Les petits loulous déguisés pour Pourim

La photographe française Estelle Hanania vient de sortir un livre sur cette fête juive où s'entrecroisent des enfants fumeurs et des adultes à blackface.

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sept. 24 2015, 5:00am

Toutes les photos sont tirées du livre Happy Purim d'Estelle Hanania

En 2011, on envoyait Estelle Hanania photographier les enfants costumés de la fête juive de Pourim dans le quartier de Stamford Hill, à Londres. Elle en est revenue avec des photos tellement belles et étranges qu'on est à peine surpris qu'elle y soit retournée quatre années de suite. Elle vient tout juste d'en faire un livre – Happy Purim, publié le 20 septembre dernier chez Shelter Press.

Chaque année, aux alentours de février-mars, la fête de Pourim commence à la tombée du jour et se finit le lendemain soir au crépuscule. J'étais surtout intéressée par la vision extérieure de l'événement, les manifestations « à la surface » de la ville, d'un événement plutôt intime qui se déroule en grande partie dans les synagogues et dans les maisons. Je voulais observer les allers et venues de ces petits personnages qui deviennent les rois du quartiers le temps de deux jours, avec un entrain et un esprit de liberté qui ne me paraissent pas être vraiment présents au sein de la communauté ultra-orthodoxe le reste de l'année.

Bien sûr, il y a aussi cette idée de costume sur le costume que je trouve particulièrement intéressante. La plupart des enfants les confectionnent avec l'aide de leurs parents, mais tout dépend de leur âge. De notre point de vue, la plupart des juifs de ce quartier sont déjà « costumés », avec leur chapeaux et les robes qui composent leurs tenues traditionnelles. Le jour de Pourim, ces tenues traditionnelles sont parfois portées sous les déguisements, ce qui créée une forte mise en abîme.

Parmi les photos sélectionnées pour le livre, j'aime particulièrement celle du costume sans tête. C'est un petit garçon qui s'est construit une paire de jambes et l'a posée sur sa tête, ce que je trouve à la fois complètement fou et très parlant. C'est vraiment l'essence du carnaval : l'idée de bascule, de renversement, d'inversion et de volte-face propre à la fête costumée, que ce soit Pourim ou une autre. À mes yeux, c'est un bouleversement salutaire pour avancer dans ce monde.

Pour le moment, je n'ai assisté à Pourim qu'à Londres et à Paris – j'habite dans le 19 ème, un quartier où vivent aussi beaucoup de juifs plus ou moins pratiquants. En France, j'ai l'impression que les traditions costumées ont plus de mal à prendre. Cette année, j'ai dû y croiser quelques princesses, un Spiderman et un pirate tout au plus. À Londres, les rues se font réellement envahir de personnages divers, et l'ambiance est nettement plus festive. Les familles costumées vont de palier en palier, tandis que des camions avec des sonos à fond parcourent le quartier, toujours dans une effervescence assez dingue.

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