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Sexe

J'ai trompé mon mec et je suis tombée enceinte

Après avoir couché avec un camarade de classe, j'ai découvert que j'attendais un enfant. Mais je ne savais pas de qui. Et la culpabilité est bien pire qu'une grossesse non désirée.

par Charlie Stone; propos rapportés par Sirin Kale
08 March 2019, 3:50pm

Illustration by Camilla Ru 

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En grandissant, j’ai toujours globalement perçu l’adultère comme une mauvaise chose que les gens font quand il y a un problème dans leur relation. Quand j’avais 13 ans, la mère de ma meilleure amie avait une liaison et je me souviens que ça m’avait vraiment choquée et scandalisée. Ses parents se sont séparés, et j’ai vu comment cela avait cassé sa vie. À 18 ans, mes propres parents ont divorcé parce que mon père voyait quelqu’un d’autre. J’ai vu l’effet que la tromperie a eu dans la structure de ma propre famille et je me suis toujours dit : « Je ne ferai jamais ça à quelqu’un ». Je disais des trucs du genre : « Si t’as envie de tromper ton partenaire, il faut être honnête avec lui à propos de ses sentiments ».

Maintenant que je suis plus vieille, je me rends compte que les parents sont aussi des êtres humains et je peux comprendre pourquoi certaines personnes en trompent d’autres. Quand mon père a trompé ma mère, je me suis dit : « Comment as-tu pu me faire aussi mal » ? Je me suis sentie dans la peau d'une victime. Mais désormais, je conçois qu’il n'était plus amoureux et donc malheureux.

La première fois que j'ai trompé mon copain, c'était un coup d'un soir. La relation était tout fraîche avec mon mec – nous sommes encore ensemble aujourd'hui. Vu que le couple n'était pas « officiel », je couchais avec quelqu'un d'autre. Je ne lui en avais pas parlé car je ne m'en sentais pas obligée dans la mesure où nous n'étions pas encore dans une relation exclusive. Mais au bout de trois mois, on a eu la fameuse discussion où on s’est dit qu’on était ensemble, petit copain et petite copine, et qu’on ne fréquenterait donc personne d’autre. Environ un mois plus tard, je l’ai trompé une nouvelle fois. Lors d'une soirée arrosée, j'ai embrassé quelqu'un d'autre. Je pense que mon acte était lié aux émotions qui accompagnaient le fait d'être dans une nouvelle relation. C'est horrible à dire mais je me suis dit : « C'est peut-être la dernière fois que je peux faire ça ».

De manière égoïste, je me suis dit que si je lui en parlais, il se dirait : « Bon, elle était assez bourrée, et ça ne fait pas si longtemps qu’on sort ensemble, donc ce n’est pas très grave ». Mais en fait ça l’a pas mal contrarié. Il l’a bien géré, mais c’est certain que ça a fait partir notre couple du mauvais pied.

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Illustration de Yiyang Cao.

Avec le recul, je me demande si n'étais pas en train de saboter moi-même la relation parce que tout semblait très bien se passer, et ça me faisait peur. J'avais l'impression que je ne méritais pas d'être avec une personne si aimante et si gentille, donc j'ai cherché à ruiner tout ça. Ma dernière relation coïncidait avec le divorce de mes parents, et j’avais connu pas mal de pertes d’un coup. Quand j’ai rencontré ce super mec qui me traitait si bien, je me suis dit : « Est-ce que je veux vraiment encore m’engager avec quelqu’un qui pourrait me faire du mal ou me quitter » ? Mon estime personnelle était tellement basse que je me suis dit qui si je sabotais la relation, je ferais une faveur à mon nouveau copain : il devrait être avec quelqu’un de mieux que moi, pas quelqu’un qui couchait un peu partout comme moi, et qui était aussi cassée et malheureuse. Je ne voulais pas colorer sa vie de toute ma noirceur.

