans les magasins de Dries van Noten et Ann Demeulemeester. N'oubliez pas de vous rendre à l'espace d'art Extra City, c'est l'un de mes endroits préférés.

Miss Angel Angela Agyei rapper antwerpen

Angela Agyei aka Miss Angel (21), rappeuse

VICE : Hello Angela, quand as-tu commencé à rapper ?
Angela : J'ai toujours été amoureuse du rap. En 2016, j'ai commencé à participer à des open mics, puis j'ai continué à écrire des textes et à contacter des beatmakers. Par la suite, j'ai réalisé mon premier EP Ghetto Mami vol.1

Comment Anvers influence ton travail ?
J'ai grandi sur la rive gauche. Un « lil hood » plein de talent et de joie, des familles proches mais aussi avec pas mal de problèmes à gérer. Maintenant, je vis dans le centre où il n’ya pas grand chose à faire, mais tout est à proximité.

Quel conseil donnerais-tu à celles qui veulent devenir rappeuses ?
Osez le faire. Continuez à écrire, participez à des open mics, faites vos recherches, contactez des gens, recherchez des studios. Surtout, n'attendez personne !

Quel est le meilleur conseil que tu as reçu jusqu'à présent ?
Qu'il faut prendre son temps et profiter, mais aussi qu'il faut rester alerte tout en s'amusant.

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Timo Sassen modeontwerper antwerpen

Timo Sassen (26), créateur de mode

VICE : Salut Timo. Que fais-tu de tes journées ?
Timo : Je dirige mon label de mode, timosassen, et j'aime aussi la bouffe, les fleurs, les films d'horreur, mon chéri et la plage.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui voudrait devenir créateur de mode ?
Il faut suivre son propre enthousiasme, éliminer toutes les règles et être toujours occupé. Je n’ai jamais eu de cours de mode et j’ai tout appris par moi-même. Il n'y a aucune raison pour que quelqu'un d'autre n'y arrive pas.

Quel est le plus grand défi pour les jeunes créatifs aujourd'hui ?
Rester pertinent.

Que souhaites-tu pour l'avenir de la mode ?
Plus de diversité et d'originalité. Une célébration de toutes les tailles, couleurs, sexes, communautés et croyances. J'aimerais aussi voir les marques de mode créer des collections qui viennent du cœur et qui ne sont pas une copie exacte de ce qu'a fait une autre marque. Niquez les tendances, créez-vous vous-même.

Qu'est ce qui pourrait surprendre les gens qui ne connaissent pas bien Anvers ?
Cette grave pénurie d'ATMs.

Pholoso Selebogo stylist art director antwerpen

Pholoso Selebogo, styliste et art director

VICE : Salut Pholoso. Bosser dans la mode, ça a toujours été ton rêve ?
Pholoso : Je n'ai jamais rien voulu d'autre. Dans le premier carnet de croquis que j'ai eu, j'ai immédiatement commencé à dessiner des robes. Petite, je rêvais de devenir styliste pour les Spice Girls.

Quel est le plus grand défi pour les jeunes créatifs aujourd'hui ?
Pour débuter une carrière dans ce secteur, il est souvent nécessaire de fournir du travail gratuit. L'industrie de la mode ne montre pas toujours assez de respect pour la créativité et le temps investi dans celle-ci. C'est pour cette raison que ce n'est pas un secteur très sûr.

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Comment décrirais-tu ta génération ?
Fragile et honnête, mais aussi ambitieuse.

Qu'est ce qu'il ne faut pas manquer si on passe une journée à Anvers ?
Se promener dans la rue la plus étroite, la Vlaaikensgang, puis imaginer que vous êtes au Moyen-Âge. Je pense aussi que le musée en plein air de Middelheim est spécial. Ah, et aussi admirer la vue depuis le Museum aan de Stroom, puis s'arrêter pour prendre un snack au Frituur n°1.

Farah El Bastani styliste antwerpen

Farah El Bastani (29), styliste

VICE : Salut Farah. Que fais-tu pour le moment ?
Farah : Je suis styliste à plein temps pour des artistes tels que Baloji, Lil Kleine et Emma Bale. Je fais des campagnes pour des marques et des éditoriaux pour des magazines.

