Sexe

Comment tenir face à un crush qui ne répond pas à votre message

Ne renvoyez pas de message.

par Paul Douard
08 January 2019, 9:21am

Illustration par Pierre Thyss

Cela fait maintenant plusieurs heures que vous tournez en rond dans votre studio vue sur cour, multipliant les allers retours entre votre clic-clac et votre misérable kitchenette survolée par un nuage de moucherons. Vous errez en butant sur les quelques meubles qui occupent l’espace et vous êtes en nage. La raison ? Julia, qui occupe vos pensées depuis le soir où ses lèvres humidifiées au Get 27 ont frôlé les vôtres, ne répond plus. Pourtant, tout avait bien commencé. Après une soirée sympa dans un bar où les barmans sont également Dj et directeurs de casting, vous aviez échangé vos numéros. Avait alors débuté une relation épistolaire plate, faite de « ahah carrément » et de « Du boulot, mais ça va ». Selon vos statistiques personnelles basées sur les 17 messages échangés dans la semaine, elle répond habituellement dans une fenêtre de une à quatre heures. Ce délai est déjà explosé, et toujours rien.

À présent, chaque minute qui s’écoule sans nouvelle correspond à un centimètre supplémentaire d’un tournevis cruciforme qui vous pénètre l’urètre. La moindre notification reçue sur votre téléphone fait renaître un maigre espoir, aussitôt démoli lorsque s’affiche « Thierry » sur l’écran – votre oncle. Vous découvrez alors l’adversité de l’existence humaine : l’attente. Avant de devenir ce pitoyable être humain, vous vous sentiez déjà pris dans un engrenage. Chaque message de votre part nécessitait des heures de réflexion afin de vous faire passer pour une personne à la fois drôle et détachée – je veux dire, une façon comme une autre de ne pas avoir l’air d’une grosse merde – mais finissait inexorablement en simple « Ça marche ! »

Sénèque écrivait dans La Brièveté de la vie que « Le plus grand obstacle à la vie est l'attente, qui espère demain et néglige aujourd'hui. » Durant votre chemin de croix vous menant tout droit à demain, vous allez passer par toutes les étapes du deuil : le déni d'abord ; puis la colère, le marchandage avec vous-même, et enfin une petite phase dépressive avant la résignation. Chacune correspondant à une connerie que vous allez certainement faire. Ayant déjà victorieusement traversé cet océan de malheur au cours de mon existence, voici quelques conseils.

LE DÉNI – RENVOYER MESSAGE

C’est lorsqu’une personne est désespérée qu’elle fait les choses les plus stupides. Voyant le malheur arriver, vous souhaitez vous y précipiter en forçant sa réponse. Pour cela, vous cherchez – et inventez – une raison de lui écrire, et bien sûr elles sont toutes plus débiles les unes que les autres. Misérable et naïf, vous imaginez que si elle ne répond pas, c’est qu’il y a forcément un problème technique. Elle n’a peut-être pas reçu votre message et vous souhaitez envoyer un « Hey, je ne capte pas trop alors je ne sais pas si tu as reçu mon message (smiley sourire) ». Réveillez-vous. Nous sommes en 2019. Les messages arrivent toujours à destination, même si vous êtes au fin fond de la Toundra. Oubliez donc cette possibilité, car elle vous fera passer au mieux pour un gros con, au pire pour un détraqué sexuel en plein sevrage.

Comme vous ne comprenez rien, vous échafaudez maintenant quelque chose de « plus légitime » à lui demander, comme « Au fait, je ne suis pas ici semaine pro. Enfin tu me diras (smiley sourire) ». Si vous pressez le bouton « envoyer » après avoir écrit ça, vous faire traîner derrière un semi-remorque après être allé chez le dentiste sera un plaisir à côté de la gêne que vous subirez pour l’éternité. Ne craquez pas maintenant et rappelez-vous d’Horace qui écrivait « La patience adoucit tout mal sans remède. » Contentez-vous de souffrir en silence.

LA COLÈRE – PARLER À VOS POTES

Cela fait plus de vingt quatre heures que vous êtes sans réponse. Votre esprit commence doucement à sombrer dans la démence. Vous avez envie de vous plaindre et d’obtenir des réponses. Vous ne comprenez pas qu’une personne puisse ne pas daigner vous répondre quand vous l’exigez. Naturellement, vous vous tournez vers vos amis car il paraît qu'ils sont là pour ça. Vous ne voyez donc aucun inconvénient à couper une discussion sur les gilets jaunes par « Ouais, comme Julia qui ne répond jamais… », créant ainsi une atmosphère austère autour de vous. En fait, vous êtes une merde qui se croit dans Belle du Seigneur d'Albert Cohen.