« Ce dont je me sentais le plus coupable, c’est le fait d’avoir recouché ensemble le matin, parce que je n’avais pas l’excuse de l’alcool »

Après cette première tromperie, j’ai décidé de m'investir, j'ai essayé de faire face à mes manques de stabilité et d'être dans une relation dévouée. J'ai voulu redécouvrir le concept d'intimité et ce que ça voulait dire de n'avoir des relations qu'avec un seul partenaire. Mais je l'ai à nouveau trompé environ six semaines plus tard avec un mec que j'avais rencontré dans un cours que je suivais. On se connaissait depuis un moment, on avait toujours flirté et on sortait se bourrer la gueule ensemble. Le cours touchait à sa fin, donc on est allés boire des coups avec des potes. J’avais au fond de mon esprit la pensée selon laquelle je ne reverrais peut-être plus jamais ce mec, donc je lui ai demandé de me raccompagner chez moi. On a fait l’amour bourrés, et ce n’était pas génial. Il est parti, et immédiatement après, je me suis sentie coupable. Je ne lui ai plus jamais reparlé.

Ce dont je me sentais le plus coupable, c’est le fait d’avoir recouché ensemble le matin, parce que je n’avais pas l’excuse de l’alcool. Je me suis dit que j’étais la pire personne du monde. « J’ai couché avec lui alors que j’étais sobre ». Pendant cette seconde fois, je me disais : « Ok, une dernière fois, et ensuite je me dévoue à mon copain ». Mais je l’ai regretté.

Environ un mois plus tard, les choses sont devenues plus compliquées quand je me suis rendu compte que j'étais enceinte. Ça a pris environ une journée pour bien saisir que la personne avec qui j'avais trompé mon mec pourrait bien être le père. En plus de la culpabilité, j’ai dû faire face à toutes les émotions qui accompagnent une grossesse involontaire. Mon copain m’a beaucoup soutenue quand je lui ai parlé de la grossesse, et quand je lui ai dit que j’allais avorter, ce qui rendait la culpabilité cent fois pire. Tout ce que je me disais, c’était : « Ouah, t’as vraiment tout foiré, putain ».

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Illustration de Yiyang Cao.

Environ deux ans après, j’ai parlé à mon copain de la tromperie. J’avais déjà pensé lui dire par le passé, mais mes amies m’avaient conseillé de ne pas le faire. Elles me disaient : « Tu ne reverras jamais ce mec. Ça ne veut rien dire, c’est mieux qu’il ne sache pas ». Malgré ça, le sentiment de culpabilité est resté en moi pendant deux ans. Il ne voulait tout simplement pas partir.

Nous étions en vacances quand je lui ai dit. Nous étions au restaurant, et j’ai tout déballé. Je lui ai dit à quel point j’étais désolée, et comment ça m’avait rongée, et je me suis mise à pleurer. Il était abasourdi, parce qu’on était simplement en train de partager un bon repas tous les deux. Et puis il a dit : « Je suis heureux que tu sois capable de m’en parler ». C’était incroyable, mais il se sentait assez bien à propos de ça. Il m’a dit qu’il savait que j’avais été dans un état d’esprit bizarre pendant les premiers mois de notre relation, et qu’il savait que je ne ferais jamais ça aujourd’hui.

Je suis très heureuse de lui avoir dit. Je ne pouvais pas supporter la culpabilité une minute de plus. Au début, j’ai regretté de ne pas lui avoir dit plus tôt, parce qu’il l’a très bien pris. Mais je pense que je lui ai parlé de la tromperie quand je me suis sentie prête de lui dire, donc je ne regrette plus de ne pas lui avoir dit plus tôt. J’ai eu besoin de ce temps.

Je ne pourrais jamais le tromper aujourd’hui. J’ai été sous le choc du poids de la culpabilité que j’avais en moi à cause d’un coup d’un soir. Je ne peux même pas imaginer la culpabilité qu’on ressent pour une liaison à part entière. Je ne veux plus jamais avoir à porter ce genre de fardeau.

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Cet article a été initialement publié sur VICE US.