As-tu toujours voulu travailler dans la mode ?
Un job créatif ne m'est jamais vraiment venu à l'esprit, peut-être parce que dans notre famille marocaine, ce genre d'avenir ne semblait pas sûr. Mais quand j'étais étudiante et qu'on m'a demandé de faire le styling pour une séance photo, je ne comprenais pas très bien ce que j'étais en train de vivre. J'avais toujours été attirée par la mode, mais c'est à ce moment-là que j'ai décidé de me lancer dans le stylisme après mes études de droit.

Que souhaites-tu pour l'avenir de la mode ?
Que tous, nous devenions plus conscients. J'aime les tendances, mais ça m'énerve qu'il y en ait une nouvelle toutes les trois semaines. L'année dernière, j'ai donc commencé à acheter plus consciemment. Nous ne pouvons plus ignorer le fait que l’industrie de la mode est beaucoup trop polluante. Pour changer les choses, il n'y a que nous.

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Comment la ville influence-t-elle ton travail ?
C'est un grand méli-mélo de différents types de personnes de toutes les couleurs et toutes les tailles. Mon propre style est le reflet de ce beau chaos.

Qu'est ce qu'il ne faut pas manquer si on passe une journée à Anvers ?
Philips Biscuits, un petit magasin de biscuits avec les meilleurs biscuits du monde.

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David Mizero aka DTM Funk (29), dj et organisateur d'événements

VICE : Salut David, quand as-tu commencé le DJing ?
David : À 17 ans j'ai commencé à travailler dans le club légendaire Petrol, qui a fermé ses portes en 2016. C'est là-bas que j'ai découvert la musique électronique. J'ai commencé à collecter des disques et à écouter des mix d'autres DJ. Plus tard, j'ai organisé des événements avec des potes et pour réduire les coûts, on se mettait nous-mêmes sur le line-up. Quand je vivais à Berlin il y a quatre ans, mes compétences en tant que DJ ont été de plus en plus reconnues et on me bookait de plus en plus souvent.

Quels sont tes espoirs pour le vie nocturne à Anvers ?
La municipalité devrait être en mesure de constater que la culture nocturne est en pleine effervescence. La vie nocturne est un terreau pour les jeunes talents, artistes et entrepreneurs. Pour une petite ville comme Anvers, on se débrouille assez bien sur le plan musical, mais ça pourrait encore se developper davantage. Un soutien du gouvernement serait utile dans ce domaine.

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Avec quel artiste aimerais-tu jouer ?
Un set avec Mr. Scruff ou Gilles Peterson, je dirais pas non.

De nos jours, quel est selon toi le plus grand défi pour les jeunes créateurs ?
Être soi-même. Nous sommes constamment exposé à tant d’input. L'art consiste à utiliser cette information pour sa propre créativité, mais aussi pour être complètement soi-même.

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Fabian Verbeke (20), graphiste, styliste et dj

VICE : Hello Fabian, que fais-tu dans la vie ?
Fabian : Actuellement, je travaille principalement sur la première collection de PLUSTHIRTYTWO, un collectif de créatifs anversois. Il va y avoir cinq drops à différents endroits à Anvers, Paris et Tokyo. La collection ne sera pas disponible en ligne, il faut donc venir la trouver en personne au bon moment et au bon endroit.

Peux-tu nous en dire plus sur ton collectif ?
On utilisait +32 quand nous parlions de la Belgique avec des amis à l'étranger. C'était bien avant que les gens commencent à nous voir comme un collectif. Comme on se connait très bien et depuis longtemps, ça s’est fait de manière organique, un truc pour se soutenir mutuellement et bosser ensemble. C'est devenu une plate-forme sur laquelle on combine toutes les disciplines dans lesquelles nous sommes actifs : le collectif contient des directeurs de création, des photographes, des graphistes, des stylistes, des mannequins et des DJ. On travaille souvent ensemble pour des missions spécifiques.

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Si tu devais décrire ta génération en un seul mot, ce serait …
Ambition.

Comment Anvers a influencé ton travail ?
C'est ici que j'ai rencontré mes partners in crime. Sans eux, je ne serais pas où je suis maintenant.

Que penses-tu de la scène créative d'Anvers ?
Anvers possède une scène active et étendue, mais comme la ville est petite, tout le monde se connaît. Ce qui fait qu'on est très soudés.

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Cet article a été initialement publié sur i-D Nederlands.