Si je peux me permettre, n’écoutez jamais vos amis sur ce sujet. Demander à ses potes ce qu’il faut répondre à une target est comme se rendre sur Doctissimo lorsque vous avez un rhume : vous allez comprendre que personne ne sait rien et que c’est pour ça qu’on a inventé les diplômes et la philosophie. Non pas que vos potes soient particulièrement idiots ou malhonnêtes, mais ils risquent d’avoir tous un avis différent qui ne fera que vous plonger un peu plus dans l’aliénation mentale. Tous auront déjà une fois subi la même chose et tous auront ce même regard vide lorsque vous leur demanderez ce qu’il faut faire, leur rappelant des heures sombres de leur vie. Si une solution existait, il y aurait un rayon dédié à la FNAC. Enfin, il se peut que certains vivent le même problème que vous. De là pourrait débuter une psychose généralisée, chacun y allant de son histoire sans jamais écouter l’autre. Oubliez ça tout de suite.

LE MARCHANDAGE – PARLER À SES POTES

Déjà deux jours que vous scrutez votre téléphone sans relâche. Mais toujours rien. Démuni, vous réfléchissez à vous donner la mort. Après un bref moment de vide, vous songez plutôt à écrire à ses potes que vous avez croisé une fois – et ajouté sur Facebook, Instagram, Twitter et Snapchat le soir même. Tel Alexandre Le Grand aux portes de Babylone, vous cherchez un stratagème pour les approcher, les séduire et obtenir des informations capitales sans éveiller de soupçons. Au sommet de votre réflexion, vous prenez la décision de débarquer par Messenger en demandant des nouvelles plates, puis lorsque la discussion aura atteint le point fatidique où plus personne n’a rien à dire – souvent après le « Ouais ça va, pas mal de boulot » – vous allez jeter votre venin en demandant des nouvelles de Julia.

Ce sera votre premier pied en Enfer. Non seulement vous allez comprendre qu’elles savent des choses (et vous non), mais surtout qu’elles ne vous diront rien – ce sont ses amies, pas les vôtres. Si cette vive douleur ne suffisait pas, vous allez également prendre conscience que vous n’êtes pas le centre du monde. Plus grave encore, elles pourraient être tentées de vous lancer par-dessus le mur des bribes d’informations pour vous calmer, comme pour nourrir la bête et l’endormir en somme. Mais cela ne fera qu’accroître votre paranoïa, créant des centaines de nouvelles hypothèses sur la situation en cours. Le fait-elle exprès ? Ses potes vont-ils lui dire que je leur ai parlé ? Vous vous évanouissez, et c'est tant mieux.

LA PHASE DÉPRESSIVE – RELIRE SES ANCIENS MESSAGES 2000 FOIS POUR Y DÉCELER DES INDICES

Vous vous réveillez le lendemain, le visage défiguré par la tristesse et l’incompréhension. Vous avez épuisé tous vos jokers et naturellement, vous commencez à émettre l’hypothèse que tout ça pourrait être de votre faute. Oui, vous, cet être idiot qui a encore cru tout savoir de la vie. Suspendu à votre smartphone dans l’obscurité de votre studio tel un insecte captivé par un lampadaire, vous relisez l’ensemble des messages que vous vous êtes envoyé. Peut-être y trouveriez-vous un indice. C’est alors que vous remarquez que l’une de ses réponses ne comporte pas de majuscule au début. A-t-elle voulu écrire autre chose avant de changer d’avis ? A-t-elle écrit à la hâte pour se cacher ? Vous constatez ensuite qu'elle ne termine pas tous ses messages par « Je t'embrasse » et tentez d'y trouver un sens, en vain.

L’angoisse vous submerge et vous êtes proches de retourner à la colère en parlant à vos potes. NON. Vous tentez alors d’analyser l’évolution de votre correspondance. Il est vrai que plus les messages défilent, moins elle semble enjouée. Pour émettre cette idée, vous vous basez bien sûr sur le nombre de points d’exclamations et autres utilisations de smileys. Après une nuit blanche, vous commencez à penser que vous ne savez rien. Bien vu.

LA RÉSIGNATION – VOUS N'AVEZ RIEN COMPRIS

Voilà trois nuits que vous ne dormez plus. Vous n’allez plus au travail et votre appartement ressemble à une déchetterie. L’état général de votre corps laisse penser que vous êtes atteint d'un violent rhume. Vous vous imaginez comme un chiot qu’on a abandonné sur le bord d’une route – ce qui prouve que vous n’avez rien compris. Toujours lancé sur la route de l’hypocrisie, vous affirmez à qui veut l’entendre que « C’est bon, vous n’attendez plus rien » et que « Vous passez à autre chose » car « Vous n'allez pas attendre qu’elle réponde éternellement ». Ah oui, comme quoi ? Vos occupations se partagent entre rester allongé sur votre lit à regarder le plafond et boire des bières tièdes – le tout entre quelques parties de Red Dead Redemption 2 où vous approchez les 90 heures de jeu. En réalité, vous oscillez entre vous venger et prendre du recul. Vous comprenez que toute cette histoire n’a aucun sens et que votre petit coup de déprime est ridicule. Il vous vient même à l'idée que vous pourriez ne pas lui plaire, finalement. Faites confiance à Balzac qui écrivait dans Illusions perdues que « La résignation est un suicide quotidien. » Voyez donc cela comme une renaissance.

Dites-vous simplement que si votre interlocuteur ne répond pas, c’est qu’il n’en a pas envie. Et c’est son droit. Respectez cela et allez rebâtir votre ego en soulevant des choses lourdes à la salle de sport.

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