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Dans l'intimité de vos rock stars préférées

Brad Elterman nous a parlé de son temps passé à photographier David Bowie, Joan Jett, Bob Dylan et Kiss.

par Clara Mokri; photos Brad Elterman
04 Août 2017, 5:00am

Joan Jett en 1977. Toutes les photos sont de Brad Elterman.

Il y a 42 ans, Brad Elterman a séché l'école, s'est rendu jusqu'à un studio d'enregistrement de Los Angeles et a attendu David Bowie pour le prendre en photo – avant d'y parvenir. Publiée en double page dans le magazine Creem, cette photo marque le début d'une carrière trépidante qui a changé la photographie dans l'univers du rock'n'roll. En lieu et place des traditionnelles photos sur scène, Brad allait en coulisses et partout où il fallait pour immortaliser les légendes des années 1970 dans leur voiture, pendant le déjeuner, devant des toilettes – bref, dans la vie de tous les jours. Près d'un demi-siècle plus tard, Brad (qui est aussi un de nos contributeurs occasionnels) a trouvé plusieurs de ses négatifs en vente sur eBay, les a rachetés et a replongé dans ses souvenirs.

J'ai récemment eu l'occasion de discuter avec lui au téléphone des rois et reines du rock qu'il a côtoyés, des négatifs qu'il a retrouvés et de ce qui lui manque de ces glorieuses années.

Brad Elterman assis à son bureau dans les années 1980.

VICE : Comment est-ce que ces photos se sont retrouvées sur eBay ?
Brad Elterman : Dans les années 1970, quand j'étais super prolifique avec mon appareil photo, j'envoyais par la poste mes diapositives en couleurs et mes photos en noir et blanc à des magazines un peu partout dans le monde. Je conservais mes négatifs noir et blanc.

Il y a quelques années, j'étais à Tokyo et je suis allé à Shinko Music, qui publiait les magazines Music Life et Rock Show. Ils avaient publié tout ce que je leur avais envoyé, et j'étais devenu leur correspondant à Los Angeles. Quand je suis arrivé, il n'y avait personne, sauf un vieux garde de sécurité qui m'a dit que tout le monde était parti il y a des années et qu'il n'avait aucune idée d'où étaient passées les archives. Ce n'était pas un cas unique. Toutes les publications auxquelles j'avais envoyé mes photos dans les années 1970 ont fermé boutique, et leurs archives ont disparu. Des milliers de photos ont été jetées et se sont retrouvées entre les mains de personnes qui ont fouillé ces poubelles.

Les photos de Flo et d'Eddie en coulisses lors d'un concert de Kiss, publiées dans le magazine japonais Music Life en 1978. Le magazine était aussi épais qu'un annuaire téléphonique.

Combien les as-tu payées ?
J'ai payé certaines de mes diapositives en couleurs 20 dollars, et l'épreuve était à 70 dollars. Elles avaient plus de valeur pour moi que pour tous ceux qui faisaient des offres, alors ça ne me dérangeait pas trop de payer pour les récupérer. Je considère ça comme des commissions d'intermédiaire. Les descriptions des photos étaient fausses : les vendeurs n'avaient aucune idée de ce qu'ils avaient. J'ai racheté tous mes négatifs de Neil Young en concert en 1976. Ce ne sont pas des photos de concert comme on en trouve des milliers. Stephen Stills est monté sur scène, a chanté et a chanté de nouveau au rappel, puis ils ont échangé une poignée de main. Je devais remettre la main sur ces négatifs.

Où en étais-tu dans ta vie à l'époque de ces photos ?
J'étais encore un enfant. La première photo de David Bowie a vraiment changé ma vie. Avant de prendre cette photo, une voix dans ma tête m'a dit : « Tu pourrais te brûler les ailes, on pourrait désapprouver ton choix », mais j'ai eu le cran de le faire. Comme on le fait à l'adolescence, j'ai pris une grande inspiration et j'ai tenté ma chance. Après la publication de cette photo dans Creem, ma boîte aux lettres s'est remplie. J'ai fini le lycée, je suis allé à la fac, en cours de route j'ai changé pour l'université d'État de Californie à Northridge, mais j'ai fini par abandonner. J'avais trop de travail, c'était impossible de continuer.

Qu'est-ce qui te surprend le plus quand tu regardes ces photos ?
Elles me rappellent à quel point j'étais partout à la fois. J'étais une machine. Il y a eu tellement de travail derrière ces photos. Les prendre, c'était la partie facile. La soirée commençait par la recherche des endroits où le groupe se trouverait : le Rainbow, le Roxy, le Starwood, Carlos and Charlie's, le Sugar Shack, etc. Après le concert, pendant qu'à deux heures du matin, tout le monde faisait la fête, j'étais à la maison à développer toutes les photos avant de me coucher. La poussée d'adrénaline était si enivrante que je n'arrivais pas à dormir. Ma mère était peintre, et j'avais transformé une partie de son atelier dans le sous-sol en chambre noire. Au matin, ma mère descendait et me disait : « Qui est cette personne ? » Mais elle me soutenait toujours et commentait mon travail.

