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Vice Blog

UN NUMÉRO ART PARMI D'AUTRES EXTRAS - ON A DISCUTÉ AVEC SORAYA RHOFIR

16.12.10

À l'origine de ses boulots, Soraya Rhofir se sert de la gigantesque banque d'images fournie par Internet pour en isoler certains éléments. Son travail consiste ensuite à leur donner une autre forme d'existence, matérielle cette fois. Il est donc souvent question de perspectives bancales et au final, c'est le statut même des images qui est questionné. Ou quelque chose comme ça.

En 2005, elle obtient le DNSEP (Diplôme National Supérieur d'Études Plastiques) aux Beaux-Arts de Cergy. Artiste jeune et non « jeune artiste », pour reprendre ses mots (elle est née en 1981), elle se dit également « rassurée par toutes les radicalités esthétiques… du Beau magnifique au Moche minable ». OK.

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Depuis 1999, le Prix fondation d'entreprise Ricard récompense un artiste « de la jeune scène artistique française ». Cette année, Soraya faisait partie de la sélection. Elle n'a pas eu le Prix, mais ça lui a permis de faire parler de son travail. On s'est dit que ça serait sympa d'aller boire un café avec elle et d'en profiter pour lui poser quelques questions.

Double Conscience, 2010 - détail de l'exposition

Vice : Salut Soraya, comment ça va ?

Soraya Rhofir : Ça va bien, merci.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Je suis entrée aux Beaux-Arts de Cergy en 2000. J'ai obtenu mon DNSEP en 2005, après avoir passé cinq ans là-bas. Dès la sortie des Beaux-Arts, j'ai commencé à faire des expositions. La première a eu lieu à la Maison Populaire de Montreuil en 2006 et depuis, je continue mon parcours.

Comment tu choisis les images que tu utilises dans ton travail ?

Ma démarche c'est un travail de collecte d'images, qui peuvent être des images que je vais scanner directement à partir de magazines ou des brochures ou que je vais trouver sur des CD-Roms des années 1990. Je sélectionne les images en fonction d'une esthétique qui m'intéresse, qui serait plutôt une esthétique du « moche ». Les images choisies sont des images qui m'interrogent, dont je ne connais pas réellement la provenance, ni le but, mais qui sont en général des images de communication.

Tu étais récemment en lice pour le 12e Prix Fondation d'entreprise Ricard. Peux-tu nous en dire un mot ?

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Comme je l'ai dit plus tôt, j'ai eu ma première exposition en 2006 à la Maison Populaire de Montreuil. Émilie Renard en était le commissaire et ça s'appelait Madame la Baronne, c'était complètement baroque, rococo etc. J'avais rencontré Émilie lorsque j'étais en 4e année aux Beaux-Arts et c'est quelqu'un avec qui j'ai grandi, finalement. C'est surtout grâce à elle que j'ai pu exposer et produire des pièces. Et lorsqu'elle a été choisie pour être commissaire d'exposition au Prix Ricard et dans la mesure où elle suit mon travail depuis un certain temps, elle a directement pensé à moi. C'était l'occasion pour moi de bosser sur un nouveau projet. Émilie sait que chaque exposition me permet d'expérimenter in situ une pièce à dimension variable. C'était également pour moi un moyen d'être au coeur de mes recherches et de les exposer.

Sans-Titre, 2010 - collage

Lunettes Rouges, qui tient un blog sur l'art contemporain dans Le Monde, a écrit qu'il avait voté pour toi. C'est cool, non ?

Oui [rires]. Je ne l'ai pas rencontré, mais j'ai lu son article bien sûr. Certaines personnes que je connais l'ont croisé et il leur a parlé de moi spontanément. Quand je l'ai su, je n'ai pas pu m'empêcher de le remercier, parce que j'ai trouvé son prosélytisme assez cool, et sincère. Dans son article, il défend mon travail, tout en parlant d'une inconnue : moi. C'est assez drôle. Je me suis donc permis de le remercier, lui m'a répondu qu'il attendait de voir la suite de mon travail et d'autres expositions. Je pense que nous n'allons peut-être pas tarder à nous rencontrer.

