« L’enfance volée de Jan Broberg » est le docu Netflix le plus fou et frustrant que vous verrez

Dispo sur Netflix, il relate une tragédie si incompréhensible que le public ne sait pas comment réagir.

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11 February 2019, 2:45pm

Photo publiée avec l'aimable autorisation de Skye Borgman

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Pour paraphraser Tyra Banks, jamais dans ma vie je n'ai hurlé sur ma télévision autant que je l’ai fait devant L’enfance volée de Jan Broberg. Voici une liste non exhaustive des pensées qui m'ont traversé l'esprit :

  • « Pourquoi ?? »
  • « Il l’a branlé ?? »
  • « Pourquoi est-ce qu’il le laisse dormir dans le lit de sa fille ?? »
  • « Quoi ?? »
  • « Appelez le putain de FBI !! »
  • « Il reste encore 40 minutes de film ? Qu’est-ce qui peut bien arriver d’autre ?? »
  • « Nooon !! »

Le documentaire parle avant tout une histoire de manipulation, ce qui peut être un sujet incroyablement puissant. Des gens ont déjà été manipulés de sorte à pousser un inconnu du haut d’un immeuble, poignarder un ami et assassiner un personnage public. Mais même en sachant qu’aucun de nous n’est à l’abri d’être contrôlé par des forces extérieures, j’ai trouvé qu’il était impossible de compatir ou de comprendre les actions de la famille au centre de L’enfance volée de Jan Broberg.

Je vais éviter de donner trop de détails sur tous les trucs scandaleux qui s’y passent. Disons juste que c'est un documentaire sur une fillette qui est kidnappée par un pédophile nommé Robert Berchtold. À deux reprises. Cela implique également des extraterrestres, un incendie criminel, un faux thérapeute, des mormons ainsi que la branlette la plus mal avisée du monde. C'est l'un des films les plus fous et les plus frustrants que j'ai jamais vus.

Le film a d'abord fait son apparition sur le circuit des festivals en 2017, mais a suscité un regain d'attention depuis son arrivée sur Netflix plus tôt cette année. Ces dernières semaines, des centaines de personnes ont relayé une version de ce mème :

J’ai parlé avec Skye Borgman, réalisatrice et productrice du film, pour en savoir plus sur le processus de production et sur l’opinion des Broberg à propos du produit final. J'ai également appris lors de notre conversation que Bob Broberg est décédé en novembre dernier. Voici ce qu’elle avait à dire.

VICE : Comment avez-vous eu vent de cette histoire ?
Skye Borgman : Les Broberg ont écrit un livre au début des années 2000. J'ai été profondément choquée par tout cela et j’avais besoin de comprendre comment une telle chose avait pu arriver.

Loin de moi l’idée de mettre en doute votre travail de documentariste, mais en regardant le film, j’étais incapable de comprendre. Pensez-vous avoir plus de réponses maintenant que vous n’en aviez au début ?
Oui, certainement. Surtout parce que le livre ne mentionne pas les relations sexuelles des parents [avec Berchtold].

En effet.
Et dès que j’ai découvert ces relations, je ne vais pas dire que j’ai trouvé ça logique, mais j’ai compris à quel point la honte et le déni avaient vraiment été utilisés pour les faire chanter. Il me semble que beaucoup d'éléments différents ont joué un rôle dans cette histoire. Je pense que leur religion, le fait qu’ils soient si dévoués, a influencé certaines de leurs décisions.

À « quel point » étaient-ils mormons et dans quelle mesure pensez-vous que cela a joué ?
Ils sont très impliqués dans l’Église des SDJ. Ils l’étaient à l’époque, ils le sont maintenant. Je pense que cela a eu beaucoup d’influence sur leurs croyances à l'époque, mais je pense aussi que c’est ce qui a maintenu la famille unie. Et même maintenant, quand vous leur parlez, vous voyez qu’ils choisissent de faire confiance aux gens plutôt que de se méfier d’eux, même après tout ce qui leur est arrivé. C’est cela, je pense, qui les rend vulnérables face à un agresseur qui a infiltré leur famille.