Qu'est-ce qui t'intéressait le plus dans la photo dans les années 1970 ?
Je n'étais pas un photographe de rockstar traditionnel, parce que je n'avais aucune envie de prendre en photo un mec qui tient une guitare. C'est ce que faisaient tous les autres photographes de l'époque, et ces photos banales de concert ne m'intéressaient pas. Je photographiais les coulisses : ça, c'étaient de vraies photos intéressantes qui racontaient une histoire ; c'étaient les photos que voulaient à tout prix les magazines. Par exemple, je n'ai pas pris la peine de prendre une seule photo de Willy de Mink DeVille ; par contre, je suis allé en coulisses avec lui et j'ai pris des photos de lui avec sa femme, Toots. Ça, c'était spécial.

La photo de Willy et Toots de Mink DeVille, qui a paru en couverture de Sounds en 1977.

Je voulais photographier tout ce qui était nouveau : tous les jeunes groupes cool dont on parlait dans les publications britanniques comme Sounds, NME et Melody Maker. Un jour, Steve Jones des Sex Pistols est venu chez moi se baigner, et j'ai pris des photos. À mes débuts, je rêvais de prendre des photos de Bob Dylan. Le fait qu'il ne sorte pas et qu'il ne veuille pas être pris en photo ne faisait que me motiver encore plus. L'apothéose de ma carrière, c'est le soir où j'ai rencontré Bob et qu'il m'a demandé de prendre une photo de lui et de Robert De Niro dans les coulisses du Roxy en 1976.

Steve Jones des Sex Pistols à la piscine du tout premier appartement d'Elterman à West Hollywood, en 1977.

Quelles photos se démarquent en particulier selon toi ?
Toutes celles de Joan Jett. Elle était ma plus grande muse. Elle était si charismatique et stupéfiante. On était tous les deux plutôt timides, et elle m'a donné une certaine confiance pour réaliser ces portraits.

Joan Jett qui mange des frites sur le quai de Santa Monica, 1977.

Quelles émotions te provoquent ces photos 40 ans plus tard ?
C'est plein d'émotions pour moi. J'étais adolescent quand j'ai pris ces photos, et aujourd'hui j'ai 60 ans. Elles font remonter des souvenirs de ma jeunesse. Certaines des personnes que j'ai photographiées ne sont plus des nôtres. Mes vieilles photos m'aident à trouver l'inspiration. Je suis en train d'écrire un film sur ce que c'était de prendre des photos dans les années 1970. Quand je regarde certaines des photos, des souvenirs me reviennent et je me dis : « Oh! Je pourrais ajouter ça dans le scénario. »

En quoi Los Angeles a-t-elle changé depuis les années 1970 ? Est-ce que certaines choses sont restées les mêmes ?
Certains édifices sont toujours là. Enfin, Los Angeles est une ville de premier plan. Les rêveurs sont toujours ici, mais ils vont et viennent. Il y a peu d'endroits où je sortais qui existent encore. Le Whiskey et le Roxy sont toujours là ; le Rainbow Bar and Grill aussi. Ces bars sont restés les mêmes, mais il n'y plus aucun de mes amis. Quand j'y allais, j'étais le plus jeune, et je connaissais tout le monde. Maintenant, c'est le contraire. Peut-être que je suis un peu blasé après la vie folle que je menais à l'époque. Il m'en faut beaucoup aujourd'hui pour que je sorte voir un concert, mais je ne vis pas complètement comme un ermite. Je suis allé photographier Sunflower Bean dernièrement, et c'était surréaliste de se trouver en coulisses avec eux. C'était dans cette même loge que j'avais photographié Bob Dylan et Robert De Niro 40 ans plus tôt.

En quoi ton style et ton approche ont-ils changé ?
Ça n'a pas changé du tout. La plupart des rédacteurs en chef me disent de ne rien changer et de photographier comme je le faisais en 1977 avec Joan Jett.

Sue Mengers, Michael Eisner et John Travolta au lancement de Grease à Paramount Studios, 1978.
Une rare photo de Stephen Stills sur scène avec Neil Young pour un rappel lors d'un concert au Pauley Pavilion, à UCLA, en 1976.
Olivia Newton John embrasse John Travolta à Paramount Studios, 1978.
Peter Frampton et son tour manager, Mr Tiny, à la sortie des toilettes lors d'un concert au Anaheim Stadium, 1978.
Jackie Curtis et Andy Warhol à la gallerie Margo Leavin, West Hollywood, 1972.
Joan Jett et Danny Wilde de Quick en coulisses au Whiskey a Go Go, 1977.
KISS en coulisse au Anaheim Stadium avec Neil Bogart, Bill Aucoin et le promoteur David Forest, 1978.
Joan Jett se bat avec Danny Wilde au Whiskey a Go Go, 1977.
Debbie Harry de Blondie en coulisses au Whiskey a Go Go, 1977.
David Byrne des Talking Heads en coulisses à UCLA, 1976.
Le chanteur néerlandais Herman Brood sur Hollywood Boulevard, 1976.
Pete Townsend des Who lors d'une fête d'après-concert au Flippers à West Hollywood, 1978.
Carly Simon et James Taylor, quittant les Grammies au Hollywood Palladium, 1976.
David Cassidy dans la cour de sa maison à Encino, 1976.
Les Popsicles chez Elterman à West Hollywood, 1977.
Les Orchids dans le salon du producteur Kim Fowley, 1977.
Danny Wilde sur scène au Whiskey a Go Go, 1977.
Les Ramones sur le plateau de tournage de Rock 'n' Roll High School, 1978.
Mark Hamill et les Quick à Malibu, 1977.

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