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Ses articles sont très lus, relayés un peu partout sur Internet, ça t'a fait pas mal de pub j'imagine.

Oui, mais au-delà de ça, j'ai senti en lisant son article qu'il avait compris les enjeux esthétiques de la pièce et que ça l'avait rendu enthousiaste. En tout cas, il partageait une vision jouissive de l'art - qui est la même que la mienne. C'est ça qui était important dans sa position enthousiaste par rapport à mon travail.

Tu pourras être à nouveau sélectionnée pour le Prix Ricard dans les années à venir ?

Tu veux dire, sur le plan légal ?

Ouais.

Oui, tout à fait. Isabelle Cornaro [NDLR : 12e Prix Ricard, ex aequo avec Benoît Maire] avait déjà été sélectionnée par le passé. Après, c'est vrai que ce n'est pas un but en soi.

Penses-tu que ce type de prix ait un impact important sur un début de carrière ?

Bien sûr. Mais je pense que c'est essentiellement la personne qui provoque l'impact. Participer à ce prix est effectivement très important, ça permet d'avoir une grosse visibilité. Et en même temps, il faut arriver à se faire remarquer, et ce n'est pas évident d'y parvenir, surtout dans une expo aussi mondaine que le Prix Ricard.

Qu'est-ce que tu prévois, à part ça ? Être exposée en galerie ?

Pas nécessairement. Je continue à travailler, à produire. Je suis actuellement sur un projet d'édition, grâce au soutien de la DRAC. Mon idée, c'est de faire d'un livre une oeuvre, ce qui est assez ambitieux.

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Et l'année prochaine, je pars en Finlande, en résidence d'artiste de janvier à mars. Ensuite, je serai en résidence au Parc Saint-Léger, de septembre à décembre. Mais pour le moment, la priorité, c'est l'écriture de cette édition. Le travail que j'ai présenté pour le Prix Ricard était d'ailleurs une amorce de ce projet de livre. J'ai essayé de faire un hologramme en carton pour l'exposition, et là, je souhaiterais faire un vrai hologramme, avec une impression lenticulaire et un effet de 3-D qui s'appliqueraient à des textes. C'est encore une simple idée de projet pour le moment, mais elle s'inscrit dans la continuité de la pièce Double Conscience que j'ai montrée au Prix Ricard. J'ai envie de continuer ces expérimentations, mais sur un format qui n'est pas celui d'un lieu, mais un format qui implique un rapport au spectateur ou au lecteur beaucoup plus direct et plus intime.

Dans ma pratique, l'écriture est très présente, même si, pour le moment, je ne sais pas comment mettre en avant cet aspect. C'est donc très important pour moi d'éditer ces textes à un moment donné, de les montrer. Parce j'écris depuis des années.

OK. Penses-tu à des collaborations ? Il y a bien des artistes dont tu te sens proche.

Les artistes qui étaient au Prix Ricard avaient des propositions pertinentes, et je pense qu'Émilie Renard a fait les bons choix : je me sentais assez proche de quelqu'un comme Neïl Beloufa par exemple, ou d'Ernesto Sartori. On peut dire que ce sont des artistes qui ont une tendance au bricolage, leur travail à tous les deux en est presque brutal. C'est aussi, chez ces deux artistes, un travail de l'image, un travail qui frôle la science-fiction et dans lequel je me retrouve finalement.

Ensuite pour en revenir à ta question sur des collaborations éventuelles, et sur ce projet d'édition, je me sens davantage collaborer avec des publicitaires, avec ceux qui font ces images de communication, car comme je te le disais, je travaille surtout avec des images de ce type. Donc c'est peut-être un peu dangereux mais j'ai vraiment envie de manipuler ces outils de publicité et de me les approprier. Donc pour le moment, les collaborations impliquent davantage de revenir aux sources des images que j'utilise.

INTERVIEW : ADELINE WESSANG

PHOTO : LOAN CALMON