Ils ont l’air très gentils. Était-ce difficile pour vous de les interroger tout en évitant de juger leurs décisions trop sévèrement ?
Les interviews étaient brutales, pour toutes les personnes impliquées. Il y avait beaucoup d'émotion dans la pièce. Quant à moi, ce n’est pas tant pendant les interviews que j’ai commencé à les juger. C'était pendant le montage. Il y a eu des moments où je les ai jugés, d'autres non. Et la même chose s'est produite avec Berchtold. Parfois, je me ressentais une affection sincère pour eux, parfois je ne ressentais rien. Je suis passée par toutes ces émotions et différents niveaux de compréhension tout au long du processus.

Avez-vous parlé à la famille depuis la fin du film ? L'ont-ils vu ?
Oui, ils l’ont vu.

Qu’en ont-ils pensé ?
Ils sont très reconnaissants. Je pense vraiment que c'était cathartique pour eux. Cela fait des années qu'ils portent le poids de cette histoire, de la culpabilité et de la honte, et je crois sincèrement qu’ils avaient besoin de la raconter de manière à empêcher que cela se reproduise à l’avenir. Après avoir regardé le film, ils sont venus me voir. Ils étaient soulagés qu’il soit enfin sorti.

Ils sont très francs sur certaines choses qu’ils ont faites et qui sont incroyablement difficiles à comprendre. La famille a-t-elle regardé le film avec un public lors d'une projection ?
Oui. Il est passé lors d’un festival du film à St. George, Utah : DOCUTAH. Ils l’avaient regardé une première fois seuls, nous leur avions envoyé un lien. Mais la première fois que nous avons pu le vivre ensemble, c’était dans un cinéma avec 500 personnes, et c’était pour le moins angoissant. Mais Bob est venu me voir ensuite pour me dire à quel point il était reconnaissant que nous ayons raconté leur histoire de manière aussi authentique.

J'ai regardé le film parce qu'un ami m’a envoyé un texto du genre –
« C’est quoi ce bordel, il faut absolument que tu voies ça » ?

Exactement. Au bout d’une demi-heure, j’ai fait une pause et j’ai écrit à quatre autres personnes en disant : « Arrêtez tout et regardez ça. »
Pourquoi, parce que c’est vraiment incroyable ?

Non seulement c’est incroyable, mais il est vraiment impossible de comprendre les motivations de qui que ce soit.
C’est vrai.

Comment le public a-t-il réagi ?
Lors de la première projection, le public a éclaté de rire au moment où, dans la voiture, le père de famille branle l’agresseur. J’ai été tellement surprise. Et c’est arrivé à chaque projection. C’était très intéressant pour moi, car je ne m'attendais vraiment pas à ça. Je pense que les gens étaient tellement surpris et mal à l'aise qu'ils ne savaient pas quoi faire, sinon rire.

J’imagine que la réaction du public des festivals a été différente de celle du public de Netflix, non ?
Fait intéressant, le public en ligne a eu une réaction extrêmement négative envers les parents. Certains commentaires sont vraiment cruels.

Êtes-vous « protectrice » envers la famille lorsque vous voyez de tels commentaires ?
Oui. D’autant plus que Bob Broberg est mort il y a environ un mois et demi. La famille est habituée à entendre toutes sortes de choses, mais je pense que c’est vraiment difficile en ce moment. Je suis heureuse que Bob ne voit pas tous ces commentaires.

Avez-vous des nouvelles de la famille ? Savez-vous si quelque chose a changé depuis la fin du tournage ?
Ils vont bien. Ils n’aiment pas être sous les feux de la rampe, mais ils veulent que les gens comprennent qu'il existe des prédateurs sexuels qui savent comment tirer parti des plus faibles, des plus naïfs et des plus crédules.

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Cet article a été initialement publié sur VICE US.