Lionel Jusseret photographie avec justesse les enfants autistes

Avec son appareil, le photographe belge a voyagé en Autistan. Ou tout du moins, en bordure d’Autistan.

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juil. 9 2018, 7:26am

Lionel est un jeune photographe belge né en 1989. Il a grandi dans un petit village près de Bastogne, et réside actuellement à Bruxelles. Des gosses, il en croise tous les jours. Comme vous et moi. À première vue, ses photos ressemblent à s’y méprendre à de jolis portraits d’enfants en train de s’amuser. Mais plus vous les faites défiler, plus un étrange sentiment se dégage, entre naïveté et angoisse, vous invitant à vous y attarder, encore et encore, afin de découvrir les vérités qui se cachent derrière les énigmes de ces visages. Et soudain, au détour d’une posture, vous comprenez.

Dans sa série Kinderszenen, Lionel immortalise l’autisme. Non, les autistes. Il m’explique. « Selon un de mes collègues, on ne peut pas parler de l’autisme. Je veux dire, en tant que sujet. Simplement parce qu’on n’en sait pas grand chose et que ça reste très vaste. Le mot autisme, ça veut tout et rien dire à la fois. C’est donc difficile d’en parler. Au mieux, on peut raconter des histoires d’autistes. La nuance est très importante. »

Si Lionel est à ce point calé sur le sujet, c’est qu’il est animateur et éducateur pour l’association française J’interviendrais. Cette association offre aux enfants autistes profonds la possibilité de vivre des vacances en collectivité dans différentes maisons de campagne.

Et ils en ont bien besoin. En effet, la France souffre d’un immense retard dans sa prise en charge des enfants autistes, en comparaison au reste de l’Europe. Manque de formations, de financements dans les recherches, de structures adaptées... Le cas des centres privés de « parquage » pour autistes en Belgique, les IMP (instituts médico-pédagogiques), en est un triste exemple. « L’état français préfère exiler les enfants avec autisme en Belgique, les séparant de leurs parents pour des coûts exorbitants, au lieu de créer de nouvelles structures adaptées moins onéreuses et générer de l’emploi sur son propre sol. Sans parler bien entendu du cauchemar de certains hôpitaux psychiatriques, comme une solution absurde à l’ingérence, qui favorise l’enfermement et la camisole chimique », raconte Lionel.

Kinderszenen, c’est un travail de longue haleine. Il a fallu sept ans à Lionel pour rassembler ces portraits, car l’épuisement physique et psychologique que générait un tel accompagnement ne lui permettait pas de travailler plus de deux semaines consécutives. « Les rencontres avec les enfants, non-verbales pour la plupart, c’était d’une puissance innommable. J’ai eu le sentiment d’entreprendre un réel voyage en territoire étranger. J’aimais bien dire que j’allais en Autistan, en référence à Josef Schovanek. Ou tout du moins, en bordure d’Autistan. »

Quand je lui demande ce qui l’a marqué lors de ces sept années, Lionel évoque d’abord la violence dont les enfants sont capables envers eux-même, cette auto-mutilation, ces cris, ces morsures auxquelles il a été confronté lorsqu’ils se sentent eux-mêmes incapables d’exprimer leurs émotions d’une autre manière. « C’est quelque chose que d’avoir affaire à ça. Et puis, comment réagir de façon juste ? Les véritables héros, ce sont les parents qui vivent ces situations ingérables au quotidien. » Mais à l’entendre, ça n’est rien par rapport à la douceur qu’il a vécue là-bas. Grâce à l’encadrement d’une équipe solide et soudée, un espace de sécurité se crée, dans lequel les enfants se sentent bien. Et les animateurs aussi. « C’est à ce moment que l’on peut voir des enfants dits asociaux entrer en relation les uns avec les autres. Ce sont des détails, des petites attentions, des gestes pratiquement invisibles. Et là, je ne peux l’expliquer, c’est de la magie. Je fais une photo. »

On vous laisse découvrir le travail de Lionel ci-dessous. Vous pouvez voir la série complète sur son site web ou à Antwerp Photo jusqu'au 30 septembre.

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