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Les rebelles syriens sont aidés par un habitant d’une banlieue Canadienne

Le rôle principal (et revendiqué) du GSS est d’aider de manière participative au financement de la guerre entre rebelles et l’armée régulière syrienne.
28.6.13

Une unité de l’Armée syrienne libre reçoit des fournitures médicales coordonnées par le Groupe de soutien syrien. Via Facebook.

Louay Sakka est le co-fondateur du Groupe de soutien syrien [GSS], créé pour aider à la promotion de la démocratie en Syrie et soutenir les membres modérés de l’Armée syrienne libre [ASL] dans leur combat contre le régime d'Assad. Bien que Sakka ait quitté la Syrie en 1997 et n’y soit retourné qu’une seule fois depuis, il est devenu un soutien clé de l’ASL, aidant les rebelles à la fois sur le terrain et dans les rapports entre eux et le département d’État américain. Il fait tout ça depuis le confort modéré de son sous-sol d’Oakville, Ontario, au Canada, en utilisant Skype, Viber et son téléphone Android. Il a également levé des fonds pour l’ASL et créé un compte PayPal afin de permettre aux gens du monde entier de les supporter financièrement. Aux dernières nouvelles, il avait réussi à collecter 150 000 dollars.

Le rôle principal (et revendiqué) du GSS est d’aider de manière participative au financement de la guerre entre rebelles et l’armée régulière syrienne. Évidemment, le groupe n’est que plus occupée depuis les États-Unis ont déclaré qu’ils fourniraient en armes l’ASL – les reporters du Monde ont en effet découvert qu’Assad utilisait des armes chimiques contre son propre peuple. J’ai rencontré Louay dans le centre-ville de Toronto, où il travaille en tant qu’ingénieur informatique la journée, pour discuter avec lui de ce qu’il faisait la nuit.

VICE : Salut Louay. J'ai entendu que vous étiez basé dans le sous-sol de votre maison à Oakville – comment ça fonctionne ?
Louay Sakka : Eh bien, j’ai un réseau de plusieurs milliers de personnes en Syrie. Ils savent tous comment me joindre et si je ne peux pas les joindre directement, je les mettrai en contact avec d’autres personnes qui opèrent dans d’autres zones, à Alep notamment. Je viens de Damas, c’est donc la zone sur laquelle je me concentre – mais je contrôle toutes les communications. Tous les jours, je travaille à connecter les rebelles et les activistes présents sur le sol syrien, pour les aider à comprendre leur situation et se comprendre eux-mêmes.

Et vous faites tout ça par Skype.
Oui, principalement via Skype mais aussi grâce à Viber et mon téléphone. Quand tu fais une conférence téléphonique, Skype nécessite d’avoir une bonne connexion internet. Si vous voulez faire une conférence avec 10 personnes différentes, comme souvent dans ce genre de situations, vous avez besoin d’un ordi bénéficiant d’une excellente connexion internet – c’est pourquoi les rebelles ont besoin de moi. Je peux faire ça de chez moi.

Qu’est-ce que vous pouvez faire d’autre, depuis chez vous ?
Il est très important que les rebelles se comprennent. La Syrie étant un territoire grand, très divisé, rebelles et groupes armés ne se comprennent pas toujours. Les gens de Damas sont vraiment différents des gens d’Alep. Nous participons à la structuration de la Syrie et à la création d’une chaîne de commandement dans le pays. L’ASL est constituée à 80% de civils et à 20% de déserteurs militaires ; nous les aidons à s’unir, car il existe une méfiance historique entre ces deux catégories.

Avec combien de rebelles et d’activistes communiquez-vous tous les jours ?
Ça dépend. Au début je cherchais à discuter avec une centaine de personnes par jour, mais depuis que nous avons le monopole du Conseil militaire suprême, (CMS), je m’entretiens avec seulement avec les leaders, tous les jours – ça réduit la perte de temps. Mais je continue à parler à beaucoup, beaucoup de gens.

