Sur les traces des enfants Philippins exploités dans les mines de charbon

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Sur les traces des enfants Philippins exploités dans les mines de charbon

Manu Mart a documenté la jeunesse esclave de Manille.
25.8.14

En janvier dernier, le photographe Manu Mart s'est rendu aux Philippines afin de photographier les victimes du typhon Haiyan. Une fois sur place, il a rencontré la communauté des Montagnes Fumantes, laquelle vit dans l'un des quartiers les plus pauvres de Manille, Tondo, où les familles récupèrent des déchets dans la rue pour gagner de quoi survivre. Les habitants du quartier collectent des câbles et du métal, mais une grande partie de l’argent qu'ils récupèrent provient du charbon produit alentour, dans plusieurs fours à ciel ouvert. 50% de ces travailleurs ont moins de 17 ans.

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Du fait des conditions de travail impensables dans ces fours, l'espérance de vie des travailleurs du coin s’arrête à 40 ans. Mart a utilisé ses photographies afin de promouvoir l’action de ALIVE, une ONG locale qui lutte contre le travail de ces enfants. VICE lui a posé quelques questions à ce sujet.

VICE : Comment avez-vous entendu parler de cet endroit ?
Manu Mart : J'ai rencontré une personne en charge de l’ONG Malaya Kids Ministries, qui opère dans les Montagnes Fumantes. Je lui ai dit que j'étais photographe et ils ont aimé l'idée de bâtir un projet dans ce quartier. Je vivais pour ma part dans une église tout près de l'ONG et je dormais avec quelques orphelins qui travaillaient également dans les mines de charbon ; ils se relayaient et dormaient de temps à autre dans l'église.

Quels sont les principaux problèmes au sein de cette communauté ?
La situation est catastrophique à tous points de vue. Je ne savais même pas sur quoi me pencher une fois là-bas. Peu à peu, je me suis rendu compte que les enfants de cette communauté étaient les plus affectés par la situation.

À quoi ressemblent les journées de ces enfants ?
Ils travaillent entre 13 et 14 heures par jour. Ils ne sont pas payés. Ils doivent récupérer des restes de bois ou d'objets métalliques – des clous, des câbles – pour pouvoir les vendre après le travail et se faire un peu d’argent. Ils survivent grâce à ce qu'ils peuvent trouver.

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Des familles arrivent cependant à s’en sortir. Certaines ont réussi à construire de petits magasins ou des mini-commerces dans les Montagnes Fumantes. Elles se sont peu à peu extirpées de la production de charbon. Pourtant, on compte toujours beaucoup d’orphelins qui se réunissent pour dormir autour de ces fours à charbon.

C'est peut-être étrange à dire, mais les enfants n'ont pas l'air si tristes que ça sur vos photos.
Eh bien, ce sont avant tout des enfants. C'est leur réalité, et je n'ai entendu aucun de ces enfants s’exclamer : « Je ne veux plus vivre ici ! » Ces enfants font du mieux qu'ils peuvent dans des conditions très difficiles.

J’imagine que les mines ont des conséquences terribles sur leur santé.
En effet, et multiples : on recense des cas de tuberculose, d'hépatite B, et différents types de problèmes respiratoires – la liste est extrêmement longue. Les effets sont mortels sur le long terme.

Parlez-nous brièvement du projet ALIVE.
C'est Malaya Kids qui est à l’origine de ça – ce projet éduque les enfants afin de leur ouvrir de nouvelles perspectives pour qu’ils puissent plus tard monter des magasins, des entreprises, et ainsi ne plus vivre dans ces conditions. L'objectif principal, c’est qu'ils retrouvent le chemin de l'école. Même s'ils n'arrêtent pas immédiatement le travail à la mine, ils y passent progressivement moins de temps.

Comment les habitants du quartier considèrent-ils les enfants qui travaillent dans les montagnes d'ordures ?
En fait, tous les habitants de Tondo évoluent plus ou moins dans les mêmes conditions. Il n’existe ni agressivité ni compassion envers ces enfants, seulement une même réalité infecte pour tout le monde.

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Il y a toujours ce vieux débat autour des limites du photojournalisme lorsqu’il met en scène des situations de pauvreté extrême. Et parfois, l'objectif peut paraître plus commercial qu'humanitaire.
Tant que vous donnez des informations à des gens sur les problèmes qui existent dans ce monde, je suis pour. Le vrai problème éthique réside dans le fait de profiter d'un accès à une situation de pauvreté afin d'en tirer seulement un profit personnel.

Quelle est la chose la plus triste que vous ayez vue à Manille ?
C'est difficile à dire, mais photographier cette communauté n’a pas été une expérience triste à proprement parler. J'essaie toujours de me souvenir que ces gens ont une vision différente de ma réalité – c'est bien entendu injuste, mais c’est patent et vérifiable à tous points de vue. Et selon moi, si vous êtes envahi par la tristesse, il sera très dur de faire correctement votre travail de photographe.

Les inégalités ne vous touchent plus ?
Si, bien entendu, mais ces inégalités sont partout. Vous ne pouvez pas lutter contre elles. Mais en tant que photographe, vous pouvez raconter ces histoires et les partager avec le plus grand nombre.

La plupart des projets de Manu Mart sont consultables ici. Laura est quant à elle sur Twitter.

Photo: Manu Mart

Photo: Manu Mart

Photo: Manu Mart

Photo: Manu Mart

Photo: Manu Mart

Photo: Manu Mart

Photo: Manu Mart

Photo: Manu Mart

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