Quelle est la situation de crise la plus récente à laquelle vous ayez dû faire face ?
Je dirais, celle d’Al-Qusayr ; 30 000 personnes vivaient là-bas et nous avons dû toutes les évacuer afin de sauver les civils. Le Hezbollah les cherchait, on imagine facilement pourquoi.

Oui. En quoi avez-vous participé à cette évacuation ?
Le 28 mai, j’ai reçu un appel du Général [Salim] Idris (actuellement Chef du personnel du Conseil militaire suprême), me demandant si nous avions un moyen d’escorter les civils en dehors d’Al-Qusayr ; la ville était encerclée par le Hezbollah. Il m’a appelé à 4h du matin pour m’expliquer à quel point la situation était problématique, c’est pourquoi j’ai contacté le département d’État pour les en informer. À partir de là, le département d’État a promis de travailler sur la situation, ils en ont parlé aux Nations Unies, qui sont entrées en contact avec la Russie, qui a pu mettre la pression sur l’Iran et le Hezbollah afin qu’un cessez-le-feu soit prononcé et qu’enfin, les civils puissent être évacués en sécurité. Un jour plus tard, les civils commençaient à quitter la ville.

Avez-vous réussi à évacuer tout le monde ?
Eh bien, quand la ville est tombée aux mains du Hezbollah, elle était vide parce que nous avions réussi à faire sortir l’intégralité de la population.

Pourquoi ont-ils besoin de vous appeler ? Pourquoi ne passent-ils pas directement par le département d’État ?
M. Idris a besoin de m'appeler parce que je réponds beaucoup plus vite et suis en mesure de communiquer beaucoup mieux avec les gens aux États-Unis. S'il appelle le département d'Etat, il perdra du temps. Le GSS connaît désormais beaucoup de gens au sein du Département d'Etat. Je transmets ce qui est important aux bonnes personnes afin d’assurer les opérations au jour le jour.

Les membres de l’ASL restent-ils en contact avec vous, par exemple, lorsqu’un cessez-le-feu est prononcé ?
Oui. J’ai constamment des nouvelles de leur part et ils me font savoir quand tout le monde est évacué.

Vous avez déjà perdu le contact avec un officier de l’ASL juste avant une avancée ?
Oui, il est arrivé de nombreuses fois que je discute avec quelqu’un et que la connexion soit coupée parce que la zone venait d’être bombardée. Un jour, je parlais avec un rebelle de Damas, dans le quartier de Kadam, alors qu’il me donnait des nouvelles. Ils ont été visés par des tirs d’artillerie, ont dû couper la connexion et courir. Là, il n’y a vraiment rien que je puisse faire, si ce n’est attendre. Pendant une semaine, je n’ai pas su s'ils étaient morts ou vivants.

Il y a des personnes favorables à Assad à l’extérieur de la Syrie. Vous êtes inquiet pour votre propre sécurité ?
Non, parce qu’ils sont devenus tellement minoritaires qu’ils n’oseraient pas le soutenir ouvertement aujourd’hui. Tout ce qu’a fait Assad, utiliser des armes chimiques contre son propre peuple ou rayer des villes de la carte en les bombardant, fait que je doute que quiconque le soutienne encore, pour être franc.

Existe-t-il d’autres gens qui travaillent depuis chez eux avec l’ASL ?
Nous avons des gens comme moi partout dans le monde. Au Royaume-Uni, en Turquie, en France, mais aussi à Chicago et Washington.

De ce que j’ai compris, il existerait un fond financier en faveur du GSS. Pouvez-vous m’expliquer le principe du compte PayPal qui lui est dédié ? Comment ça fonctionne ?
Nous avons créé ce compte l’été dernier, juste après avoir eu l’autorisation de la part du département du trésor américain. Il est là pour que les gens qui veulent nous aider puisse faire des dons. Beaucoup de gens cherchent à aider l’ASL, et désormais, il existe un moyen facile pour eux de le faire.

Donc, de n’importe où dans le monde, des gens peuvent se connecter et faire des dons à la cause via PayPal ?
Oui. Ensuite, nous utilisons ces ressources pour plein de choses – notre travail administratif, divers projets de l’ASL ou la création de centres de sensibilisation pour les médias. Nous utilisons aussi ces petites ressources en complément de nos plus gros dons. Par exemple, lorsque le gouvernement américain veut donner de la nourriture à l’ASL, il nous donne de l'argent pour déplacer les stocks de nourriture et nous recevons donc des fonds plus conséquents.

Quelles sont les personnes qui font des dons, en général ?
On trouve des Américains, des Français, des gens d’Europe de l’Est aussi, étrangement, et des Canadiens. Souvent, les gens donnent ce qu’ils peuvent, 10 ou 20 dollars, mais c’est toujours utile. Nous avons aussi des donneurs réguliers qui contribuent tous les mois. Nous observons évidemment des pics de dons quand les médias parlent des dernières batailles.

L’ASL travaille aux côtés de groupes extrémistes – comment allez-vous empêcher l'argent de financer de potentiels terroristes ?
Cet argent ne revient pas aux terroristes, ni aux extrémistes. Ils se battent pour la même cause, mais agissent à l’écart du CMS. Ils suivent leur propre leadership et obtiennent des armes par leurs propres moyens. Quand les gens disent qu'ils ne veulent « pas donner leur argent à l’ASL », ils se fondent sur un malentendu. Ils se disent que les dons reviendront à Al-Qaïda, mais ils oublient le fait que les groupes extrémistes reçoivent déjà beaucoup d’argent et qu’ils n’ont pas besoin du nôtre. En ne soutenant pas les membres modérés de l’ASL – qui ne souhaitent, eux, que la démocratie – ils permettent aux extrémistes, à terme, de gagner.

Êtes-vous inquiet par l’alliance de l’ASL et d’Al-Qaïda – et des autres groupes extrémistes ?
Bien sûr que ça me préoccupe. Je suis inquiet que les groupes extrémistes prennent le dessus. L’une des raisons pour lesquelles le Groupe de soutien syrien a été créé était d’aider les membres modérés à surmonter cette possibilité.

Le général Idris aussi est-il inquiet ?
Oui, très inquiet. Mais au point où l’on en est, il n’y a aucune raison de rejeter les extrémistes – il a besoin d’eux pour aider ses hommes au combat. Ils sont très efficaces sur le terrain, ce qui est l'objectif principal en ce moment. Mais il est également conscient qu'ils sont une menace pour la stabilité future du pays et il tient à s'assurer qu'ils ne prendront pas le contrôle des champs de pétrole et de gaz, comme ils l’ont déjà fait dans plusieurs provinces à l'est du pays.

Qu’est-ce que les occidentaux doivent comprendre au sujet de la situation en Syrie ?
Tout d’abord, que le manque de soutien est à l'origine du recrutement de personnes étrangères – qui elles, sont là pour un tout autre combat. Se tenir hors du problème ne va pas le résoudre. Je suis très inquiet par la situation à Alep en ce moment : je connais beaucoup de gens du Hezbollah qui y sont allés après être parti d’Al-Qusayr et qui cherchent à se battre – il est impossible d’évacuer Alep, car elle est habitée par quatre millions de personnes ! Je suis en communication permanente avec mon contact sur Alep, qui me fera savoir s'il y a de nouveaux événements importants.

Que doivent savoir les personnes qui envisagent de donner de l'argent via votre système PayPal ?
Qu’ils repenseront plus tard avec fierté à l’aide que ces dons nous ont apportée. Nous sommes très reconnaissants pour l'aide, le soutien et la sympathie dont les gens font preuve. Nous recevons aussi de nombreuses cartes postales amicales. Tout ceci signifie beaucoup pour nous.

Suivez Angela sur Twitter : @angelamaries

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